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» Histoires » Age » 4-5 ans

LE CHAT BOTTE

 

Il était une fois un meunier qui avait trois fils. Lorsqu'il mourut, il ne

leur laissa pour tout héritage que son moulin, son âne et son chat.

Les partages furent vite faits : l'aîné eut le moulin, le deuxième eut

l'âne et le plus jeune n'eut que le chat.

" C'est trop injuste ! se lamenta celui-ci. Que vais-je devenir avec

ce misérable chat ?

- Ne pleurez pas, mon maître, dit le chat. Vous n'avez qu'à me

confectionner un grand sac et me donner des bottes bien solides.

Et puis, vous verrez. "

Un peu étonné, le jeune homme fit ce qu'il lui demandait. Le chat

enfila ses bottes, noua le sac sur son dos et partit dans la forêt.

Là, il s'étendit sur le sol, fit le mort et attendit. Bientôt un jeune

lapin vint fourrer son nez dans le sac. Crac ! Notre chat en tira

les cordons et emprisonna le lapin. Tout fier de lui, le chat botté

s'en alla chez le roi et demanda à lui parler.

On le fit monter jusqu'à l'appartement de Sa Majesté. Il fit une

grande révérence et dit :

" Sire, voilà un lapin que mon maître, le marquis de Carabas,

m'a chargé de vous offrir de sa part.

- Dis à ton maître que je le remercie, " dit le roi. Une autre fois,

le chat alla se cacher dans un champ et attrapa deux perdrix,

comme il l'avait fait avec le lapin. Il alla à nouveau les présenter

au roi de la part de son maître. Il continua ainsi pendant deux ans

et trois mois, à apporter du gibier au roi, qui en était, à chaque

fois, ravi.

Un jour, le chat botté apprit que le roi irait se promener le

lendemain au bord de la rivière, avec sa fille, la plus jolie

princesse du monde. Il dit à son maître : " Si vous faites ce que

je vous dit, votre fortune est assurée. Vous n'aurez qu'à vous

baigner dans la rivière à l'endroit que je vais vous montrer et

ensuite, me laisser agir ". Le meunier obéit sans savoir ce que

son chat préparait.

Pendant qu'il se baignait, le roi vint à passer. Le chat botté cria

de toutes ses forces : " Au secours ! Au secours ! Monsieur le

marquis de Carabas se noie ! " Le roi se pencha à la portière

de son carrosse. Il reconnut le chat et ordonna à ses gardes

d'aller porter secours au marquis de Carabas. Pendant que

l'on sortait le prétendu marquis de l'eau, le chat botté expliqua

au roi que l'on avait volé les vêtements de son maître alors qu'il

se baignait. Le roi ordonna aussitôt d'aller quérir un habit pour

le marquis.

Vêtu comme un prince, le jeune homme avait fière allure. La

fille du roi qui était aussi dans le carrosse, le trouva fort à son goût.

Le prétendu marquis lui jeta deux ou trois regards tendres et

respectueux et elle en devint folle amoureuse. Le roi pria le

marquis de monter dans son carrosse et de les accompagner

dans leur promenade. Le chat botté courut en avant sur la route

et s'adressant à des paysans qui fauchaient dans un pré, il leur

dit : " Braves gens, si vous ne dites pas au roi que le pré que

vous fauchez appartient au marquis de Carabas, vous serez

hachés menus comme chair à pâté. " Le roi demanda aux

paysans à qui était ce pré qu'ils fauchaient. Ils répondirent tous

en chœur qu'il était à Monsieur le marquis de Carabas, car la

menace du chat botté leur avait fait très peur.

" Quel beau champ vous avez là ! dit le roi au faux marquis,

- Il me rapporte beaucoup d'argent chaque année ", répondit

ce dernier.

Notre chat, qui courait toujours en avant du carrosse, rencontra

des moissonneurs.

" Braves gens, si vous ne dites pas que tous ces blés

appartiennent à Monsieur le marquis de Carabas, vous serez

hachés menus comme chair à pâté. "

Le roi arriva un moment après et demanda à qui étaient tous ses

beaux blés. " C'est à Monsieur le marquis de Carabas ! ",

dirent-ils en chœur. Le chat, quelques centaines de mètres

devant, disaient toujours la même chose aux paysans qui se

trouvaient sur son passage. Et le roi était stupéfait des grandes

richesses du marquis de Carabas.

Le chat botté arriva enfin dans un beau château dont le

propriétaire était un ogre, le plus riche qui ait jamais existé. Toutes

les terres que le roi avait traversées lui appartenaient en réalité. Le

chat botté demanda à parler à l'ogre, et lui n'avait pas voulu passer

si près de son château sans avoir l'honneur de lui faire la

révérence. 

