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» Histoires » Alphabétique » A-F

LE CHAT BOTTE

 

Il était une fois un meunier qui avait trois fils. Lorsqu'il mourut, il ne

leur laissa pour tout héritage que son moulin, son âne et son chat.

Les partages furent vite faits : l'aîné eut le moulin, le deuxième eut

l'âne et le plus jeune n'eut que le chat.

" C'est trop injuste ! se lamenta celui-ci. Que vais-je devenir avec

ce misérable chat ?

- Ne pleurez pas, mon maître, dit le chat. Vous n'avez qu'à me

confectionner un grand sac et me donner des bottes bien solides.

Et puis, vous verrez. "

Un peu étonné, le jeune homme fit ce qu'il lui demandait. Le chat

enfila ses bottes, noua le sac sur son dos et partit dans la forêt.

Là, il s'étendit sur le sol, fit le mort et attendit. Bientôt un jeune

lapin vint fourrer son nez dans le sac. Crac ! Notre chat en tira

les cordons et emprisonna le lapin. Tout fier de lui, le chat botté

s'en alla chez le roi et demanda à lui parler.

On le fit monter jusqu'à l'appartement de Sa Majesté. Il fit une

grande révérence et dit :

" Sire, voilà un lapin que mon maître, le marquis de Carabas,

m'a chargé de vous offrir de sa part.

- Dis à ton maître que je le remercie, " dit le roi. Une autre fois,

le chat alla se cacher dans un champ et attrapa deux perdrix,

comme il l'avait fait avec le lapin. Il alla à nouveau les présenter

au roi de la part de son maître. Il continua ainsi pendant deux ans

et trois mois, à apporter du gibier au roi, qui en était, à chaque

fois, ravi.

Un jour, le chat botté apprit que le roi irait se promener le

lendemain au bord de la rivière, avec sa fille, la plus jolie

princesse du monde. Il dit à son maître : " Si vous faites ce que

je vous dit, votre fortune est assurée. Vous n'aurez qu'à vous

baigner dans la rivière à l'endroit que je vais vous montrer et

ensuite, me laisser agir ". Le meunier obéit sans savoir ce que

son chat préparait.

Pendant qu'il se baignait, le roi vint à passer. Le chat botté cria

de toutes ses forces : " Au secours ! Au secours ! Monsieur le

marquis de Carabas se noie ! " Le roi se pencha à la portière

de son carrosse. Il reconnut le chat et ordonna à ses gardes

d'aller porter secours au marquis de Carabas. Pendant que

l'on sortait le prétendu marquis de l'eau, le chat botté expliqua

au roi que l'on avait volé les vêtements de son maître alors qu'il

se baignait. Le roi ordonna aussitôt d'aller quérir un habit pour

le marquis.

Vêtu comme un prince, le jeune homme avait fière allure. La

fille du roi qui était aussi dans le carrosse, le trouva fort à son goût.

Le prétendu marquis lui jeta deux ou trois regards tendres et

respectueux et elle en devint folle amoureuse. Le roi pria le

marquis de monter dans son carrosse et de les accompagner

dans leur promenade. Le chat botté courut en avant sur la route

et s'adressant à des paysans qui fauchaient dans un pré, il leur

dit : " Braves gens, si vous ne dites pas au roi que le pré que

vous fauchez appartient au marquis de Carabas, vous serez

hachés menus comme chair à pâté. " Le roi demanda aux

paysans à qui était ce pré qu'ils fauchaient. Ils répondirent tous

en chœur qu'il était à Monsieur le marquis de Carabas, car la

menace du chat botté leur avait fait très peur.

" Quel beau champ vous avez là ! dit le roi au faux marquis,

- Il me rapporte beaucoup d'argent chaque année ", répondit

ce dernier.

Notre chat, qui courait toujours en avant du carrosse, rencontra

des moissonneurs.

" Braves gens, si vous ne dites pas que tous ces blés

appartiennent à Monsieur le marquis de Carabas, vous serez

hachés menus comme chair à pâté. "

Le roi arriva un moment après et demanda à qui étaient tous ses

beaux blés. " C'est à Monsieur le marquis de Carabas ! ",

dirent-ils en chœur. Le chat, quelques centaines de mètres

devant, disaient toujours la même chose aux paysans qui se

trouvaient sur son passage. Et le roi était stupéfait des grandes

richesses du marquis de Carabas.

Le chat botté arriva enfin dans un beau château dont le

propriétaire était un ogre, le plus riche qui ait jamais existé. Toutes

les terres que le roi avait traversées lui appartenaient en réalité. Le

chat botté demanda à parler à l'ogre, et lui n'avait pas voulu passer

si près de son château sans avoir l'honneur de lui faire la

révérence. 

L'ogre le reçut aussi aimablement que le peut un ogre. " On m'a

affirmé, dit le chat botté, que vous aviez le don de vous changer en

toutes sortes d'animaux. Par exemple, en lion ou en éléphant.

- C'est vrai, dit l'ogre. Et il se changea aussitôt en un énorme et

terrible lion. Le chat botté sauta par la fenêtre et courut se réfugier

sur le toit du donjon.

- On m'a assuré aussi, dit le chat après que l'ogre eut reprit sa

forme normale, que vous pouviez prendre l'apparence de tous

petits animaux, d'une souris, par exemple. Mais cela me paraît

impossible...

- Impossible ? dit l'ogre. Vous allez voir ! ". Et il se changea en une

petite souris qui se mit à courir sur le plancher. Le chat botté se

jeta dessus et n'en fit qu'une bouchée. Pendant ce temps-là, le roi

arrivait aux abords du château de l'ogre. Il voulut y pénétrer. Le

chat, entendant le bruit du carrosse, courut à la porte. Que Votre

Majesté soit la bienvenue dans le château de Monsieur le marquis

de Carabas ! dit-il fièrement.

- Comment, Monsieur le marquis, ce château est aussi à vous ?

s'écrie le roi. Je n'en ai jamais vu d'aussi beau dans tout mon

royaume. Entrons un peu, pour le visiter. "

Le meunier marquis donna le bras à la jeune princesse. Ils

suivirent le roi qui entra le premier dans le château. Dans une

grande salle joliment ornée, un somptueux repas les attendait.

C'est l'ogre qui l'avait fait préparer pour des invités. Mais

ceux-ci n'avaient pas osé entrer, voyant que le roi était au

château. Le souverain se mit à table, enchanté, leva son verre

et dit au marquis : " Il ne tient qu'à vous, Monsieur le marquis,

que vous deveniez mon gendre. " Le marquis, avec de grandes

révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi.

Le jour même, il épousa la belle princesse. Devenu grand

seigneur, le chat botté ne courut plus que de temps en temps après

les souris, pour s'amuser.

 

         

LA BELLE AU BOIS DORMANT

 

Il était une fois un roi et une reine qui étaient si heureux de fêter le

baptême de leur petite princesse qu'ils invitèrent les sept fées du

pays pour que chacune puisse lui faire un don magique. Elle

aurait ainsi toutes les qualités.

Au banquet qui suivit chaque fée reçut un cadeau : de magnifiques

couverts en or massif, dans un étui d'or incrusté de pierres

précieuses. Mais il arriva une vieille fée qu'on n'avait pas invitée,

parce qu'on l'avait crue morte. Il fut impossible de se procurer un

huitième étui d'or. Elle réagit violemment, vexée, car elle n'avait

pas reçu un aussi beau cadeau que les autres.

Les fées commencèrent à faire leurs dons magiques à la

princesse. La plus jeune fée lui donna la beauté, la deuxième fée

l'esprit, la troisième la grâce, la quatrième le don de la danse, la

suivante celui du chant, la sixième le don de la musique. Le tour

de la vieille fée arriva. Elle dit : " La jeune princesse se percera

la main d'un fuseau et elle en mourra ! " Toute l'assemblée se

mit à frémir. Mais la septième fée que s'était tenue à l'écart par

méfiance, et qui n'avait pas encore exprimé son don, déclara :

" Je ne peux défaire entièrement ce qui a été fait, la princesse

se percera la main d'un fuseau, mais au lieu de mourir, elle

tombera dans un sommeil qui durera cent ans, au bout desquels

le fils d'un roi viendra la réveiller. "

Le roi, pour éviter le malheur prédit par la méchante fée, fit

interdire, sous peine de mort, l'usage et la possession des

fuseaux. Dans tout le royaume, on brûla tout ce qui servait à

filer à la quenouille. La princesse avait quinze ou seize ans,

quand un jour, montant de chambre en chambre dans l'immense

château, elle se retrouva en haut d'un donjon face à la vieille

femme qui filait sa quenouille. La bonne vieille n'avait jamais

entendu parler de l'interdiction. La jeune fille n'avait vu comment

on filait la laine. Serait-elle suffisamment adroite pour filer ?

Oh ! Ce serait tellement amusant d'essayer.

La princesse veut juste faire un essai. Elle file, se pique la main

avec le fuseau, et tombe évanouie. La bonne vieille crie au

secours, tous les gens de la cour se précipitent, on la frappe

doucement, on la masse, la frotte avec des herbes, rien n'y

fait, elle reste sans connaissance. Le roi accourt et se souvient

de la prédiction des fées. Il fait placer la princesse dans le plus

bel appartement, sur un lit recouvert de broderies d'or et d'argent,

lui fait mettre ses plus beaux habits ; il ordonne qu'on la laisse

dormir. On voit qu'elle n'est pas morte, elle respire doucement.

Elle a la beauté d'un ange.

On fit venir la gentille fée qui lui avait sauvé la vie. Craignant que

la jeune princesse soit bien seule à son réveil, elle touche de sa

baguette magique tout le monde, sauf le roi et la reine, pour

qu'instantanément tous tombent dans un sommeil profond.

Pages, dames de compagnie, serviteurs, cuisiniers qui tournaient

la broche, seigneurs, laquais et musiciens gisent recroquevillés,

assis ou allongés un peu partout, un sourire bienveillant aux lèvres.

Le roi et la reine firent un baiser d'adieu à leur fille et dans le quart

d'heure qui suivit, de grandes ronces épineuses, des lianes

entrelacées, des buissons épais, des arbres de toutes tailles se

mirent à croître, rendant impossible l'accès au château.

Au bout de cent ans, un fils de roi partit à la chasse avec ses gens.

Rendu curieux par les tours qui dépassaient d'une forêt

impénétrable, il demanda à qui appartenait un si étrange château.

Personne ne put lui répondre.

L'un lui dit qu'il était certainement habité par des sorcières l'autre

par un ogre malfaisant, quand un très vieil homme qui habitait

ces bois, s'approcha et dit : " J'ai entendu raconter par mon

arrière-grand-père que dans la plus belle chambre de ce château,

dormait une princesse belle comme le jour, qui attendait le baiser

d'un prince pour se réveiller.

" Le fils de roi n'eut plus qu'un désir : y pénétrer.

Mais comment faire pour franchir cette muraille de ronces.

Comme il s'approchait, les ronces, les arbres s'écartèrent

doucement pour le laisser passer, lui et son cheval, se refermant

brutalement sur le reste de son équipage.

Il se retrouva seul, écoutant les meutes de ses chiens prisonniers

derrière la barrière. Un monde silencieux et étrange l'attendait.

Aucune feuille ne bougeait dans les arbres. Partout, aux alentours

du château, des hommes, des femmes, des animaux dormaient.

Après être passé au-dessus des gardes endormis, après avoir

traversé plusieurs salles, il découvrit et s'approcha d'une

princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans. Son

extraordinaire beauté, son éclat resplendissant lui allèrent droit

au cœur. Il se pencha vers la princesse endormie et l'embrassa.

Elle s'éveilla aussitôt : " Est-ce vous mon prince ? " lui demanda-

t-elle. La fin de l'enchantement était venu, tout le palais s'était

réveillé. Après le silence mortel, c'était un gentil brouhaha qui

montait des cuisines, du château tout entier. Tout le monde

courait, s'affairait et parlait en même temps. Pour célébrer ce

retour à la vie, les musiciens se mirent à jouer et ce fut une très

grande fête.

 

         

CENDRILLON

 

Il était une fois un gentilhomme qui épousa une femme dure et

hautaine. Celle-ci avait deux filles d'un précédent mariage, qui

lui ressemblaient. Le mari, de son côté, avait une fille douce,

d'une très grande bonté. sa nouvelle femme ne put supporter

cette jeune fille ; elle la chargea des plus viles occupations de

la maison. Celle-ci frottait du matin au soir au soir et vivait dans

la misère, n'osant aller se plaindre à son père. Lorsqu'elle avait

fini son travail, elle allait se blottir au coin de la cheminée et

s'asseoir dans les cendres, c'est pourquoi on l'appelait Cendrillon.

Mais même vêtue de haillons, elle était encore cent fois plus belle

que ses sœurs aux habits magnifiques.