L'ogre le reçut aussi aimablement que le peut un ogre. " On m'a

affirmé, dit le chat botté, que vous aviez le don de vous changer en

toutes sortes d'animaux. Par exemple, en lion ou en éléphant.

- C'est vrai, dit l'ogre. Et il se changea aussitôt en un énorme et

terrible lion. Le chat botté sauta par la fenêtre et courut se réfugier

sur le toit du donjon.

- On m'a assuré aussi, dit le chat après que l'ogre eut reprit sa

forme normale, que vous pouviez prendre l'apparence de tous

petits animaux, d'une souris, par exemple. Mais cela me paraît

impossible...

- Impossible ? dit l'ogre. Vous allez voir ! ". Et il se changea en une

petite souris qui se mit à courir sur le plancher. Le chat botté se

jeta dessus et n'en fit qu'une bouchée. Pendant ce temps-là, le roi

arrivait aux abords du château de l'ogre. Il voulut y pénétrer. Le

chat, entendant le bruit du carrosse, courut à la porte. Que Votre

Majesté soit la bienvenue dans le château de Monsieur le marquis

de Carabas ! dit-il fièrement.

- Comment, Monsieur le marquis, ce château est aussi à vous ?

s'écrie le roi. Je n'en ai jamais vu d'aussi beau dans tout mon

royaume. Entrons un peu, pour le visiter. "

Le meunier marquis donna le bras à la jeune princesse. Ils

suivirent le roi qui entra le premier dans le château. Dans une

grande salle joliment ornée, un somptueux repas les attendait.

C'est l'ogre qui l'avait fait préparer pour des invités. Mais

ceux-ci n'avaient pas osé entrer, voyant que le roi était au

château. Le souverain se mit à table, enchanté, leva son verre

et dit au marquis : " Il ne tient qu'à vous, Monsieur le marquis,

que vous deveniez mon gendre. " Le marquis, avec de grandes

révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi.

Le jour même, il épousa la belle princesse. Devenu grand

seigneur, le chat botté ne courut plus que de temps en temps après

les souris, pour s'amuser.

 

         

LE PETIT POUCET

 

Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui habitaient dans

une toute petite maison au milieu d'une grande forêt. Ils avaient

sept garçons, et leur dernier fils était si petit à la naissance qu'on

l'avait surnommé le Petit Poucet. Ils étaient très pauvres et

n'avaient pas toujours assez à manger. Caché sous la table, il

entendit un soir son père dire à sa mère :

" Nous n'avons plus un seul morceau de pain, et je n'ai pas trouvé

de travail. Nous ne pouvons plus nourrir nos enfants. Demain nous

les emmènerons ramasser du bois dans la forêt et nous les

perdrons. Le Petit Poucet alla vite dehors ramasser des petits

cailloux blancs. Il en remplit ses poches et alla se coucher.

Le lendemain matin la mère réveilla les enfants en leur disant :

" Venez vite nous aider à ramasser du bois dans la forêt. Ils

partirent tous. Le Petit Poucet marchait en dernier, et il semait

ses cailloux, pour être sûr de pouvoir retrouver la route le soir.

Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père leur dit :

" Je vais aller couper du bois plus loin avec votre mère. Faites

des fagots avec des brindilles et attendez-nous pour rentrer."

Les enfants ramassèrent beaucoup de bois. Mais à la fin de la

journée, la nuit commençait à tomber et les parents n'étaient

toujours pas là. On entendait le bruit des animaux nocturnes

et les enfants commençaient à avoir peur.

" Nous sommes perdus, crièrent-ils en pleurant. Nous allons

être dévorés par les loups !

- Ne vous en faites pas , dit le Petit Poucet. Suivez-moi, je vais

vous ramener à la maison. " Et comme les petits cailloux blancs

brillaient à la lumière de la lune, ils purent rentrer sans difficulté

à la maison. Leurs parents furent tout contents de les retrouver :

on venait de leur apporter un gros morceau de pain et ils étaient

ravis de le partager avec leurs enfants.

Mais une semaine plus tard, la nourriture manqua de nouveau.

Et le Petit Poucet entendit que ses parents voulaient encore

les perdre. Mais ce jour-là, la porte de la maison étaient fermée

et il ne put aller ramasser des cailloux.

" Cela ne fait rien, se dit-il, je sèmerai demain matin les miettes

de ma tartine. " Et le lendemain, il fit tomber des petites miettes

de pain tout le long du chemin.

Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt le père leur dit :

" Je vais aller couper du bois plus loin avec votre mère. Faites

des fagots avec des brindilles et attendez-nous pour rentrer. "

Les enfants ramassèrent beaucoup de bois. Mais en fin de

journée, la nuit commençait à tomber et les parents n'étaient

toujours pas là. On entendait les bruits des animaux nocturnes

et les enfants commençaient à avoir très peur.

" Nous sommes perdus. Nous allons être mangés par les

loups, crièrent-ils en pleurs !

- Ne vous en faites pas, dit le Petit Poucet. suivez-moi, je vais

vous ramener à la maison. Mais les oiseaux avaient mangé

toutes les miettes de pain et le Petit Poucet ne put retrouver

son chemin. Alors il grimpa en haut d'un arbre pour voir s'il

n'apercevait pas la lumière d'une maison. Il fut tout content

d'en apercevoir une qui n'était pas très éloignée, et il y conduisit

ses frères. Ils frappèrent à la porte :

" Qui est là ? demanda la voix d'une dame.

- Nous sommes sept petits garçons perdus. Pouvez-vous nous

abriter pour la nuit ?

- Mes pauvres enfants, vous êtes dans la maison de l'ogre ! Il va

vous dévorer si vous restez ici.

- Mais si nous restons dans la forêt, nous serons mangés par les

bêtes féroces.

- Je vais essayer de vous cacher. Allez vite au fond de la grande

armoire. " Un peu plus tard l'ogre rentra chez lui. Il renifla très fort

et il dit : " Ca sent la chair fraîche !

- C'est le gigot que je t'ai préparé, dit la femme en le posant sur

la table. " L'ogre dévora le gigot, puis les deux jambons et les

six saucissons qui étaient dans le garde-manger. Mais il continua

à renifler :

- Tu me caches quelque chose ! cela sent la chair fraîche ! " Et en

fouillant dans la pièce, il finit par découvrir le Petit Poucet et ses

frères.

" Miam ! Sept petits garçons ! Je vais les dévorer tout de suite !

- Tu as tort, lui dit sa femme. Tu as bien mangé. Tu vas avoir une

indigestion. Tu ferais mieux de les garder pour ton déjeuner de

demain. Je vais aller les coucher là-haut, et tu les mangeras

demain. " Et la femme de l'ogre installa le Petit Poucet et ses

frères dans un grand lit. Il y avait un autre lit dans la pièce, où

dormait les sept filles de l'ogre, qui avaient toutes une couronne

sur la tête. Avant de s'endormir, le Petit Poucet retira son bonnet

celui de ses frères, et les mit aux petites ogresses, et il se coiffa

ainsi que ses frères avec les couronnes. Au milieu de la nuit,

l'ogre se réveilla et se dit : " J'ai eu tort de ne pas tuer ces petits.

garçons tout de suite. Je vais prendre mon grand couteau et les

tuer maintenant. " Il alla dans la chambre et se dirigea vers le lit

des garçons. Au moment où il allait leur couper la tête, il sentit

les couronnes : " je suis vraiment fatigué ! J'allais tuer mes filles !

Il alla à l'autre lit, sentit les bonnets et coupa le cou de tous les

enfants. Puis il se recoucha. Dès qu'il fit jour, le Petit Poucet

réveilla ses frères et leur fit quitter la maison.

Et ils partirent vite vers la forêt. Quand l'ogre se réveilla et qu'il

se rendit compte qu'il avait tué ses filles, il se mit très en colère.

Il chaussa ses bottes de sept lieues et il partit à la poursuite des

garçons. Mais quand ceux-ci entendirent son pas, ils se

cachèrent sous un rocher. Et l'ogre qui était fatigué de chercher

finit par s'endormir. Le Petit Poucet s'approcha alors de lui, et lui

retira tout doucement ses bottes. C'étaient des bottes magiques :

dès qu'il les enfila, elles prirent la taille de son pied. Il partit vite

pour le château du roi, qui avait besoin d'un messager. Le roi fut

si content des services du Petit Poucet qu'il lui donna un grand sac

d'or.

Alors le Petit Poucet vint rechercher ses frères et les ramena à la

maison. Et avec toutes les richesses que le roi leur avait données,

ils vécurent tous heureux et n'eurent plus jamais faim.

 

         

LA BELLE AU BOIS DORMANT

 

Il était une fois un roi et une reine qui étaient si heureux de fêter le

baptême de leur petite princesse qu'ils invitèrent les sept fées du

pays pour que chacune puisse lui faire un don magique. Elle

aurait ainsi toutes les qualités.