Le fils du roi donna un bal, auquel il pria toutes les personnes de

qualité de venir. Nos deux demoiselles y furent invitées, mais pas

Cendrillon ; pendant qu'elle préparait les toilettes de ses deux

sœurs, celles-ci lui demandèrent d'un air moqueur si cela lui

plairait d'aller au bal. La pauvre fille avait conscience des pauvres

vêtements rapiécés qu'elle portait, comment aurait-elle pu aller au

bal, habillée ainsi ?

L'heureux jour arriva ; les demoiselles partirent, Cendrillon  se

sentit submergée par les larmes. Sa marraine, qui était fée,

arriva par enchantement, et la voyant tout en pleurs, lui dit :

"Si tu veux aller au bal, fais ce que je te dis. Va dans le jardin

et apporte-moi une citrouille ! Ensuite, va chercher une cage à

souris ! " La fée frappe de sa baguette magique la citrouille, qui

se transforme en un magnifique carrosse doré. Six souris sortent

de la souricière et sont transformées en un superbe attelage de

chevaux gris pommelé. Un rat qui passait par là est aussitôt

transformé en cocher moustachu, et les laquais ? Six lézards

cachés derrière l'arrosoir, à peine touchés par la baguette,

montent en habits chamarrés derrière le carrosse.

La fée dit alors à Cendrillon : " Voilà de quoi aller au bal !" Mais

irait-elle avec ces vilains habits ? A peine effleurée par la

baguette de sa marraine, ses haillons se changent en habits d'or

et d'argent ; celle-ci lui donne ensuite les plus jolis souliers de

verre. Parée comme une princesse, Cendrillon pleine joie monte

dans le carrosse, après avoir promis de rentrer du bal avant minuit.

Sa marraine l'avertit qu'au douzième coup de minuit, son carrosse

redeviendra citrouille, les laquais lézards, les chevaux souris, le

cocher rat, ses habits haillons. Arrivée au château, elle fut reçue

comme une princesse. Le prince n'eut d'yeux que pour cette belle

inconnue qui dansait avec tant de grâce ; c'est à peine si, dans la

douleur du moment, Cendrillon entendit sonner

onze heures trois quarts. Aussitôt, elle se dépêcha de rentrer. Elle

remercia sa marraine et lui demanda de retourner au bal, ce

qu'elle fit le lendemain. Elle était encore plus belle, plus éclatante

que la première fois. Le fils du Roi ne cessa de danser avec elle,

et dans son bonheur elle en oublia l'heure.

Entendant le premier coup de minuit, elle s'enfuit aussi légèrement

qu'une biche ; le prince la suivit, mais ne put que ramasser son

soulier de verre qu'elle avait perdu.

Cendrillon était encore dans le grand escalier quand le dernier

coup de minuit sonna ; aussitôt elle se retrouva dans ses vieilles

guenilles. En bas, au lieu d'un carrosse, une citrouille l'attendait.

Elle rentra à pied, mais elle cachait dans la poche de ses vilains

habits l'autre petit soulier de verre. Ses deux sœurs lui

annoncèrent qu'une belle princesse avait perdu un de ses souliers

au bal. Le fils du Roi l'avait ramassé, et n'avait cessé de le

contempler. Il était assurément fort amoureux de la belle personne.

Peu de jours après, le fils du roi fit annoncer qu'il épousera celle

dont le pied s'ajusterait au soulier.

Toutes les dames de la cour l'essayèrent ; les deux sœurs

l'essayèrent aussi, mais inutilement. Cendrillon demanda elle

aussi à l'essayer ; ses sœurs se moquèrent. Le gentilhomme qui

faisait l'essai du soulier, la fit asseoir et constata que son petit

pied rentrait dans le soulier ; l'étonnement des deux sœurs fut

encore plus grand Cendrillon mit à son autre pied le second soulier.

Elles lui demandèrent pardon. Cendrillon leur pardonna.

On la mena au jeune prince, et peu après il l'épousa.

 

         

LE PETIT CHAPERON ROUGE

 

Il était une fois une petite fille que tout le monde aimait, et plus

particulièrement sa grand-mère. Un jour, elle lui fit un chaperon

de velours rouge. Il lui allait si bien, que la fillette ne voulut plus

rien porter d'autre. On l'appela donc le petit Chaperon rouge.

Un beau matin, sa maman lui dit : "Petit Chaperon rouge, voici

un morceau de galette et un petit pot de beurre, porte-les vite à

ta grand-mère qui est malade. Elle va bien se régaler.

Mais vas-y tout de suite avant qu'il ne fasse trop chaud ; et sois

bien sage en chemin. Ne sautille pas à droite et à gauche, sinon

tu casseras ta cruche de vin."

- "Je ferai bien attention à tout ", promit le Petit Chaperon rouge.

Puis elle dit au revoir à sa maman et se mit en route. Sa grand-

mère habitait dans la forêt, dans un autre village. Sur son chemin,

la fillette rencontra un loup. Elle ne savait pas que c'était un fort

méchant animal ; elle n'eut donc pas peur du tout.

" Bonjour ! Petit Chaperon rouge ! dit le loup.

- Bonjour ! répondit le Petit Chaperon rouge.

- Où vas-tu de si bon matin ?

- Je vais voir ma grand-mère.

- Et que portes-tu ? demanda le loup.

- Un pot de beurre et un morceau de galette que ma maman lui

envoie. C'est pour ma grand-mère qui est malade, cela lui fera du

bien, répondit-elle.

- Et où habite-t-elle, ta grand-mère ?

- Sa maison est plus loin dans la forêt, à la première maison du

village. Tu la reconnaîtras forcément, dit le Petit Chaperon rouge."

Le loup se dit en lui-même : "Cette fillette tendre et dodue à

souhait est un morceau de choix ! Elle a sûrement meilleur goût

que la grand-mère. Il faut que je trouve une ruse pour les dévorer

toutes les deux.

Sans souffler mot, il chemina un petit moment aux côtés du Petit

Chaperon rouge, puis dit enfin d'une voix douce :

" Petit Chaperon rouge, tu marches droit devant toi comme si tu

allais à l'école, alors que la forêt est si belle ! Regarde un peu

autour de toi toutes ces jolies fleurs et écoute les gazouillis des

oiseaux dans les arbres." Le Petit Chaperon rouge leva les yeux

et vit les rayons du soleil entre les arbres et partout, partout, de

jolies fleurs dans l'herbe. " Si j'en cueillais un bouquet pour ma

grand-mère, cela lui ferait plaisir. Il n'est pas tard, j'ai tout mon

temps."

Elle quitta le chemin et bondit dans le sous-bois. Dès qu'elle avait

cueilli une fleur, elle en voyait une plus belle un peu plus loin ; elle

allait la cueillir aussitôt. Elle s'enfonça ainsi dans la forêt sans s'en

rendre compte.

Pendant ce temps-là, le loup se mit à courir de toute sa force par

le chemin qui était le plus court,   à la maison de la grand-mère et

frappa à sa porte.

" Qui est là ? cria la grand-mère.

- C'est moi, le Petit Chaperon rouge, dit le loup.  Je t'apporte de

la galette et du beurre. Ouvre-moi !

- Je suis trop faible pour aller t'ouvrir. Tu n'as qu'à tirer la

chevillette, la bobinette cherra."   Le loup tira la chevillette et la

porte s'ouvrit. Il se jeta sur la grand-mère et la dévora en mois de

rien. Il mit ensuite la chemise de nuit et le bonnet de dentelle de la

grand-mère, se coucha dans le lit et en ferma les rideaux.

Pendant ce temps-là, le Petit Chaperon rouge avait cueilli un

bouquet de fleurs si gros qu'elle pouvait à peine le porter. Il était

temps de l'offrir à sa grand-mère.

Elle se remit bien vite en chemin. Quand elle arriva devant la

maison, elle s'étonna de trouver la porte ouverte. Tout lui sembla

étrange. Elle s'avança près du lit, en disant :

" Bonjour, grand-mère." Mais personne ne lui répondit. Elle écarta

les rideaux du lit. La grand-mère était là, couchée, le bonnet de

dentelle enfoncé jusqu'aux yeux, qui cachait presque toute la figure.

- " Comme tu as de grandes oreilles, grand-mère, dit-elle.

- C'est pour mieux t' entendre, mon enfant !

- Comme tu as de grands yeux !

- C'est pour mieux te voir, mon enfant !

- Comme tu as de grands bras !

- C'est pour mieux t' embrasser, mon enfant !

- Comme tu as une grande bouche et de grandes dents !

- C'est pour te manger ! " dit le loup qui fit un bond hors du lit et

dévora d'un trait le Petit Chaperon rouge. Une fois repu, le loup se

recoucha et s'endormit aussitôt. Il se mit à ronfler haut et fort. Un

chasseur qui passait devant la maison l'entendit et pensa :

" Comment se fait-il que cette vieille grand-mère ronfle si fort ?

Allons voir si elle n'a besoin de rien. " Il entra dans la chambre,

s'approcha du lit et vit le loup, profondément endormi.

" Te voilà enfin, canaille !

Depuis le temps que je cherche à t'attraper !"

Il brandit son fusil en direction du loup, mais s'arrêta net.

" Et si le loup avait dévoré la grand-mère ? " se dit -il.

Il reposa son fusil, prit une paire de ciseaux et se mit à ouvrir le

ventre du loup endormi.

Au troisième coup de ciseaux, il aperçut quelque chose de rouge.

Deux ou trois coups de ciseaux encore et la petite fille bondissait

dehors en s'écriant : " Oh ! la, la ! Comme j'ai eu peur ! Il faisait si

noir dans le ventre du méchant loup ! ". La grand-mère sortit à son

tour, encore vivante, mais  elle respirait à peine. Il était temps !

Le petit Chaperon rouge courut chercher de grosses pierres et en

bourra le ventre du loup. Quand il se réveilla, il voulut s'enfuir. Mais

les pierres étaint si lourdes qu'il s'affala sur le sol et mourut

quelques minutes après.

Nos trois amis étaient bien contents. Le chasseur prit la peau du

loup et rentra chez lui. La grand-mère mangea la galette et but le

vin que sa petite-fille lui avait apportés. Elle se sentit beaucoup

mieux.

Et le Petit Chaperon rouge ne disait rien.

" Jamais plus de ma vie je ne désobéirai. Jamais plus je ne

m'écarterai du chemin pour aller courir dans la forêt quand

maman me l'a formellement interdit " promit-elle tout bas.

 

         

BLANCHE-NEIGE

 

Il était une fois une reine qui se piqua le doigt, et voyant une perle

de sang sur la neige blanche, elle songea qu'elle aimerait avoir

une petite fille avec des lèvres aussi rouges que le sang, la peau

aussi blanche que la neige, les cheveux et les yeux aussi noirs

que l'ébène. Ce qu'elle avait souhaité si fort se réalisa

La petite fille fut appelée Blanche-Neige.

Mais peu de temps après, la gentille reine mourut, et le roi se

remaria avec une femme très belle, extrêmement vaniteuse, qui

à tout moment, se tournait vers son miroir magique et lui

demandait : " Miroir ! Gentil miroir, dis-moi qui est la plus belle ? "

Le miroir qui ne pouvait mentir, lui répondait qu'elle était la plus

belle d'entre toutes. Ceci jusqu'au jour, où il lui répondit que

certes, elle était très belle mais que Blanche-neige était bien plus

belle encore.

Une jalousie, une haine féroce envahit la reine. Elle ordonna à un

chasseur de tuer Blanche-Neige, et de lui rapporter son cœur.

Le chasseur qui avait reçu les ordres entraîna l'enfant dans les

bois. Mais là, ému par son innocence et sa beauté, son bras se

figea dans l'air, il n'eut pas la force de la tuer. Il lui dit de s'enfuir

très loin, de courir sans jamais s'arrêter. Il tua alors un chevreuil

et en rapporta le cœur à la reine. Celle-ci, ne se doutant de rien,

le mangea en croyant que c'était celui de Blanche- Neige.

Dans la forêt, la pauvre Blanche-Neige s'arrêta de courir à la

nuit tombée. Tremblante de peur, de faim et de froid, elle aperçut

une lumière. C'était une maisonnette. Elle s'approcha, frappa, il

n'y avait personne. Plus morte que vive, elle y pénétra.

A l'intérieur, tout était minuscule, propre et rangé. Il y avait sept

petites chaises, sur la table sept petits couverts et sept petits

gobelets. Elle but dans chacun. Il y avait sept petites assiettes

remplies de nourriture, et elle mangea un peu de chaque. Il y avait

enfin sept petits lits, aux draps blancs, elle s'endormit dans le

dernier.

Les sept nains qui habitaient la maisonnette rentrèrent à la nuit

tombée. Quelle ne fut pas leur surprise, quand ils virent que

quelqu'un avait mangé leur soupe, bu dans leurs gobelets, et que

ce quelqu'un dormait dans leur lit ! Mais ils ne réveillèrent pas

Blanche-Neige.

Le lendemain, elle leur raconta ses mésaventures, ils lui

demandèrent de rester, de les aider à faire la cuisine et le

ménage, ainsi elle serait à l'abri de la méchante reine. Ils

explosèrent de joie quand elle accepta.

Avant de repartir au travail, le lendemain matin, ils lui

recommandèrent de surtout n'ouvrir la porte à personne.

La méchante reine, qui était aussi une sorcière, questionna de

nouveau son miroir. Elle fut très surprise d'entendre celui-ci lui

dire que si elle était belle, Blanche-Neige, qui habitait chez les

sept nains, étaient mille fois plus belle encore.

Elle décida cette fois d'agir elle même. Elle mit du poison dans

une belle pomme rouge et déguisée en marchande, s'approcha

de la maison des sept nains. Blanche-Neige sans se méfier porta

à la bouche le beau fruit rouge que lui tendait la fausse

marchande.

A peine avait-elle avalé la première bouchée qu'elle tomba raide

morte. La sorcière s'enfuit en riant.

Quand les sept nains revinrent du travail, ils trouvèrent Blanche-

Neige inanimée, étendue sur le sol.

Ils firent tout pour la faire revivre, mais elle resta sans vie. Ils

pleurèrent pendant trois jours. Comme elle restait aussi

délicieusement belle, gardant ses couleurs, ils ne purent se

résoudre à l'enterrer. Ils l'allongèrent dans un cercueil de verre,

qu'ils transportèrent sur une colline, à la lumière du soleil. Nuit et

jour, à tour de rôle, un nain veillait sur elle, pendant que les autres

partaient travailler.

Un fils de roi, qui passait par là, vint demander de l'eau. Voyant

Blanche-Neige dans son cercueil transparent, il resta tellement

fasciné par sa beauté qu'il en tomba amoureux. Comme il la

prenait dans ses bras, un morceau de pomme empoisonné

tomba de la bouche de Blanche-Neige. Elle ouvrit les yeux, sans

comprendre où elle se trouvait, mais se sentit vibrer dans son

royaume et les sept nains assistèrent à leur mariage.

 

 

         

BARBE BLEUE

 

Il était une fois une fois un homme très riche et très puissant. Mais

il était si effrayant, avec sa barbe bleue, qu'aucune femme ne

voulait de lui. Il avait pourtant réussi à se marier six fois, et

personne ne savait ce que ses six femmes étaient devenues. Un

jour, Barbe-Bleue voulut épouser la fille de sa voisine. Celle-ci

refusait obstinément, car il était riche, oui, mais tellement laid !

Elle se demandait surtout où étaient passées ses six premières

épouses. Pour séduire la jeune fille, Barbe-Bleue l'invita dans un

de ses châteaux, et organisa une fête extraordinaire. Pendant les

festivités, il se montra tellement agréable, joyeux, plein d'entrain,

qu'au bout d'un moment, il ne faisait plus du tout peur à la jeune

fille. " Après tout, se disait-elle, il n'y a rien de mal à épouser un

homme qui a la barbe un peu bleue. Il est si gentil, si accueillant !

Et c'est l'homme le plus riche du pays ! " Elle regardait avec envie

cette immense demeure, ces décorations précieuses, ces garde-

robes qui débordaient des plus beaux vêtements... Sans parler de

l'or, des pierreries et des bijoux que possédait Barbe-bleue, si

nombreux, disait-on, qu'une chambre n'aurait pas suffit à les

contenir. Le mariage fut conclu.

Un mois plus tard, Barbe-Bleue annonça à sa femme qu'il partait

pour un long voyage. " Pendant mon absence, lui dit-il, invite tes

amies et amuse-toi tant que tu le voudras. Voici les clefs de toutes

les portes de la maison. Fais ce qu'il te plaira, mais je ne te

demande qu'une chose : cette petite clef-ci, celle de la porte du

cabinet du bas, ne t'en sers surtout pas. Si jamais ta curiosité te

pousse à désobéir, si tu ouvres la porte du cabinet, ma colère

sera plus terrible que le plus terrible des ouragans. " Ayant dit

ceci, il s'en alla.

La jeune femme invita ses amies le soir même. Toutes étaient

ravies de visiter le superbe château. Elles s'émerveillaient devant

toutes les richesses ; les tentures argentées, les robes et les

manteaux de soie, les colliers de saphir et de diamant, les

diadèmes royaux.

Elles enviaient beaucoup madame Barbe-Bleue. Mais c'est à

peine si celle-ci faisait attention à ses compagnes. Depuis le

départ de son mari, elle ne pensait qu'à la petite clef, et elle était

prise d'une tentation irrésistible. Que pouvait-il donc y avoir de si

secret dans le petit cabinet ? N'y tenant plus, elle faussa

compagnie à ses invitées et se dirigea vers le cabinet. Elle saisit

la clef, se rappela un instant les paroles de son mari, puis se

décida à tourner la clef dans la serrure. D'abord, elle ne vit que le

plancher couvert de sang. Pétrifiée, elle entra dans le cabinet, et

faillit mourir de peur : alignés le long du mur, côte à côte, étaient,

pendus les cadavres des six épouses de Barbe-Bleue. Prise de

panique, elle lâcha la clef, qui tomba dans une flaque de sang.

Elle la ramassa, sortit précipitamment et referma la porte.

Arrivée dans sa chambre, elle essaya de nettoyer le sang en

frottant la clef avec une étoffe. Mais il n'y avait rien à faire : quand

la tache disparaissait d'un côté, elle réapparaissait aussitôt de

l'autre. Pour ajouter à son émoi, voici que Barbe-Bleue décida

de rentrer le soir même, ses affaires étant réglées.

" Mon épouse, es-tu heureuse de me revoir si tôt ? " lui demanda-

t-il. Elle fit semblant d'être joyeuse, et elle lui rendit toutes les clefs,

sauf celle du cabinet.

Un peu plus tard, Barbe-Bleue lui réclama la petite clef : " Je l'ai

laissée à l'étage, lui dit-elle, je vais la chercher. " Elle monta,

appela sa soeur Anne et lui dit : " Mes frères ont permis de venir

me rendre visite aujourd'hui. S'il te plaît, guette-les du haut de la

tour et préviens moi dès que tu les verras arriver. "

Elle repoussait le moment autant que possible, mais il faudrait

bien redescendre. Barbe-Bleue s'impatientait.

" Vas-tu me rendre cette satanée clef ? Je sais que tu as ouvert

la porte du cabinet, et pour cela tu y rejoindras mes autres

épouses. Descends, sacrebleu !

- J'arrive, mon mari, laissez-moi seulement le temps de faire une

dernière prière ! Soeur Anne, demanda-t-elle à sa soeur, ne

vois-tu rien venir ?

- Rien de rien, je ne vois que l'herbe et le soleil.

- Alors, menaça Barbe-Bleue du bas de l'escalier, son couteau

à la main, vas-tu te dépêcher, ou faut-il que je vienne te déloger ?

- Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? répéta à la dérobée

madame Barbe-Bleue.

-Je vois... un nuage de poussière qui s'élève...

Ce sont nos frères qui s'avancent au galop.

- C'en est trop, hurla Barbe-Bleue, si tu ne descends pas

immédiatement je monte te couper le cou.

- Là, me voici. " Elle descendit en tremblant. Barbe-Bleue

brandissait son couteau. Elle se trouva bientôt à sa hauteur, et il

allait lui trancher le cou, quand on frappa si fort à la porte que sa

main s'arrêta tout net.

La porte s'ouvrit et, découvrant l'horrible scène, un des frères de

la malheureuse épouse se jeta sur Barbe-bleue et lui transperça

le coeur de son épée. Il était mort. Barbe-Bleue n'avait pas de

famille, hormis sa femme. Elle hérita donc de tous ses biens.

Elle en profita pour offrir un somptueux mariage à sa soeur Anne.

Elle même se remaria bientôt avec un gentilhomme qui lui fit

oublier l'infâme Barbe-Bleue.

 

 

         

LES CYGNES SAUVAGES

 

Dans un pays lointain vivait un roi qui avait onze fils et une fille qui

avait reçu le nom d'Elisa. Les enfants vivaient heureux dans le

château de leurs parents. Hélas ! Un jour, l'épouse du roi mourut.

Ce dernier prit en seconde noce une méchante femme qui

détesta immédiatement les douze enfants. Pour se débarrasser

d'eux, cette vilaine reine décida d'envoyer la petite fille chez des

paysans et dit au roi tant de mal de ses fils que le père s'en

désintéressa.

Mais cela ne lui suffit pas, elle voulait les éloigner définitivement.

C'est ainsi qu'un jour, elle leur jeta un sort, car elle était aussi une

sorcière, en disant :

" Soyez transformées en oiseaux, et perdez la parole !"

Les princes devinrent alors onze beaux cygnes sauvages qui

s'envolèrent aussitôt.

Quand Elisa eut quinze ans, son père la fit chercher car il voulait

revoir sa fille. La reine s'arrangea pour la rencontrer en premier :

elle badigeonna de brou de noix et lui emmêla tellement les

cheveux que son père ne la reconnut pas.

Toute triste, la fillette quitta le château et marcha toute la journée

à travers champs.

Le soir venu, elle arriva dans une grande forêt où elle s'endormit.

A son réveil, elle découvrit une source d'eau claire.

Elle s'approcha de l'eau et s'y plongea. Elle redevint la belle

princesse qu'elle était. Rencontrant une femme très âgée, Elisa lui

demanda si elle n'avait pas vu onze princes chevauchant dans la

forêt. La vieille femme lui répondit que non mais, qu'en revanche,

elle avait vu onze cygnes avec des couronnes d'or sur la tête au

bord de l'eau. L'enfant suivit le fleuve jusqu'à son embouchure et

arriva au bord de la mer.

Sur la plage elle trouva onze plumes de cygnes blanches dont elle

fit un bouquet. Au crépuscule, Elisa vit onze cygnes sauvages

avec des couronnes d'or voler comme un long ruban blanc.

Les cygnes vinrent se poser à côté d'elle et dès que le Soleil fut

couché, leurs plumes se détachèrent. Redevenus onze beaux

princes, ils se firent reconnaître de leur belle et grande soeur.

L'aîné expliqua à Elisa qu'ils ne reprenaient forme humaine

qu'à la nuit tombée. Il ajouta : " Nous habitons de l'autre côté

de la mer et nous ne pouvons revenir que pendant onze jours

dans notre cher pays. "

Elisa et ses frères de partir ensemble. Ils fabriquèrent un filet

en osier pour transporter Elisa, et, le jour venu, s'envolèrent en

tenant le filet dans leur bec. Ils volèrent toute la journée. Bien

que le poids d'Elisa ralentissait leur vol, ils atteignirent l'îlot

avant la nuit. Ils étaient très fatigués. Très vite tout le monde

s'endormit. Elisa rêvait de pouvoir délivrer ses frères lorsque,

durant son sommeil, la fée Morgane lui apparut et lui dit ceci :

" Tu pourras sauver tes frères en leur tissant à chacun une

cotte de mailles faite avec des orties.

Mais attention, tant que ce travail ne sera pas terminé, tu ne

devras pas parler, sinon ce serait leur mort. " Aussitôt, Elisa

se mit au travail et tressa les cottes jusqu'à s'en brûler les

mains. Un roi qui chassait par là, découvrit cette belle jeune

fille en plein travail et lui demanda ce qu'elle faisait là.

Elisa ne voulut pas répondre car elle savait que si elle

prononçait, ne fusse qu'un seul mot, ses frères mourraient.

Emu par le désarroi de la princesse, le souverain décida

alors de l'emmener dans son château. Peu après, ils se

marièrent. Comme Elisa pleurait et se lamentait, le roi eut

l'idée de lui faire apporter les orties déjà filées et les cottes

de mailles qui étaient terminées, espérant ainsi la distraire.

De son côté, le conseiller de la cour se demandait si cette

jeun fille muette n'était pas une sorcière. Il en parla au roi qui

ne voulut rien entendre. Toutes les nuits, Elisa travaillait à ses

cottes; Un jour, elle n'eut plus assez d'ortie et décida d'aller

jusqu'au cimetière pour en cueillir. Le conseiller, qui la

surveillait, en parla au roi et lorsque la jeune femme sortit

pour cueillir à nouveau des orties, celui-ci la suivit à son

tour. L'apercevant non loin des sorcières du cimetière qui

attrapaient des crapauds pour leurs potions magiques, le

roi pensa qu' Elisa était aussi une sorcière.

Accusée de sorcière, elle fut condamnée à mourir sur le

bûcher. Dans son cachot, on lui donna les cottes de mailles

et le reste de la botte d'ortie ; la princesse put ainsi poursuivre

son travail malgré le peu d'espoir qu'elle avait de jamais revoir

ses frères. Le jour prévu pour l'exécution, ces derniers, qui

l'avaient retrouvée, se transformèrent à nouveau en cygnes

sauvages et se mirent à voler au-dessus du chariot qui

emmenait Elisa au bûcher. Pâle comme une morte, la jeune

reine, les cheveux en désordre, continuait à tisser

désespérément la dernière cotte. " Regardez la sorcière !