Au banquet qui suivit chaque fée reçut un cadeau : de magnifiques

couverts en or massif, dans un étui d'or incrusté de pierres

précieuses. Mais il arriva une vieille fée qu'on n'avait pas invitée,

parce qu'on l'avait crue morte. Il fut impossible de se procurer un

huitième étui d'or. Elle réagit violemment, vexée, car elle n'avait

pas reçu un aussi beau cadeau que les autres.

Les fées commencèrent à faire leurs dons magiques à la

princesse. La plus jeune fée lui donna la beauté, la deuxième fée

l'esprit, la troisième la grâce, la quatrième le don de la danse, la

suivante celui du chant, la sixième le don de la musique. Le tour

de la vieille fée arriva. Elle dit : " La jeune princesse se percera

la main d'un fuseau et elle en mourra ! " Toute l'assemblée se

mit à frémir. Mais la septième fée que s'était tenue à l'écart par

méfiance, et qui n'avait pas encore exprimé son don, déclara :

" Je ne peux défaire entièrement ce qui a été fait, la princesse

se percera la main d'un fuseau, mais au lieu de mourir, elle

tombera dans un sommeil qui durera cent ans, au bout desquels

le fils d'un roi viendra la réveiller. "

Le roi, pour éviter le malheur prédit par la méchante fée, fit

interdire, sous peine de mort, l'usage et la possession des

fuseaux. Dans tout le royaume, on brûla tout ce qui servait à

filer à la quenouille. La princesse avait quinze ou seize ans,

quand un jour, montant de chambre en chambre dans l'immense

château, elle se retrouva en haut d'un donjon face à la vieille

femme qui filait sa quenouille. La bonne vieille n'avait jamais

entendu parler de l'interdiction. La jeune fille n'avait vu comment

on filait la laine. Serait-elle suffisamment adroite pour filer ?

Oh ! Ce serait tellement amusant d'essayer.

La princesse veut juste faire un essai. Elle file, se pique la main

avec le fuseau, et tombe évanouie. La bonne vieille crie au

secours, tous les gens de la cour se précipitent, on la frappe

doucement, on la masse, la frotte avec des herbes, rien n'y

fait, elle reste sans connaissance. Le roi accourt et se souvient

de la prédiction des fées. Il fait placer la princesse dans le plus

bel appartement, sur un lit recouvert de broderies d'or et d'argent,

lui fait mettre ses plus beaux habits ; il ordonne qu'on la laisse

dormir. On voit qu'elle n'est pas morte, elle respire doucement.

Elle a la beauté d'un ange.

On fit venir la gentille fée qui lui avait sauvé la vie. Craignant que

la jeune princesse soit bien seule à son réveil, elle touche de sa

baguette magique tout le monde, sauf le roi et la reine, pour

qu'instantanément tous tombent dans un sommeil profond.

Pages, dames de compagnie, serviteurs, cuisiniers qui tournaient

la broche, seigneurs, laquais et musiciens gisent recroquevillés,

assis ou allongés un peu partout, un sourire bienveillant aux lèvres.

Le roi et la reine firent un baiser d'adieu à leur fille et dans le quart

d'heure qui suivit, de grandes ronces épineuses, des lianes

entrelacées, des buissons épais, des arbres de toutes tailles se

mirent à croître, rendant impossible l'accès au château.

Au bout de cent ans, un fils de roi partit à la chasse avec ses gens.

Rendu curieux par les tours qui dépassaient d'une forêt

impénétrable, il demanda à qui appartenait un si étrange château.

Personne ne put lui répondre.

L'un lui dit qu'il était certainement habité par des sorcières l'autre

par un ogre malfaisant, quand un très vieil homme qui habitait

ces bois, s'approcha et dit : " J'ai entendu raconter par mon

arrière-grand-père que dans la plus belle chambre de ce château,

dormait une princesse belle comme le jour, qui attendait le baiser

d'un prince pour se réveiller.

" Le fils de roi n'eut plus qu'un désir : y pénétrer.

Mais comment faire pour franchir cette muraille de ronces.

Comme il s'approchait, les ronces, les arbres s'écartèrent

doucement pour le laisser passer, lui et son cheval, se refermant

brutalement sur le reste de son équipage.

Il se retrouva seul, écoutant les meutes de ses chiens prisonniers

derrière la barrière. Un monde silencieux et étrange l'attendait.

Aucune feuille ne bougeait dans les arbres. Partout, aux alentours

du château, des hommes, des femmes, des animaux dormaient.

Après être passé au-dessus des gardes endormis, après avoir

traversé plusieurs salles, il découvrit et s'approcha d'une

princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans. Son

extraordinaire beauté, son éclat resplendissant lui allèrent droit

au cœur. Il se pencha vers la princesse endormie et l'embrassa.

Elle s'éveilla aussitôt : " Est-ce vous mon prince ? " lui demanda-

t-elle. La fin de l'enchantement était venu, tout le palais s'était

réveillé. Après le silence mortel, c'était un gentil brouhaha qui

montait des cuisines, du château tout entier. Tout le monde

courait, s'affairait et parlait en même temps. Pour célébrer ce

retour à la vie, les musiciens se mirent à jouer et ce fut une très

grande fête.

 

         

CENDRILLON

 

Il était une fois un gentilhomme qui épousa une femme dure et

hautaine. Celle-ci avait deux filles d'un précédent mariage, qui

lui ressemblaient. Le mari, de son côté, avait une fille douce,

d'une très grande bonté. sa nouvelle femme ne put supporter

cette jeune fille ; elle la chargea des plus viles occupations de

la maison. Celle-ci frottait du matin au soir au soir et vivait dans

la misère, n'osant aller se plaindre à son père. Lorsqu'elle avait

fini son travail, elle allait se blottir au coin de la cheminée et

s'asseoir dans les cendres, c'est pourquoi on l'appelait Cendrillon.

Mais même vêtue de haillons, elle était encore cent fois plus belle

que ses sœurs aux habits magnifiques.

Le fils du roi donna un bal, auquel il pria toutes les personnes de

qualité de venir. Nos deux demoiselles y furent invitées, mais pas

Cendrillon ; pendant qu'elle préparait les toilettes de ses deux

sœurs, celles-ci lui demandèrent d'un air moqueur si cela lui

plairait d'aller au bal. La pauvre fille avait conscience des pauvres

vêtements rapiécés qu'elle portait, comment aurait-elle pu aller au

bal, habillée ainsi ?

L'heureux jour arriva ; les demoiselles partirent, Cendrillon  se

sentit submergée par les larmes. Sa marraine, qui était fée,

arriva par enchantement, et la voyant tout en pleurs, lui dit :

"Si tu veux aller au bal, fais ce que je te dis. Va dans le jardin

et apporte-moi une citrouille ! Ensuite, va chercher une cage à

souris ! " La fée frappe de sa baguette magique la citrouille, qui

se transforme en un magnifique carrosse doré. Six souris sortent

de la souricière et sont transformées en un superbe attelage de

chevaux gris pommelé. Un rat qui passait par là est aussitôt

transformé en cocher moustachu, et les laquais ? Six lézards

cachés derrière l'arrosoir, à peine touchés par la baguette,

montent en habits chamarrés derrière le carrosse.

La fée dit alors à Cendrillon : " Voilà de quoi aller au bal !" Mais

irait-elle avec ces vilains habits ? A peine effleurée par la

baguette de sa marraine, ses haillons se changent en habits d'or

et d'argent ; celle-ci lui donne ensuite les plus jolis souliers de

verre. Parée comme une princesse, Cendrillon pleine joie monte

dans le carrosse, après avoir promis de rentrer du bal avant minuit.

Sa marraine l'avertit qu'au douzième coup de minuit, son carrosse

redeviendra citrouille, les laquais lézards, les chevaux souris, le

cocher rat, ses habits haillons. Arrivée au château, elle fut reçue

comme une princesse. Le prince n'eut d'yeux que pour cette belle

inconnue qui dansait avec tant de grâce ; c'est à peine si, dans la

douleur du moment, Cendrillon entendit sonner

onze heures trois quarts. Aussitôt, elle se dépêcha de rentrer. Elle

remercia sa marraine et lui demanda de retourner au bal, ce

qu'elle fit le lendemain. Elle était encore plus belle, plus éclatante

que la première fois. Le fils du Roi ne cessa de danser avec elle,

et dans son bonheur elle en oublia l'heure.

Entendant le premier coup de minuit, elle s'enfuit aussi légèrement

qu'une biche ; le prince la suivit, mais ne put que ramasser son

soulier de verre qu'elle avait perdu.

Cendrillon était encore dans le grand escalier quand le dernier

coup de minuit sonna ; aussitôt elle se retrouva dans ses vieilles

guenilles. En bas, au lieu d'un carrosse, une citrouille l'attendait.

Elle rentra à pied, mais elle cachait dans la poche de ses vilains

habits l'autre petit soulier de verre. Ses deux sœurs lui

annoncèrent qu'une belle princesse avait perdu un de ses souliers

au bal. Le fils du Roi l'avait ramassé, et n'avait cessé de le

contempler. Il était assurément fort amoureux de la belle personne.