Déchirez son tissu magique ! " criait la foule. Des gens

s'approchèrent pour lui arracher l'étoffe lorsque soudain,

onze cygnes blancs vinrent se poser autour d'elle.

Ne serait-elle pas innocente, se demanda alors la foule ?

Elisa eut juste le temps de lancer les onze cottes de mailles

sur les cygnes qui se transformèrent aussitôt en beaux jeunes

gens. Seul le dernier garda une aile de cygne car il manquait

une manche à son vêtement. La jeune reine s'écria :

" Enfin, je peux parler et proclamer mon innocence.

- Oui, notre soeur est innocente ! ", confirma l'aîné des frères

qui raconta toute leur longue histoire. Le roi, radieux de

retrouver sa jeune femme, lui offrit une plume de cygne qui

flottait dans l'air. Les cloches se mirent à sonner. Le roi et

Elisa, accompagnés des onze beaux princes, reprirent le

chemin du château pour une grande fête qui dura onze jours

et onze nuits.

 

         

BOUCLE D'OR

 

Il était une fois une petite fille qui avait de longs cheveux blonds,

tout dorés, et qui s'appelait Boucle d'Or. Elle habitait avec sa

maman dans une jolie maison au bord de la forêt. Un jour, elle a dit

à sa maman : Je dois aller me promener, et je te rapporterai de

belles fleurs que je cueillerai spécialement pour toi. Si tu veux,

Boucle d'Or. Mais fais attention, ne va pas loin ! Tu pourrais te

perdre !" Boucle d'Or mit son panier sous son bras et partit. Elle a

commencé à cueillir de belles marguerites. Puis, un peu plus loin,

il y avait des bleuets. Et encore plus loin, des coquelicots !

En courant de fleurs en fleurs, Boucle d'Or a fini par perdre la notion

du temps...Il y avait une grande table avec trois assiettes de soupe

au miel et au riz qui sentait très bon : une grande assiette, une

assiette moyenne et une tout petite assiette.

Et autour de la table, il y avait trois fauteuils qui avaient l'air très

confortables : un grand fauteuil, un moyen fauteuil et un tout petit

fauteuil. Boucle d'Or s'est assise sur le grand fauteuil mais il était

trop dur, elle était mal installée. Elle a essayé le moyen fauteuil,

mais le coussin état trop mou et elle glissait.

Alors elle s'est assise su le tout petit fauteuil, mais elle était trop

lourde, les pieds du fauteuil se sont cassés et elle est tombée par

terre !

Ensuite, elle a voulu goûter la soupe. Elle a pris une cuillère de la

grande assiette de soupe. Et comme elle était très fatiguée, elle a

voulu aller se reposer. Elle est montée dans la chambre où elle a

vu trois lits, un moyen lit et un tout petit lit.

Elle a essayé le grand lit, mais il y faisait trop chaud, elle n'était pas

bien. Elle a essayé le lit moyen mais la couverture la grattait, elle

n'arrivait pas à s'endormir.

Elle s'est alors couchée dans le tout petit lit, et comme elle y était

très bien, elle s'est endormie profondément. Pendant ce temps,

les ours à qui appartenait la maison avaient fini de faire leur

promenade avant le dîner et ils rentraient chez eux. Dès qu'ils

eurent poussé la porte, ils ont senti que quelqu'un était venu et ils

se sont mis à fouiller dans la pièce en reniflant partout.

"On a bougé mon fauteuil, s'exclama Papa Ours de sa grosse voix.

- On a touché à mon coussin, cria Maman Ourse avec sa moyenne

voix.

- Regardez, on a cassé ma chaise", dit Bébé Ours en pleurant

avec sa toute petite voix. Puis, ils se sont approchés de la table.

"On a léché ma cuillère, a grogné Papa Ours avec sa grosse

voix.

- On a touché mon assiette, a dit Maman Ourse de sa moyenne voix.

- Regardez, on a mangé toute ma soupe, je n'ai plus de dîner", a dit

Bébé Ours, en pleurant avec sa touts petite voix.

Les ours sont alors montés dans leur chambre. Papa Ours a reniflé

en grognant de sa grosse voix :

"On s'est couché sur mon oreiller !

- Et on a tiré ma couverture, a dit Maman Ourse avec sa moyenne

voix.

- Regardez, regardez, il y a une petite fille endormie dans son lit",

a crié Bébé Ours avec sa toute petite voix. Quand Boucle d'Or a

entendu la voix des ours penchés au-dessus d'elle, elle a eu très

très peur.

Vite, vite, elle a sauté du lit, elle a enjambé la fenêtre et s'est enfuie

vers la forêt. et elle est rentrée chez elle en courant sans se

retourner ! Et les ours n'ont plus jamais revu Boucle d'Or dans leur

maison de la forêt.

 

         

               LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES

 

C'était la veille de la nouvelle année, le temps était terriblement

froid ce soir-là. La nuit était très noire et il neigeait à gros flocons.

Au milieu de cette obscurité, une petite fille marchait dans la rue la

tête et des pieds nus. En quittant sa pauvre maison, elle portait des

pantoufles tout usées et beaucoup trop grandes pour elle mais, en

traversant la rue et en se dépêchant pour se faufiler entre deux

fiacres, elles les avait perdues.

L'une avait disparu aussitôt sous les roues d'un cocher pressé,

l'autre avait été emporté par un gamin qui voulait en faire un

bateau.

L'enfant trottinait avec ses pauvres pieds nus bleus de froid.

Elle portait dans son vilain tablier une grande quantité d'allumettes

et en tenait également un paquet à la main. La journée avait été

très mauvaise, personne ne lui avait acheté la moindre allumette.

Elle avait froid, faim et très peur de rentrer chez elle car son père la

battrait s'il la voyait revenir sans le moindre sou. La neige continuait

à tomber et les flocons faisaient comme des duvets de cygne sur

ses jolis cheveux blonds et bouclés. Comme elle s'en moquait de

ses cheveux ! Elle savait seulement que c'était la veille du jour de

l'an et que tous les petits enfants allaient se réunir avec leurs

parents pour un grand repas de fête.

Entre deux maisons, la petite fille s'assit de plus en plus transie et

glacée. A quoi bon rentrer chez elle où son père serait en colère et

où, de toute façon, il faisait presque aussi froid que dehors, tant le

vent soufflait fort à travers les larges fentes des murs. L'enfant ne

pouvait presque plus bouger ses doigts raidis par le froid.

Elle se dit qu'une allumette, rien qu'une seule, la réchaufferait :

elle en fit craquer une. Il y eut un joyeux craquement et la flamme

monta claire et chaude le long de sa main. La fillette eut

brusquement l'impression d'être assise devant un bon grand poêle

de cuivre. Déjà, elle étendait ses pieds pour les réchauffer aussi.

Trop tard ! Le poêle avec sa chaleur avaient disparu et il ne restait

plus qu'une allumette noircie au bout de ses doigts.

L'enfant décida d'en frotter une deuxième dont la flamme fut encore

plus lumineuse et plus belle. La petite pouvait voir une pièce avec

une table recouverte de jolies faïences. Une oie énorme et grasse

toute dorée était posée dans un joli plat. Subitement l'oie roula de la

table et disparut, il n'y avait plus devant l'enfant que la petite poule

grise et froide. C'était insupportable, la fillette voulait revoir ce

poêle qui ronronnait si joyeusement, cette oie appétissante et qui

sentait si bon...

La petite marchande fit craquer une troisième allumette et se vit

transporter immédiatement dans une jolie maison où se dressait,

tout scintillant, un grand arbre de Noël avec ses guirlandes et ses

boules de toutes couleurs.

Des fruits et des jouets étaient aussi accrochés aux branches. Des

enfants, qui couraient en chantant autour de l'arbre, lui prirent la

main et l'entraînèrent dans leur ronde. La fillette voulut courir aussi,

mais de nouveau, ce fut la nuit.

Les étoiles commençaient à briller au-dessus de la rue sombre et

déserte. Quelques rares passants, pressés d'aller retrouver leurs

amis et leurs familles, marchaient à grandes enjambées sans voir,

entre deux maisons, l'enfant recroquevillée sur elle-même et qui

regardait le ciel. Une étoile filante traça une longue raie flamboyante

et la petite pensa que quelqu'un devait mourir. Sa vieille grand-

mère, qui lui avait appris cela : "Si une étoile tombe, c'est une âme

qui va à Dieu". Une allumette fut encore frottée et cette fois-ci la

grand-mère apparut comme autrefois avec son air doux et gentil.

"Grand-mère reste là, emmène-moi, ne me laisse pas seule.

Je sais que lorsque l'allumette s'éteindra, tu disparaîtras comme

tout ce j'ai pu voir jusqu'à présent. Comme le feu qui brûlait si bien,

comme l'oie qui sentait si bon, comme le sapin de Noël, tu

t'envoleras et moi, je resterai toute seule dans une rue sombre

sans personne pour s'occuper de moi et m'emmener dans une

maison où je n'aurai plus jamais ni froid, ni faim".

Terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée, l'enfant ne craqua

plus une allumette mais fit brûler tout le paquet. Sa grand-mère

reparut, elle était belle avec sa robe de velours noire qu'elle mettait

seulement les jours de fête. La vieille dame souriait avec tendresse

à sa petite-fille qu'elle prit dans ses bras. Toutes les deux

s'élevèrent vers le ciel dans la grande lumière du paquet

d'allumettes et arrivèrent au Paradis.

Le jour de l'an se leva, il faisait encore gris et sombre. Un piéton

découvrit dans un coin une petite fille aux cheveux bouclés pieds

nus, et sans vie. Partout autour d'elle, il y avait des bouts

d'allumettes noircis.

La pauvre petite a voulu se réchauffer, pensa l'homme qui ne se

douta pas que l'enfant avait quitté le monde dans une belle lumière,

en tenant sa grand-mère par la main.

 

         

            ALADIN ET LA LAMPE MERVEILLEUSE

 

Il était une fois, dans le lointain Orient, une veuve qui avait un fils

du nom d'Aladin. Ils étaient très pauvres et, pendant que sa mère

s'éreintait au travail, le jeune garçon passait ses journées, comme

tous les enfants de son âge, à vagabonder dans mes environs. Un

après-midi, alors qu'il jouait sur la place du village avec ses amis,

un mystérieux étranger s'approcha de lui. L'homme était bien vêtu :

il portait un turban orné d'un saphir, et une petite barbe noire faisait

ressortir l'étrange éclat de ses yeux. "N'es-tu point Aladin, fils de

Mustapha le tailleur ?

Mon garçon, aimerais-tu gagner quelques roupies ?

- Oh! oui, monsieur ! Je ferais n'importe quoi pour rapporter un peu

d'argent à la maison !

- Alors, Aladin, écoute bien : Il te suffira de passer par une trappe

trop étroite pour moi et de me rapporter une vieille lampe."

Aladin suivit donc le marchand jusqu'en un endroit fort éloigné du

village. Ils soulevèrent une lourde plaque de marbre et le jeune

garçon, svelte et agile, se faufila par l'ouverture. Quelques marches

s'enfonçaient dans le sol. L'homme retira de son doigt un anneau et

le lui tendit :

"Mets cet anneau, il te préservera de tout mal."

Au bas des marches, il découvrit une immense caverne. Là se

trouvaient des coffres remplis de bijoux, des jarres en or, des

arbres croulant sous le poids d'étranges fruits faits de diamants,

de perles et de nacres : un vrai trésor ! Soudain tiré de sa stupeur

par un hurlement : la lampe, Aladin, apporte-moi la lampe !"

Le garçon regarda tout autour de lui et finit par apercevoir posée

sur un coffre une vieille lampe à l'huile.

Pourquoi l'étranger voulait-il cette lampe sans valeur alors que

l'endroit regorgeait de richesses ?

Ce devait être un magicien, assurément...Aladin, inquiet, prit la

lampe et remonta lentement vers la surface.

"Donne-moi la lampe, l'homme qui commençait à s'impatienter.

- Aidez-moi à sortir, répondit Aladin.

- Donne-moi d'abord la lampe ! hurla l'étranger."

Aladin redescendit les marches sans répondre. "Eh bien, reste ici,

si tu t'y palis tant !"

Et de rage, l'homme referma la trappe ! Seul dans le noir, Aladin se

tordait les mains de désespoir. L'anneau qu'il portait au doigt se mit

soudain à briller et une imposante créature apparut, les yeux

flamboyants dans un visage enturbanné, les mains sur la poitrine. Je

suis le génie de l'anneau. Parle et j'obéirai !

- Je veux rentrer chez moi", dit Aladin.

Dans l'instant, il se retrouva avec lampe et anneau auprès de sa

mère, à qui il conta son étrange aventure. Tout en l'écoutant, elle

commença à astiquer la lampe pour lui redonner un peu d'éclat.

Aussitôt en sortit, au milieu d'une épaisse fumée, un autre génie,

encore plus effrayant que celui de l'anneau.

"Je suis le génie de la lampe. Parle et j'obéirai !". De ce jour,

Aladin et sa mère ne manquèrent de rien. Quels que fussent leurs

désirs, le bon génie les exauçait sur-le-champs.

Les années passèrent. Aladin était maintenant un grand et beau

jeune homme. Un matin, au marché, il croisa Badroulboudour, la

fille du sultan, et en tomba éperdument amoureux. Impressionné

par sa richesse, le sultan ne fut pas long à lui accorder la main de

la princesse. Après un somptueux mariage, Aladin et Badroulbou-

dour s'en allèrent habiter un somptueux palais que le génie avait

fait surgir au milieu d'une oasis. Un jour que la jeune femme était

seule au palais, un étrange marchand s'arrêta sous ses fenêtres.

"Qui veut échanger les vieilles lampes contre des neuves ?", criait-

il. Badroulboudour ignorant le secret d'Aladin et l'existence du

génie, alla chercher la vieille lampe et l'échangea au marchand,

qui n'était autre que le méchant et fourbe magicien.

Aussitôt, celui-ci frotta la lampe et , sous le regard effrayé de la

jeune femme, fit apparaître le génie.

"Je suis le génie de la lampe. Parle et j'obéirai !

- Génie, je suis ton nouveau maître. Tu dois m'obéir en tout !"

Le magicien lui ordonna de les transporter, lui, le palais et la

princesse, dans un pays très lointain. La disparition de

Badroulboudour plongea Aladin dans un profond désespoir. Une

fois encore, il eut recours au génie de l'anneau. "Emmène-moi

là où se trouve ma bien-aimée, implora-t-il, je ne peux vivre sans

elle..."En un éclair, il se retrouva dans la cuisine de son palais.

Devant lui, Badroulboudour préparait le repas du magicien.

"Aladin, toi ici ?

- Vite, mon aimée, prends cette poudre et mets-la dans le thé du

magicien ! Aie confiance en moi !"

Ainsi entendit-on bientôt les ronflements du marchand, vaincu par

le somnifère. Aladin s'empara alors de la lampe et fit surgir une

nouvelle fois le génie. Il lui ordonna de les ramener au plus vite dans

leur pays. Le sultan pleura de joie en retrouvant sa fille et son

gendre.

Toute la ville célébra par de grandes réjouissances qui durèrent

plusieurs jours le retour d'Aladin et de son épouse. Quant au

méchant magicien, il fut banni du royaume et l'on n'entendit plus

jamais parler de lui.

 

         

                              LA BELLE ET LA BÊTE

 

Il était une fois un marchand qui avait trois filles. Les deux aînées

étaient pleines d'orgueil, et ne se préoccupaient que de leurs robes

et de leurs bijoux. Elles ne cessaient d'insulter leur petite soeur qui,

en revanche, était la gentillesse même. Comme elle était aussi très

belle, on la surnommait la Belle. C'est elle qui préparait les repas et

s'occupait du ménage pendant que ses soeurs s'amusaient.

Un jour, le marchand reçut une lettre l'informant qu'une affaire

l'attendait en ville. Pleines d'espoirs, les soeurs aînées

demandèrent à leur père de leur rapporter de nouveaux habits.

"C'est promis, leur dit-il. Et toi, la Belle, ne veux-tu rien ?"

- Merci, père, répondit-elle, je n'ai besoin de rien. Cependant, si

vous trouviez une rose, je serais ravie d'en sentir le parfum."

Le père s'en alla. Ses affaires ayant été mauvaises, il décida de

rentrer. Sur le chemin du retour, dans la forêt, il vit soudain briller

une vive lumière.

S'approchant, il découvrit un magnifique palais. La porte étant

ouverte, il entra, appela, mais le château était vide. Il ressortit, et

dans les allées du jardin, aperçut des rosiers, et dans les allées du

jardin, aperçut des rosiers en abondance. Il se rappela ce que lui

avait demandé la Belle, et cueillit une rose.

C'est alors qu'un vacarme assourdissant se fit entendre. Une

créature monstrueuse apparut, qui s'écria : "Vous m'avez volé une

rose mon bien le plus précieux ! Pour cela, il vous faut périr.

A moins que vous n'ayez une fille qui veuille bien mourir à votre

place. Dans ce cas, allez la chercher, et vous aurez la vie sauve."

De retour, il fit part à ses filles de l'horrible marché. La Belle lui dit :

"Père, laissez-moi y aller. Si vous deviez disparaître, j'en mourrais

de chagrin." Le père se récria, mais la Belle ne voulut rien entendre.

Le lendemain, elle prit son cheval, qui l'emmena tout droit au palais

de la Bête. Une fois encore, le lieu semblait désert. Elle entra, visita

le château, et eut la surprise de voir une porte avec cette

inscription :

"Chambre de la Belle". A l'intérieur se trouvaient une bibliothèque et

des meubles magnifiques. A midi, elle trouva une table

somptueusement dressée, et se restaura pendant qu'une musique

merveilleuse lui parvenait aux oreilles. La journée passait et elle se

demandait quand la Bête allait enfin se montrer. Ce n'est que vers

neuf heures du soir qu'un grand bruit la fit trembler.

La Bête arrivait !

"Cela vous dérange-t-il que je vous regarde souper ? lui demanda-t-

elle.

- Maître, dit la Belle terrifiée, faites comme il vous plaira.

- Je suis votre serviteur, lui répondit la Bête qui ajouta : dites-moi

franchement, me trouvez-vous laid ?

- Vous êtes laid, mais vous êtes bon. Vous me recevez comme une

vraie princesse."

Elle n'avait déjà plus peur. Tout à coup, la Bête lui demanda :

" Voulez-vous m'épouser ?

- Non, répondit-elle aussitôt, surprise par la question. Et la Bête se

retira pleine de tristesse. Les jours passèrent.

Pour la Belle les mets les plus raffiné étaient préparés, et le matin

elle trouvait de superbes toilettes brodées d'or. Tous les soirs, la

Bête lui demandait gentiment : "Voulez-vous m'épouser ?" Et

chaque fois c'était la même réponse qui la remplissait de chagrin.

Un soir, la Bête lui demanda : Que puis-je faire encore pour votre

bonheur ?

- Je voudrais seulement revoir mon pauvre père, dit-elle.

- Alors promettez-moi de revenir dans huit jours.

Tenez : dès que vous poserez cette bague magique sur votre table

de nuit, vous serez transportée de nouveau ici.

- C'est promis" dit la Belle.

Puis la Bête fit claquer ses doigts, et la Belle se retrouva chez son

père. Il la serra très fort dans ses bras. Mais ses soeurs étaient très

mécontentes de la revoir. "Puisqu'elle doit repartir dans huit jours,

arrangeons-nous pour qu'elle reste plus longtemps, se dirent-elles.

Alors la Bête se vengera, et sûrement, elle la tuera." Le huitième

jour, elles firent semblant de pleurer son départ à chaudes larmes.

Alors la Belle eut pitié de ses sœurs : "Ne pleurez plus, dit-elle, je

vais rester encore un peu."

Quelques jours plus tard, la Belle rêva que la Bête était morte de

chagrin. Alors, inquiète, elle posa la bague sur sa table, et

instantanément elle fut transportée au palais. Elle chercha

longtemps la Bête, et finit par la trouver dehors, couchée près

d'un ruisseau, comme morte. Elle aspergea d'eau son visage, et

la Bête ouvrit les yeux. "Je croyais que vous m'aviez oublié, alors

je me laissais mourir de faim, dit la Bête.

- Non ! fit la Belle. Ne mourez point. Je veux vous épouser.

A ces mots, le château s'illumina et des feux d'artifice jaillirent de

toutes parts.

La Belle émerveillée, regarda le ciel et lorsqu'elle baissa les yeux,

qu'elle ne fut pas sa surprise de voir, à la place de la Bête, un beau

prince qui la regardait avec amour.

"Qu'est devenue la Bête ? lui demanda-t-elle.

- Elle est devant vous, lui répondit le gentil prince.

Une méchante fée m'avait jeté un sort, ma condamnant à garder

cette apparence jusqu'à ce qu'une belle jeune fille consente un jour

à m'épouser."

C'est ainsi que la Belle et la Bête se marièrent en de superbes

noces, et qu'ils vécurent longtemps, dans le plus grand bonheur.

 

         

                ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

 

Alice était assise sur un banc à côté de sa grande soeur qui lisait

un livre sans images. Alors qu'elle commençait à s'ennuyer elle

décida d'aller cueillir des fleurs, quand un lapin blanc aux yeux

rouges, passa près d'elle en courant.

Cela n'avait rien d'exceptionnel. Alice fut tout de même intriguée

lorsqu'elle entendit le lapin marmonner : "Zut ! Je vais être en

retard !" Puis tirant une montre de sa poche, il regarda l'heure et

détala. Cette fois, Alice n'en crut pas ses yeux. Piquée par la

curiosité, elle se mit à courir après. Mais il était loin devant, et elle

eut juste le temps de le voir disparaître dans un large terrier.

Alors, sans hésiter, elle s'y glissa à son tour. Elle suivit d'abord un

tunnel, puis celui-ci s'inclina et se transforma en un grand puits qui

n'en finissait pas. Alice tombait, tombait, et pendant sa chute, elle

voyait défiler des étagères pleines de pots de confitures et des

vitrines remplies de gâteaux et de bonbons.

Puis, tout à coup, boum ! elle atterrit sur son lit de feuilles mortes.

Il faisait très sombre. Elle fit quelques pas à tâtons, et atteignit

bientôt une grande salle éclairée. Au milieu, il y avait une petite

table à trois pieds, sans rien sur le dessus, sauf une toute petite

clé. Alice se demandait quelle porte cette clé pouvait-elle bien

ouvrir, tellement celle-ci était minuscule, lorqu'elle aperçut dans

le mur du fond : une petite porte.

La clé entrait parfaitement dans la serrure. Il y avait de nouveau un

tunnel, mais celui-ci était bien trop étroit pour qu'Alice puisse y

entrer. Elle se mit à quatre pattes, et aperçut dans le fond le plus

joli jardin miniature qu'elle avait jamais vu, avec des fontaines

sculptées et des fleurs aux couleurs semblables à celles d'un

arc-en-ciel.

"Si seulement je pouvais raccourcir comme une longue-vue et

visiter ce jardin extraordinaire !", pensa Alice.

Mais elle était décidément de trop grande taille pour pénétrer dans

ce minuscule tunnel. Triste et désenchantée elle revint vers la petite

table. A ce moment-là, "surprise" : une petite bouteille y était

maintenant posée, l'étiquette portait ces mots : "Bois-moi".

Alice n'allait pas obéir aussi facilement. Tout d'abord, elle observa

avec soin la bouteille, pour voir si nulle part l'inscription "Poison"

n'était mentionnée. Comme il n'y avait aucune indication de ce

genre, elle but. Ce fut à son goût, un délice. Cela ressemblait à un

mélange de jus de fraise, de jus d'abricot et de lait de coco. "Mais,

se dit-elle tout à coup, ne serai-je pas en train de rapetisser ?" Oui,

c'était bien cela. Alice raccourcissait comme une longue-vue, et

elle eût bientôt la taille idéale pour passer la petite porte.

Quelle chance !

Elle courut, de toute la force de ses petites jambes, et fut vite

arrivée dans le magnifique jardin. Jamais elle n'avait vu autant de

couleurs à la fois, ni senti autant de parfums délicats.

Soudain, elle entendit des pas. Ce furent ceux du lapin blanc,

superbement habillé, il tenait à la main un éventail et mes gants !"

"Ce lapin me prend pour sa bonne à tout faire, pensa Alice. Bah !

Après tout, je ferais peut-être mieux de lui obéir." Séchant ses

larmes, encore chaudes, elle se dirigea vers une jolie petite

maison blanche. Des rosiers en fleurissaient l'entrée. Les roses

étaient blanches, comme la maison, mais trois jardiniers farfelus

s'appliquaient à les peindre en rouge. Alice s'approcha, et

entendit l'un deux dire : "Fais attention, Cinq de Trèfle !

Tu m'envoies de la peinture dans la figure !, s'écria Deux de Trèfle.

- Ce n'est pas de ma faute, répondit Cinq de Trèfle. C'est Neuf de

Pique qui m'a poussé !

- Messieurs, dit Alice amusée, pourquoi peignez-vous ces roses ?"

A ce moment, Cinq de Trèfle s'exclama : "La reine !". Et les trois

jardiniers se jetèrent face contre terre. Arrivèrent des valets, puis

les enfants du roi et de la reine, puis les jokers, et enfin le Roi et

la Reine de Coeur. La reine dit sévèrement en regardant Alice :

"Qui est cette petite ?