Peu de jours après, le fils du roi fit annoncer qu'il épousera celle

dont le pied s'ajusterait au soulier.

Toutes les dames de la cour l'essayèrent ; les deux sœurs

l'essayèrent aussi, mais inutilement. Cendrillon demanda elle

aussi à l'essayer ; ses sœurs se moquèrent. Le gentilhomme qui

faisait l'essai du soulier, la fit asseoir et constata que son petit

pied rentrait dans le soulier ; l'étonnement des deux sœurs fut

encore plus grand Cendrillon mit à son autre pied le second soulier.

Elles lui demandèrent pardon. Cendrillon leur pardonna.

On la mena au jeune prince, et peu après il l'épousa.

 

         

LE PETIT CHAPERON ROUGE

 

Il était une fois une petite fille que tout le monde aimait, et plus

particulièrement sa grand-mère. Un jour, elle lui fit un chaperon

de velours rouge. Il lui allait si bien, que la fillette ne voulut plus

rien porter d'autre. On l'appela donc le petit Chaperon rouge.

Un beau matin, sa maman lui dit : "Petit Chaperon rouge, voici

un morceau de galette et un petit pot de beurre, porte-les vite à

ta grand-mère qui est malade. Elle va bien se régaler.

Mais vas-y tout de suite avant qu'il ne fasse trop chaud ; et sois

bien sage en chemin. Ne sautille pas à droite et à gauche, sinon

tu casseras ta cruche de vin."

- "Je ferai bien attention à tout ", promit le Petit Chaperon rouge.

Puis elle dit au revoir à sa maman et se mit en route. Sa grand-

mère habitait dans la forêt, dans un autre village. Sur son chemin,

la fillette rencontra un loup. Elle ne savait pas que c'était un fort

méchant animal ; elle n'eut donc pas peur du tout.

" Bonjour ! Petit Chaperon rouge ! dit le loup.

- Bonjour ! répondit le Petit Chaperon rouge.

- Où vas-tu de si bon matin ?

- Je vais voir ma grand-mère.

- Et que portes-tu ? demanda le loup.

- Un pot de beurre et un morceau de galette que ma maman lui

envoie. C'est pour ma grand-mère qui est malade, cela lui fera du

bien, répondit-elle.

- Et où habite-t-elle, ta grand-mère ?

- Sa maison est plus loin dans la forêt, à la première maison du

village. Tu la reconnaîtras forcément, dit le Petit Chaperon rouge."

Le loup se dit en lui-même : "Cette fillette tendre et dodue à

souhait est un morceau de choix ! Elle a sûrement meilleur goût

que la grand-mère. Il faut que je trouve une ruse pour les dévorer

toutes les deux.

Sans souffler mot, il chemina un petit moment aux côtés du Petit

Chaperon rouge, puis dit enfin d'une voix douce :

" Petit Chaperon rouge, tu marches droit devant toi comme si tu

allais à l'école, alors que la forêt est si belle ! Regarde un peu

autour de toi toutes ces jolies fleurs et écoute les gazouillis des

oiseaux dans les arbres." Le Petit Chaperon rouge leva les yeux

et vit les rayons du soleil entre les arbres et partout, partout, de

jolies fleurs dans l'herbe. " Si j'en cueillais un bouquet pour ma

grand-mère, cela lui ferait plaisir. Il n'est pas tard, j'ai tout mon

temps."

Elle quitta le chemin et bondit dans le sous-bois. Dès qu'elle avait

cueilli une fleur, elle en voyait une plus belle un peu plus loin ; elle

allait la cueillir aussitôt. Elle s'enfonça ainsi dans la forêt sans s'en

rendre compte.

Pendant ce temps-là, le loup se mit à courir de toute sa force par

le chemin qui était le plus court,   à la maison de la grand-mère et

frappa à sa porte.

" Qui est là ? cria la grand-mère.

- C'est moi, le Petit Chaperon rouge, dit le loup.  Je t'apporte de

la galette et du beurre. Ouvre-moi !

- Je suis trop faible pour aller t'ouvrir. Tu n'as qu'à tirer la

chevillette, la bobinette cherra."   Le loup tira la chevillette et la

porte s'ouvrit. Il se jeta sur la grand-mère et la dévora en mois de

rien. Il mit ensuite la chemise de nuit et le bonnet de dentelle de la

grand-mère, se coucha dans le lit et en ferma les rideaux.

Pendant ce temps-là, le Petit Chaperon rouge avait cueilli un

bouquet de fleurs si gros qu'elle pouvait à peine le porter. Il était

temps de l'offrir à sa grand-mère.

Elle se remit bien vite en chemin. Quand elle arriva devant la

maison, elle s'étonna de trouver la porte ouverte. Tout lui sembla

étrange. Elle s'avança près du lit, en disant :

" Bonjour, grand-mère." Mais personne ne lui répondit. Elle écarta

les rideaux du lit. La grand-mère était là, couchée, le bonnet de

dentelle enfoncé jusqu'aux yeux, qui cachait presque toute la figure.

- " Comme tu as de grandes oreilles, grand-mère, dit-elle.

- C'est pour mieux t' entendre, mon enfant !

- Comme tu as de grands yeux !

- C'est pour mieux te voir, mon enfant !

- Comme tu as de grands bras !

- C'est pour mieux t' embrasser, mon enfant !

- Comme tu as une grande bouche et de grandes dents !

- C'est pour te manger ! " dit le loup qui fit un bond hors du lit et

dévora d'un trait le Petit Chaperon rouge. Une fois repu, le loup se

recoucha et s'endormit aussitôt. Il se mit à ronfler haut et fort. Un

chasseur qui passait devant la maison l'entendit et pensa :

" Comment se fait-il que cette vieille grand-mère ronfle si fort ?

Allons voir si elle n'a besoin de rien. " Il entra dans la chambre,

s'approcha du lit et vit le loup, profondément endormi.

" Te voilà enfin, canaille !

Depuis le temps que je cherche à t'attraper !"

Il brandit son fusil en direction du loup, mais s'arrêta net.

" Et si le loup avait dévoré la grand-mère ? " se dit -il.

Il reposa son fusil, prit une paire de ciseaux et se mit à ouvrir le

ventre du loup endormi.

Au troisième coup de ciseaux, il aperçut quelque chose de rouge.

Deux ou trois coups de ciseaux encore et la petite fille bondissait

dehors en s'écriant : " Oh ! la, la ! Comme j'ai eu peur ! Il faisait si

noir dans le ventre du méchant loup ! ". La grand-mère sortit à son

tour, encore vivante, mais  elle respirait à peine. Il était temps !

Le petit Chaperon rouge courut chercher de grosses pierres et en

bourra le ventre du loup. Quand il se réveilla, il voulut s'enfuir. Mais

les pierres étaint si lourdes qu'il s'affala sur le sol et mourut

quelques minutes après.

Nos trois amis étaient bien contents. Le chasseur prit la peau du

loup et rentra chez lui. La grand-mère mangea la galette et but le

vin que sa petite-fille lui avait apportés. Elle se sentit beaucoup

mieux.

Et le Petit Chaperon rouge ne disait rien.

" Jamais plus de ma vie je ne désobéirai. Jamais plus je ne

m'écarterai du chemin pour aller courir dans la forêt quand

maman me l'a formellement interdit " promit-elle tout bas.

 

         

TOM POUCE

 

Il était une fois un couple de paysans qui se lamentait de ne pas

avoir d'enfants. L'épouse déclara un jour : " Même si nous avions

un enfant pas plus gros que le pouce, nous l'aimerions de tout

notre cœur. "

Son souhait fut exaucé et, parce que cet enfant n'était pas plus

grand qu'un pouce, ils l'appelèrent Tom Pouce. En avançant en

âge, le petit garçon restait minuscule mais faisait preuve d'un

esprit vif et éveillé.

Un jour, Tom Pouce était allé en forêt avec son père pour abattre

quelques arbres. Il demanda à ce dernier la permission de

conduire la charrette à cheval. Celui-ci accepta et ils se

donnèrent rendez-vous un peu plus tard. Ravi, il grimpa aussitôt

sur le cheval et alla se loger dans l'oreille du cheval pour lui

indiquer le chemin.

Deux étrangers qui passaient par là, regardèrent avec

étonnement cette voiture et ce cheval sans conducteur. Les deux

voyageurs décidèrent de suivre l'attelage. De retour dans le bois,

Tom Pouce cria à son père :

" Tiens, voici la voiture, viens me faire descendre. "

Émerveillés, les deux curieux qui observaient la scène, se dirent

que de montrer en ville un tel petit bout d'homme pourrait leur

rapporter quelque argent.

Ils proposèrent au père de Tom Pouce d'acheter son fils. Celui-ci

refusa de céder ce qu'il avait de plus cher au monde, mais

l'enfant lui conseilla d'accepter. Il dit à son père : " Ne t'inquiète

pas, je saurai bien revenir. "

Tom Pouce partit alors avec les deux hommes. Le soir venu, à

l'auberge, il se laissa glisser à terre et disparut dans un trou de

souris où les deux hommes, furieux, ne purent le rattraper. C'était

la nuit et comme Tom Pouce se demandait où dormir, il avisa une

coquille d'escargot vide. Alors qu'il s'y glissait, il entendit les deux

voyageurs parler tout bas : ils se demandaient comment faire pour

voler l'argent du curé.