- Je m'appelle Alice, pour vous servir, Majesté, répondit poliment

la petite fille.

- Et eux, qui sont-ils ? demanda la reine en désignant les trois

jardiniers.

- Comment voulez-vous que je le sache ? Ce ne sont pas mes

oignons", rétorqua Alice, surprise elle-même d'avoir osé donner

une telle réponse.

La reine la regarda, furieuse, et se mit à crier comme une bête

sauvage : "Qu'on lui coupe la tête !". Le roi lui chuchota à l'oreille :

"Songez, ma chère, que ce n'est qu'une enfant." Mais soudain,

Alice eut une impression étrange : il lui semblait que lentement,

elle était en train de grandir, et qu'elle allait bientôt reprendre sa

taille normale. Pour le moment, personne ne s'en apercevait.

"Coupez-lui la tête !, hurla la reine.

- Qui peut bien se soucier de vous ?, dit Alice. Vous n'êtes rien

qu'un jeu de cartes !" A ces mots toutes les cartes s'envolèrent,

et retombèrent sur la fillette : elle poussa un petit cri craintif, se

secoua vigoureusement pour s'en débarrasser...et elle se retrouva

allongée sur le banc, la tête sur les genoux de sa soeur. Deux ou

trois feuilles d'un arbre étaient tombées sur son visage.

"Réveille-toi, Alice ! Comme tu as dormi longtemps !

- Oh ! Si tu savais, répondit Alice, quel drôle de rêve j'ai fait !

Et elle raconta à sa soeur son étrange et merveilleux songe, dont

elle se souvient encore aujourd'hui.

 

         

LA CHEVRE DE MONSIEUR SEGUIN

 

Il était une fois, un vieil homme qui n'avait jamais connu de bonheur

avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau

matin elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne et,

là-haut, le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la

peur du loup ne les retenaient.

Or, un jour, le vieux Monsieur Seguin, il s'appelait ainsi, après avoir

perdu six chèvres de la même manière, décida d'en acheter une

septième qu'il appela Blanquette.

Il fallait voir comme elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche

de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et

ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande.

Également docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans

mettre son pied dans l'écuelle.

Monsieur Seguin était heureux car la jeune chevrette ne s'ennuyait

pas. Jusqu'au jour où elle se dit, en regardant la montagne :

"Comme on doit se sentir bien là-haut ! Quel plaisir de gambader

dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !

C'est bon pour l'âne ou le bœuf de brouter dans un enclos !

Aux chèvres, il leur faut du large." A partir de ce moment, l'herbe

du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit

rare. C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête

tournée du côté de la montagne en faisant : "Bêêh!!!" tristement.

Un matin, comme Monsieur Seguin achevait de la traire, la chèvre

se retourna et lui dit dans son patois :

"Je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.

- Ah ! Mon Dieu, elle aussi, s'écria le vieil homme stupéfait,

comment, Blanquette, tu veux me quitter ?

- Oui, Monsieur Seguin.

- Est-ce-que l'herbe te manque ici ? Es-tu attachée trop court ?

Veux-tu que j'allonge la corde ?

- Ce n'est pas la peine Monsieur Seguin. Je veux aller dans la

montagne.

- Mais malheureuse ! Tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la

montagne ? Que feras-tu quand il viendra ?

Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques

plus encornées que toi. Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude,

qui était ici l'an dernier ? Une maîtresse chèvre, méchante et

forte comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit,

puis le matin, le loup l'a mangée.

- Peuchère ! Pauvre Renaude ! Ca ne fait rien, Monsieur Seguin,

laissez-moi aller dans la montagne."

Mais le vieil homme, craignant pour sa chèvre, l'installa dans une

étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour.

Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos

tourné que Blanquette se sauva...

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un

ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu

d'aussi joli. On la reçu comme une reine. Les châtaigniers se

baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches.

Toute la montagne lui fit fête. Et Blanquette, à moitié soûle, se

vautrait dans l'herbe verte, les jambes en l'air et roulait le long des

talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes. De

se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que

le monde...

En peu de temps, le vent fraîchit. La montagne devint violette. Le

soir était là. "Déjà !" dit la petite chèvre, et elle s'arrêta fort

étonnée.

En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de Monsieur

Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne

voyait plus que le toit et un filet de fumée. Elle écoutait les

clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme triste...

Puis, tout à coup, un hurlement dans la montagne se fit entendre :

"HOOUUU !!!       HOOUUU !!!"

Elle pensa au loup. De tout le jour, la follette n'y avait pas songé...

Au même moment, une trompe sonna bien loin dans la vallée.

C'était ce bon Monsieur Seguin qui tentait une dernière fois de la

rappeler.

"HOOUUU !!!       HOOUUU !!!"

faisait le loup.

- Reviens ! reviens !"criait la trompe.

Blanquette eut envie de rentrer. Toutefois se rappelant le pieu, la

corde, la haie du clos, elle pensa qu'elle ne pourrait plus se faire à

cette vie, et qu'il valait mieux rester. La trompe se tut...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna

et vit dans l'ombre deux courtes oreilles, dressées en pointe et deux

yeux luisant dans l'obscurité... C'était le loup. Gigantesque,

immobile, assis sur ses pattes arrière, il était là, regardant la petite

chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien

qu'il finirait par la manger, le loup ne se pressait pas. Seulement

quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

"Ah, ah ! Petite chèvre de Monsieur Seguin", et il passa sa grosse

langue rouge sur ses sombres et larges babines.

Blanquette se sentit perdue. Puis, songeant à la vieille Renaude qui

s'était battue toute la nuit pour être dévorée au matin, elle se dit

qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout se suite.

Mais elle se ravisa aussitôt. Elle tomba en garde, la tête basse et

la corne en avant, comme une brave chèvre de Monsieur Seguin

qu'elle était.

Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup -les chèvres ne tuent pas

les loups- mais seulement pour voir si elle pouvait lutter aussi

longtemps que la Renaude... Alors, le monstre s'avança, et les

petites cornes entrèrent en danse. Ah ! La brave chevrette,

comme elle y allait de bon cœur ! Plus de dix fois elle força le

loup à reculer pour haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la

gourmande cueillait alors, à la hâte, un brin de cette bonne herbe.

Puis, elle retournait au combat, la bouche pleine...

La bataille dura toute la nuit. De temps en temps, Blanquette

regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait :

"Oh ! Pourvu que je résiste jusqu'à l'aube !..."

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla

de coups de cornes, le loup augmenta ses coups de dents...

Une lueur pâle parut à l'horizon. Le chant d'un coq enroué monta

d'un poulailler. "Enfin !" dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que

le jour pour mourir, s'allongea alors par terre dans sa belle fourrure

blanche toute tachée de sang...

Aussitôt, le loup se jeta sur la petite chèvre et la dévora.

 

         

ALI BABA ET LES 40 VOLEURS

 

Ali Baba et Cassin étaient deux frères d'une famille modeste.

Ali Baba vivait avec sa femme dans une toute petite maison.

Il gagnait sa vie en taillant des bûches dans la forêt pour les

vendre au marché.

Cassin, lui avait épousé l'héritière d'un très riche marchand.

Il portait des costumes de soie brodés d'argent, et il était fier

de ses appartements luxueux. Il n'avait jamais songé à partager

son immense fortune, ne serait-ce qu'avec son frère.

Un jour, en fin d'après-midi, Ali Baba, qui avait réuni une bonne

quantité de bois, s'apprêtait à quitter la forêt lorsqu'il aperçut des

cavaliers au galop.

"Seraient-ce des bandits qui viennent par-ici ?" se demanda-t-il.

Il se cacha en haut d'un arbre.

Quarante hommes à méchante figure s'approchaient."

Je n'avais pas tort. Voilà bel et bien des voleurs", se dit Ali Baba,

très impressionné par les gros paquets et les malles énormes

chargés sur des chevaux.

De son arbre, Ali Baba pouvait tout voir et tout entendre. Le

capitaine des voleurs s'approchaient d'une grande porte dissimulée

dans un rocher. Il s'arrêta devant, et dit :

"Sésame, ouvre-toi !".

A peine avait-il prononcé ces mots que la porte s'ouvrit toute

grande. Les trente-neuf autres cavaliers le suivirent à l'intérieur

de la caverne et y cachèrent l'or, l'argent et les marchandises qu'ils

avaient volées. Puis, le capitaine leur ordonna de sortir et dit :

"Sésame, ferme-toi !".

La porte se ferma, et ils repartirent. Quand ils furent éloignés,

Ali Baba, dévoré de curiosité, descendit de l'arbre et s'avançant

vers la caverne, il prononça :

"Sésame, ouvre-toi !", et la porte lui obéit.

Il entra dans la caverne : c'était l'endroit le plus éblouissant qu'il eut

jamais vu. Il découvrit d'abord des tapis brodés et des étoffes

précieuses, puis des vases remplis d'or, d'argent et de bijoux.

Tout débordait de richesses qu'il se dit :

"Ce repaire de voleurs doit servir depuis des siècles !".

Mais il ne voulait pas s'attarder. Il sortit en emportant deux gros

sacs de pièces d'or, ordonna à la porte de refermer, puis rentra

chez lui. Il montra à sa femme sa fabuleuse découverte.

D'abord, celle-ci s'inquiéta.

"D'où viennent toutes ces pièces d'or ? Es-tu devenu un voleur ?

- C'est à des voleurs que je les ai volées", répondit-il. Et lui raconta

son aventure, en lui demandant de bien garder le secret.

Rassurée, elle se demanda quelle quantité d'or il pouvait y avoir

dans les sacs. "Nous devrions peser ces pièces, lui dit-elle.

- C'est inutile, répondit Ali Baba, enterrons-les dans le jardin au plus

vite.

- Quel dommage ! dit sa femme. J'aurais tant voulu savoir !". Elle le

supplia tellement qu'il céda : "Bien, lui dit-il. J'attendrai que tu aies

pesé l'or pour l'enterrer." Il fallait emprunter une balance.

Elle se rendit chez Cassin, le frère d'Ali Baba qui habitait à deux

pas.  La femme de Cassin accepta tout de suite de lui prêter sa

balance.

Mais elle était très curieuse, et se demandait quelle sorte de grain

ce pauvre Ali Baba et sa femme voulaient peser. Pour satisfaire

sa curiosité, elle déposa un peu de suif sous la balance, afin

qu'un ou deux grains y restent collés.

Puis elle confia la balance à la femme d'Ali Baba.

Une fois l'or pesé, la balance fut rendue à la femme de Cassim.

Celle-ci l'examina, et vit qu'au lieu de grain, une pièce d'or était

collée sous la balance ! Elle courut voir son mari :

"Cassim, lui dit-elle, tu ne devineras jamais quelle sorte de grain

ton frère met en réserve en ce moment. Une drôle de sorte, en

vérité : de l'or ! Ton frère a tellement d'or qu'il ne compte plus ses

pièces, il préfère les peser !" Cassim n'en croyait pas ses oreilles.

Il se rendit immédiatement chez Ali Baba.

"Ma femme a trouvé une pièce d'or sous la balance qu'elle t'a

prêtée. Doù te vient tout cet or, toi qui n'en a jamais eu ?" Ali Baba,

comprenant qu'il était découvert, se résolu à confier le secret à son

frère. "Dis-moi vite où se trouve cette caverne", répondit Cassim.

Et Ali Baba lui en indiqua le chemin.

Le lendemain, Cassim se leva avant le jour. Il traversa la forêt, et

arriva près de la caverne, il prononça la formule magique que son

frère lui avait donnée, puis entra. Ali Baba ne lui avait pas raconté à

quel point sa découverte était prodigieuse. A la vue de tous ces

trésors, Cassim se mit à courir en tous ses sens, à sauter et à rire

tout seul. Il visita longuement tous les recoins de la caverne. Puis il

se dit que le moment était venu d'emporter ce qu'il voulait et de

rentrer chez lui. Il s'empara de quatre sacs de pièces d'or et se

dirigea vers la porte. Celle-ci, comme à l'accoutumée, s'était

refermée derrière le visiteur, et il fallait à nouveau prononcer la

phrase magique. "Maïs, ouvre-toi !" dit Cassim. Ce n'était pas la

bonne formule. Il avait du mal à se souvenir.

"Voyons... Blé, ouvre-toi !". la porte ne s'ouvrait toujours pas.

"Orge, ouvre-toi !" Toujours rien. Il énuméra ainsi plusieurs noms

de céréales. Il essayait encore de se rappeler le bon mot, quand

il entendit approcher des cavaliers.

C'étaient les quarante voleurs, qui venaient entreposer un nouveau

butin.

"Sésame, ouvre-toi ! " dit le capitaine. La porte s'ouvrit,

découvrant Cassim, épouvanté. "Ce gredin a réussi à entrer ! cria

le capitaine. Emparez-vous de lui !" Ils se jetèrent sur Cassim et le

tuèrent sur-le-champ. Ils le coupèrent en quatre morceaux, puis

disposèrent les morceaux de chaque côté de l'entrée de la caverne.

A la vue de ce spectacle effrayant, pensaient-ils, personne n'oserait

plus entrer ici. Une fois leur sanglante besogne accomplie, ils

repartirent.

La femme de Cassim, ne voyant pas son mari revenir, alla prévenir

Ali Baba. Celui-ci se rendit à la caverne des voleurs, et ne tarda pas

à découvrir ce qu'il restait de son pauvre frère.

Lorsqu'elle apprit sa mort, l'épouse de Cassim pleura beaucoup.

Ali Baba lui proposa de la prendre comme seconde épouse. C'était

en effet, chose ordinaire, dans ce pays, que d'avoir deux ou plusieurs

femmes. Elle accepta, et Ali Baba vécut ainsi heureux avec ses deux

épouses.

Ils gardèrent toujours le secret, et vécurent raisonnablement,

allant se réapprovisionner à la caverne de temps à autre.

 

         

LE CHEVAL

ENCHANTE

 

Il y a bien longtemps, le roi de Perse avait l'habitude

de recevoir le premier jour de l'année tous ceux qui

souhaitaient  le voir. Une année, un Indien, tenant par

la bride un cheval, se prosterna devant son trône.

"Majesté, dit-il, je voudrais vous présenter une merveille

que j'ai construite après des années de travail.

Ce cheval est mécanique : il peut voler et transporter

l'autre bout du monde et en un instant celui qui le monte".

Le jeune prince Firouz qui se tenait près de son père,

s'écria : "Je veux essayer ce cheval !"

Et sans même chausser les étriers, il bondit sur la selle.

"Pour le mettre en marche, Altesse, il vous suffit d'appuyer

sur le bouton à droite, contre le pommeau de la selle, puis..."

L'inventeur n'eut pas le temps de terminer son explication.

Le Prince avait déjà appuyé sur le bouton. D'un bond, le

cheval s'élançait dans les airs et disparaissait.

"Misérable ! s'écria le roi. Tu n'as même pas expliqué à mon

fils comment revenir. Si dans trois jours le Prince n'est pas de

retour, je te ferai trancher la tête. Gardes, jetez-le en prison !"

Pendant ce temps-là, le jeune prince, ébahi, survolait plaines,

montagnes, villes et villages.

Il arriva près d'un palais maginfique au milieu de jardins et de

fontaines. Le jeune homme parvint à se poser doucement

dans un bosquet d'amandiers.

"Il vaut mieux attendre que la nuit soit tombée, il faut être

prudent, je peux avoir atterri dans un royaume ennemi."

Lorsqu'il fit nuit noire, il s'approcha du palais. Par l'une

des fenêtres, à la faible lueur d'une lampe à l'huile, il vit

une ravissante jeune fille qui dormait. Firouz, émerveillé,

retenait son souffle mais une brise légère réveilla la jeune

fille.

"Qui êtes-vous ? demanda-t-elle avec grâce. Je sui Fleur

de Lune, la fille du roi du Bengale.

- Et moi, je suis Firouz, le fils du roi de Perse.

- Vous me paraissez bien fatigué, si vous le désirez,

je vais vous faire préparer une chambre pour la nuit. "

La jeune fille fit tinter une clochette d'or ; des servantes

entrèrent.

"Accompagnez le Prince dans les appartements bleu azur,

dit-elle. Vous devez être épuisé, Prince, bonne nuit !"

Troublé par la vision de la princesse, Firouz ne put trouver

le sommeil. Le lendemain matin, il lui raconta toute son

aventure et ajouta :

"Je souhaite ardemment rentrer dans le royaume de mon

père, mais mon voeu le plus cher serait que vous m'y

accompagniez et que vous deveniez mon épouse."

Fleur de Lune accepta et les deux jeunes gens montèrent

sur le cheval mécanique sans rien dire à personne.

Lorsque le roi de Perse vit revenir son fils avec cette belle

fiancée, il fut au comble de la joie.

"Que l'on prépare un grand banquet de noces, que l'on fasse

sortir l'inventeur de prison et qu'il disparaisse à tout jamais."

Vexé, l'inventeur jura de se venger. Il se fit conduire dans les

appartements de la princesse. Sans méfiance, celle-ci

l'accompagna sur la terrasse du palais. Brusquement, il la

saisit dans ses bras, l'installa en croupe sur son cheval

mécanique et disparut avec elle dans les airs.

Apprenant la nouvelle, le prince Firouz, après un premier

moment de désepoir, se promit de la retrouver et, aussitôt,

il se mit en route. Cependant l'inventeur et la princesse

arrivaient dan sle royaume du Cachemire ; ils mirent pied à

terre dans une vaste forêt. "Attendez-moi là, dit l'homme,

je vais chercher de quoi manger."

La princesse se mit à sangloter de désespoir.

Ses cris attirèrent le roi du Cachemire qui chassait avec ses

courtisans. Elle se jeta aux pieds du roi : "Sauvez-moi,

supplia-t-elle, je viens d'être enlevée par un misérable".

A ce moment précis, l'homme revint. Les chasseurs s'en

saisirent et malgré ses protestations lui tranchèrent la gorge.

La princesse remerciera son sauveur et lui demanda de faire

porter dans son palais le cheval mécanique. Le roi, émerveillé

par sa beauté, se jura de le retenir dans son royaume par

tous le smoyens. Il fit donner en son honneur des fêtes et des

banquets somptueux. Mais la princesse dépérissait à vue

d'oeil : elle ne pensait qu'au pricne Firouz. Lorsqu'il entendait

prononceer son nom, le roi du Cachemire était fou de colère

et de jalousie.

"Je vous ai sauvé la vie, cela me donne tous les droits sur

vous. Si vous ne consentez pas à m'épouser, vous ne resterez

enfermée ici pour toujours."

Désespérée, la jeune fille eut recours à la ruse : elle fit semblant

de devenir folle.

Lorsque le roi venait la voir, elle huralit en tapant du pied.

Stupéfait de c ebrusque changement, le roi fit venir les plus

illustrés médecins du royaume. Mais aucun ne parvint à guérirf

la princesse.

Pendant ce temps-là, le pricne Firouz, qui voyageait sans se faire

reconnaître, était arrivé dans la capitale du Cachemire. Les gens

ne parlaient que d'une chose : de la folie de la malheureuse

princesse. Firouz se dit : "Je ne peux pas la laisser dans cet état.

Je vais la ramener dans le royaume de son père et je la guérirai

par mes soins et mon amour."

Il se colla au menton une fausse barbe, s'habilla d'une longue robe

comme celles que portaient les médecins et se présenta au palais.

En le voyant, la princesse poussa des cris stridents.

"Laissez-nous seuls", dit le prétendu médecin. Il arracha sa fausse

barbe et les deux fiancés tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

"Il faut nous échapper. J'ai une idée, dit Firouz, laisse-moi faire."

Firouz alla trouver le roi qui l'attendait avec impatience.

"La jeune fille est victime d'un enchantement maudit. Faites porter

le cheval mécanique demain sur la grand-place et faites-y dresser

un bûcher. Je briserai le maléfice en brûlant le cheval et la Princesse

sera guérie."

Dès le lendemain, il fit ce que le faus médecin avait demandé.

Firouz fit monter la princesse sur le cheval, alluma le bûcher et y

lança de la poudre noire en prononçant des formules magiques.

Une énorme fumée se répandit dans l'air en volutes de mille

couleurs. Et le roi du Cachemire, le nez en l'air, vit avec stupeur, le

cheval mécanique qui s'élevait au-dessus- de la fumée, emportant

Firouz et Fleur de Lune vers la liberté et le bonheur.

 

         

LE BRIQUET

 

Il était une fois un brave soldat qui revenait de la guerre et rentrait

chez lui; En route, il rencontra une vilaine sorcière. Son nez était

crochu et ses lèvres pendantes.

"Bonsoir soldat, dit-elle, comme tu es beau et que tu as l'air d'un vrai

soldat, je vais te donner autant d'argent que tu voudras. Mais

auparavant, il faut que tu accomplisses un exploit.

Grimpe au sommet de cet arbre.

Là, tu y verras un trou et tu devras t'y glisser. A l'intérieur tu suivras

un corridor où tout est féerique car cent lampes l'éclairent.

Au bout du corridor, tu apercevras trois portes derrière lesquelles

sont cachés trois trésors.

Mais attention ! Devant chaque porte se tient un chien féroce.

Parle-leur gentiment et ils ne te feront aucun mal.

Tu pourras prendre tout l'argent que tu voudras, mais en

contrepartie, il faut que tu me ramènes un briquet que ma grand-

mère a oublié lors de sa dernière visite."

Et ainsi fut fait. Le valeureux soldat monta sur l'arbre, se laissa

glisser par le trou, et se trouva dans un grand corridor au bout

duquel se tenaient les trois chiens.

"Tu es un beau garçon", dit le jeune homme au premier chien, et

prit le premier trésor.

"Prends garde de me regarder trop fixement, tu pourrais attraper

mal aux yeux", dit-il au deuxième chien, et il s'empara du deuxième

trésor.

Puis, devant le troisième chien, il fit le salut militaire et lui dit :

"Bonsoir", tout en prenant le troisième trésor.

Avant de remonter, le soldat ramassa le briquet posé là.

Ses poches débordaient de pièces de cuivre d'or et d'argent.

Lorsqu'il ressortit de l'arbre, il demanda à la sorcière :

"Jai votre briquet, mais qu'allez-vous en faire ?".

Ses poches débordaient de pièces de cuivre, d'or et d'argent.

Lorsqu'il ressortit de l'arbre, il demanda à la sorcière :

"J'ai votre briquet, mais qu'allez-vous en faire ?"

La vieille ne voulut pas répondre. Alors le soldat tira son sabre

et lui coupa la tête. Il mit toute sa fortune sur son dos, le briquet

dans sa poche, et se rendit à la ville. Là, il mena joyeuse vie

pendant quelque temps. Il allait voir des spectacles, visitait

en voiture les jardins du roi et faisait souvent l'aumône. Tout

le monde l'aimait, mais le brave soldat était très triste.

Il savait que dans un château de cuivre du royaume vivait la

fille du roi, si belle que personne ne pouvait lui rendre visite.

Elle était enfermée dans le château, car on avait prédit qu'elle

se marierait un jour avec un simple soldat et le roi, furieux, la

séquestrait derrière de hautes tours et de larges murailles.

Le pauvre soldat était si riche et si malheureux ! Or, comme

tous les jours, il dépensait de l'argent sans compter, un beau

matin il ne lui resta que deux sous. Adieu beaux vêtements

et mets succulents ! Notre soldat dut retourner habiter dans

une petite chambre sous les toits.

Un soir bien sombre, il n'eut même pas de quoi s'acheter une

chandelle, mais soudain, se souvint du briquet d el'arbre creux.

Il s'en saisit donc et au moment même où les étincelles jaillirent

du briquet, la porte s'ouvrit tout à coup et le premier chien entra :

"Monseigneur, qu'ordonnez-vous ?

- Qu'est-ce que cela ? s'écria le soldat.

Voilà un drôle de briquet ! J'aurai donc tout ce que je voudrai ? Vite,

apporte-moi de l'argent et fais venir la belle princesse !".

Le soldat savait maintenant quel précieux briquet il possédait.

S'il le battait une fois, c'était le chien qui gardait la caisse de pièces

de cuivre qui paraissait ; le battait-il deux fois, c'était le chien de la

caisse d'argent ; trois fois, celui qui gardait l'or.

Le premier chien revint immédiatement, tenant dans sa gueule un

grand sac rempli d'or, d'argent et de pierres précieuses.

Alors le jeune homme retourna dans sa petite chambre et remit ses

beaux habits. Il eut à peine le temps de se préparer que le second

chien revenait avec la belle princesse assise sur son dos. Le soldat

ne put s'empêcher de l'embrasser, car c'était un vrai soldat.

Le soir venu, le chien s'en retourna avec la belle princesse dans le

château de cuivre.

Elle revint le lendemain soir, puis le surlendemain et ainsi de suite

tous les jours. Mais le roi, très jaloux, s'aperçut du stratagème et

fit suivre sa fille par une de ses dames d'honneur.

Les deux amoureux furent aisément découverts ; le soldat fut arrêté

et mis au cachot pour être pendu le lendemain. Heureusement,

notre brave soldat n'avait pas oublié son briquet magique et ...

maintenant vous allez entendre !

En dehors de la ville on avait dressé une grande potence, plus de

cent mille personnes se pressaient autour. Le roi et la reine étaient

assis sur un magnifique trône.

Déjà, le soldat était au haut de l'échelle, on allait lui passer la corde au

cou lorsqu'il exprima le souhait de fumer une dernière pipi. Le roi

ne pouvant lui refuser cela, le soldat prit son briquet et le battit :

un, deux, trois !

Et voici les trois chiens qui appraissent toutà coup.

"Venez à mon secours, on va me pendre !", s'écria le garçon. Alors

les gros chiens se précipitèrent sur le roi et la reine et les lancèrent

si haut dans les airs qu'ils retombèrent en mille morceaux. Tout le

monde s'effraya et le peuple s'écria d'une seule voix : "Petit soldat,

tu seras notre bon roi et tu épouseras la belle princesse." La noce

se prolongea huit jours et les trois chiens y furent invités. Puis, le

vaillant soldat et la belle princesse vécurent heureux jusqu'à la fin

de leur vie, et eurent beaucoup d'enfants.

 

         

LA BERGERE ET LE

RAMONEUR

 

Dans un salon se trouvait une très vieille armoire, au bois noirci

par l'âge. Elle était toute sculptée du haut en bas de roses et de

tulipes, et parmi elles, sortaient des petites têtes de cerf ornées

de grandes ramures.

Au milieu de l'armoire, on voyait un drôle de petit bonhomme

grimaçant. Il avait des pattes de bouc, des cornes au front et

une longue barbe.

Les enfants de la maison l'appelaient le Grand-général-

commandant-en-chef Pieds-de-bouc.

Il regardait toujours vers la console placée sous la grande glace

où se tenait une ravissante petite bergère de porcelaine. Elle

portait un petit chapeau et des souliers dorés, une robe ornée

d'une rose et une houlette.

Tout près d'elle se tenait un petit ramoneur noir comme du

charbon, mais de porcelaine aussi. Il tenait son échelle sous le

bras et son visage était rose et blanc comme celui d'une jeune

fille. Ils étaient placés si près l'un de l'autre qu'ils s'étaient

fiancés. Non loin d'eux se trouvait un vieux Chinois qui pouvait

hocher la tête. Lui aussi était en porcelaine : il prétendait être le

grand-père de la petite bergère et soutenait qu'il avait tout

pouvoir sur elle.

C'est pourquoi il avait répondu par un aimable hochement de

tête lorsque le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-

bouc lui avait demandé la main de la petite bergère.

"Tu auras là un mari, dit le vieux Chinois à la bergère, qui fera

de toi une Grande-générale-commandant-en-chef Pieds-de-Bouc.

Cette nuit, dès que la vieille armoire craquera, vous vous marierez,

foi de Chinois !"

Là-dessus, il hocha la tête et s'endormit. Mais la petite bergère se

mit à pleurer en regardant son bien-aimé le ramoneur.

"Je t'en prie, aide-moi à m'échapper, nous ne pouvons plus rester

ici.

- Puisque tu le souhaites, répondit le ramoneur, partons tout de suite !"

C'est ce qu'ils firent.

Bientôt ils atteignirent le plancher. Mais quand ils jetèrent les yeux

sur la console, le vieux Chinois s'était réveillé et chancelait de tout son

corps.

La petite bergère terrorisée dit :

"Comment faire pour lui échapper ?

- Le meilleur chemin, c'est encore la cheminée, proposa le ramoneur.

As-tu le courage de te glisser avec moi dans le poêle et de passer

par le tuyau ? Une fois dans la cheminée, nous monterons si haut

qu'il ne pourra pas nous rattraper. Tout au bout, il y a un trou qui

ouvre sur le vaste monde."

Il la conduisit à la porte du poêle. "Comme il fait noir !", s'écria-t-elle.

Mais bravement elle le suivit. Enfin, nous voilà dans la cheminée,

annonça-t-il. Regarde là-haut la magnifique étoile qui brille."

Il y avait en effet au ciel une étoile éclatante qui semblait leur montrer

le chemin. Tous deux grimpaient en rampant, c'était une montée

interminable.

Mais le petit ramoneur soulevait la bergère, la soutenait, et lui montrait

les meilleurs endroits où poser ses pieds menus de porcelaine.

Ils arrivèrent ainsi jusqu'au rebord de la cheminée où ils s'assirent

pour se reposer un peu. Le ciel étoilé s'étendait au-dessus d'eux et

les toits de la ville à leurs pieds ; ils promenèrent leur regard tout

autour d'eux, loin sur le vaste monde.

La bergère ne s'était jamais imaginé ainsi. La tête appuyée contre

le ramoneur, elle se mit à pleurer :

"C'est plus que je n'en puis supporter ! Le monde est trop immense.

Oh ! Si je pouvais me retrouver sur la console près de la glace !

Je ne serai pas heureuse avant d'y être retournée. Je t'ai suivi dans

le monde ; maintenant ramène-moi là-bas, si tu m'aimes un peu !"

Le ramoneur essaya de la raisonner. Mais elle sanglotait si fort qu'il

fut bien obligé de lui céder.

Et tous deux redescendirent d'abord par la cheminée, puis par le

tuyau et enfin arrivèrent au poêle.

Là, ils firent le guet derrière la porte du poêle pour savoir ce qui se

passait dans le salon.

Comme ils n'entendaient aucun bruit, ils passèrent la tête : hélas !

Le vieus Chinois gisait au milieu du parquet. Il était tombé de la

console en voulant les poursuivre et s'était cassé en trois morceaux.

Le dos s'était détaché du corps et la tête avait roulé dans un coin.

En revanche, le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-bouc

se tenait toujours à la même place, l'air pensif.

"C'est affreux ! dit la petite bergère, le vieux grand-père est  en pièces

et c'est de notre faute !

- oh ! On peut le réparer, dit le ramoneur. Mais, ne te désole donc pas ;

quand on lui aura recollé le dos et mis un bon crochet dans le cou, il

sera aussi neuf qu'avant et il pourra nous dire encore bien des choses

désagréables !

- Tu crois ?" dit -elle. Et ils remontèrent sur la console.

"Nous voilà bien avancés, dit le ramoneur ; nous aurions pu nous

épargner toute cette peine.

- Pourvu qu'on puisse recoller le vieux grand-père ! dit la bergère."

Peu après, il fut  réparé, mais il ne pouvait plus hocher la tête.

"Vous faites bien le fier, depuis que vous avez été brisé en morceaux !

dit le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-bouc.

Décidez-vous, aurai-je la demoiselle, oui ou non ?"

Le ramoneur et la petite bergère jetèrent au vieux Chinois un regard

attendrissant. Ils avaient si peur qu'il dise oui de la tête ; Mais il ne le

pouvait pas : son cou était immobilisé par le crochet ayant servi à le

réparer. Rien ne sépara plus les deux jeunes gens de porcelaine ;

ils bénirent le crochet du grand-père et ils s'aimèrent tendrement...

jusqu'au jour où ils furent eux-même cassés.

 

         

FREROT ET SOEURETTE

 

Il était une fois, un frère et une soeur orphelins qui vivaient

misérablement chez leur belle-mère.

Celle-ci les battait et ne leur donnait presque rien à manger.

"Nous ne pouvons plus vivre ainsi. Il faut quitter cette maison

où tout le monde nous déteste", dit Frérot à Soeurette. C'est

ainsi qu'un beau matin, ils partirent à travers champs, serpentant

les routes caillouteuses.

Le soir venu, épuisés, ils s'endormirent dans un arbre creux en

pleine forêt.

A leur réveil, le soleil était déjà haut, dans le ciel.

"Il fait chaud et j'ai bien soif, dit Frérot. Il me semble entendre

le murmure d'une fontaine. Allons voir de plus près." Mais les deux

enfants ne se doutaient pas que leur méchante belle-mère, qui avait

le pouvoir d'une sorcière, les avait suivis dans leur fuite.

Elle s'était cachée derrière les arbres et avait ensorcelé toutes

les sources de la forêt. Quand Frérot voulut boire au ruisseau,

sa soeur entendit l'eau qui chuchotait :

"Qui boit de mon eau est changé en panthère."

"Surtout, ne bois pas ! cria-t-elle à son frère. Tu vas être changé en

panthère et tu me dévoreras !"

Frérot alla vers une autre source. Celle-là disait : "Qui boit de mon eau

sera changé en loup."

Il résista encore à son envie de boire. Puis à la fin, n'y tenant plus,

il se pencha sur un troisième ruisseau qui sussurait : "Si tu bois de

mon eau, tu seras changé en faon."

N'écoutant plus l'avertissement il se mit à boire  et, ce qui avait

été prédit arriva : il fut changé en un ravissant petit faon.

"Ne pleure pas, Frérot, je ne t'abandonnerai jamais, lui dit Soeurette,

attristée.

Regarde là-bas, cette maisonnette abandonnée, nous allons nous y

réfugier et nous vivrons cachés".

Elle lui confectionna une litière moelleuse avec des feuilles et de la

mousse et, chaque matin, elle partait cueillir de quoi manger dans

la forêt. Comme la vie aurait été belle si Frérot avait encore eu son

appparence humaine !

Il advint que le roi mena une grande chasse à courre dans la forêt.

Le son du cor fit bondir de joie le faon. Il supplia sa soeur de le laisser

aller voir les chevaux et les chiens.

Elle lui promit de ne pas se faire attraper par les chasseurs.

La jeune fille le laissa partir à contre-coeur.

Le soir même, il rentra au logis après avoir frappé à la porte avec

sa petite patte et prononcé les mots convenus :

"Petite soeur, ouvre-moi !"

Le roi, qui avait aperçu le ravissant animal, recommanda à ses gens

de ne lui faire aucun mal et il le suivit jusqu'à la maisonnette. Il l'entendit

frapper et parler de sa douce voix.

Alors, le lendemain, devançant le faon, il frappa à la porte et, prenant

la voix de ce dernier, il dit : "Petite soeur, ouvre-moi."

Soeurette croyant qu'il s'agissait de son frère, ouvrit sans méfiance.

Devant elle, se trouvait un beau jeune homme, coiffé d'une couronne

d'or. Le roi, ébloui par la beauté de la jeune fille lui dit aussitôt :

"Acceptez-vous de venir vivre avec moi dans mon château et de

m'épouser ?".

La jeune fille très émue, donna son accord et ajouta : "Mais il faut

emmener avec nous le petit faon, car il ne me quitte jamais.

- Qu'il vienne avec nous", dit le roi.

Et il plaça la demoiselle sur son cheval et la conduisit au château

où leurs noces furent célébrés en grande pompe.

Ils vécurent heureux tous les trois, car le petit faon était choyé,

dorlolé et gambadait librement dans le parc du château.

La méchante marâtre qui les croyait morts, finit par apprendre

qu'ils  vivaient dans un bonheur parfait. Elle voulut se venger et

se jura de les supprimer.

Le temps passa et la jeune reine mit au monde un beau bébé alors

que le roi était à la chasse.

La sorcière, qui apprit la nouvelle, s'introduisit au château en

compagnie de sa fille qui était fort laide, déguisées en femme de

chambre. Les deux créatures préparèrent un bain bouillant pour

la jeune reine, et elles l'enfermèrent dans la salle de bain pour la

faire périr étouffée par la vapeur. Puis la vilaine fille se coucha

dans le lit de la reine en prenant soin de remonter bien haut les

remontures.

Lorsque le roi revint la chasse, il désira voir son épouse et son

enfant. La vieille sorcière lui barra le chemin :

"Ne la réveillez surtout pas. Majesté ! Elle est lasse comme une

jeune maman, mieux vaut ne pas la déranger".

Le roi se retira sans savoir qu'une femme de mauvais esprit s'était

glissée dans le lit de son épouse.

A minuit, une apparition ressemblant à la reine entra dans la

chambre. Elle prit le bébé dans ses bras, lui donna le sein, cajola

le petit faon et disparut. La nourrice qui veillait près du berceau,

héberluée, n'osa rien dire à personne.

Plusieurs nuits de suite, l'apparition revint à la même, fit les mêmes

gestes sans même prononcer un seul mot. Puis une nuit, elle

pénétra dans la chambre et se mit à parler ainsi :

"Comment va mon enfant ?"

Comment va mon  faon ? Ce soir encore, je viens pour ne jamais

revenir."

Le roi ne put se contenir : il s'élança vers elle en lui disant ces mots :

"Vous ne pouvez être que ma femme chérie pour parler de la sorte.

- Oui, c'est bien moi." lui répondit l'apparition.

Au même instant, elle recouvrit la vie et redevine fraîche et rose

comme par le passé.

Les gardes se saisirent de la vilaine fille qui restait obstinément

couchés dans le lit et allèrent la perdre dans la forêt.

L'afreuse belle-mère, confondue à son tour, fut jeté dans un brasier,

malgré ses cris.

Dès qu'elle fut réduite en cendres, le petit faon retrouva sa forme

humaine. L'ensorcellement était brisé. Et Frérot et Soeurette

vécurent heureux ensemble jusqu'à la fin de leurs jours.

 

         


Dimanche 11 Avril 2021


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