Tom Pouce, du fond de sa coquille, leur cria alors : " Emmenez-

moi avec vous, je vous aiderai. "

Les deux hommes acceptèrent. Après tout, c'était le moyen de

savoir ce qu'il savait faire. Le petit bonhomme se faufila dans la

maison du curé et cria : " Voulez-vous tout ce qui est là ? " Les

deux voleurs effrayés lui dirent de parler plus bas, mais Tom

Pouce recommença à crier de toutes ses forces. La servante du

curé entendit la voix et se leva pour voir ce qui se passait.

Entendant du bruit, les deux hommes s'enfuirent à toutes jambes

pendant que l'enfant se glissait dans la grange. La servante

pensa qu'elle avait dû rêver car elle ne voyait âme qui vive, et elle

retourna se coucher après avoir soufflé sa chandelle.

Fatigué, Tom Pouce s'endormit dans le foin et ne se réveilla

même pas quand la servante vint pour nourrir la vache au petit

matin.

La femme prit justement la brassée de foin où le petit garçon

reposait. Celui-ci se réveilla horrifié dans la gueule du ruminant.

Quelle frayeur ! Il prit garde de ne pas être broyé par les dents de

l'animal et glissa jusqu'à son estomac. Il faisait bien sombre là-

dedans et il cria : " Ne m'envoyez plus de foin; " La servante, qui

trayait la vache, reconnut la voix entendue la nuit précédente et

courut voir le curé pour lui dire que la vache parlait. Le curé la

traita d'abord de folle puis, à son tour, il entendit la voix de Tom

Pouce.

Jugeant que l'animal devait être ensorcelé, le prêtre ordonna de

l'abattre et l'estomac dans lequel se trouvait l'enfant fut jeté sur un

tas de fumier.

Un loup affamé qui passait par là, ne fit qu'une bouchée de cet

estomac. Toujours courageux, Tom Pouce ne jugea pas la

situation désespérée et cria au loup, du plus profond de son

estomac : " Mon cher loup, je sais où tu pourrais faire un bon

repas. " Intéressé, le loup écouta l'enfant lui décrire comment

se rendre à la maison de son père où il pourrait manger toutes

les provisions de la réserve.

La nuit suivante, le loup se faufila chez le père de Tom Pouce

et fit un tel festin que son ventre trop lourd traînait à terre. Repu, il

ne pouvait plus bouger et il était devenu si gros qu'il ne passait

plus par la porte; L'enfant se mit alors à s'agiter et à pousser des

cris.

" Veux-tu te taire, tu vas réveiller tout le monde ", supplia le loup,

effrayé. Mais Tom Pouce répondit que si le loup avait bien

festoyé, il avait, lui aussi, bien le droit de s'amuser, et il se remit

à faire un vacarme épouvantable. Ses parents, enfin réveillés par

tant de bruit, arrivèrent à la réserve et regardèrent par la fente de

la porte. Apercevant le loup, les parents de Tom Pouce coururent

chercher des armes : une hache pour le père, une faux pour la

mère. Le père dit alors à sa femme : " Je frappe le premier et s'il

n'est pas mort, tu l'achèves avec la faux. " En entendant la voix de

son père, Tom Pouce cria : " Père, je suis là, dans le ventre du

loup !"

- Quel bonheur ! s'écria l'homme, nous avons enfin retrouvé notre

cher enfant ! "Et il frappa la tête du loup qui tomba raide mort. Les

parents prirent alors des ciseaux et un couteau et, avec beaucoup

de soin, ouvrirent le ventre de la bête. Fou de joie, l'enfant se jeta

dans les bras de son père et de sa mère et respira avec délice

l'air pur. " Mais où es-tu donc allé ? questionnèrent-ils avec

curiosité.

- J'ai vécu beaucoup d'aventures.

Je me suis tout d'abord réfugié dans un trou de souris, puis je me

suis retrouvé ensuite dans le ventre d'une vache, pour enfin finir

dans la panse d'un loup. Ses parents le couvrirent de baisers.

Puis, ils l'emmenèrent à la maison. Là, ils le lavèrent dans un

grand baquet d'eau bien chaude, lui donnèrent à manger et à

boire et lui firent de beaux habits tout neufs.

 

         

BLANCHE-NEIGE

 

Il était une fois une reine qui se piqua le doigt, et voyant une perle

de sang sur la neige blanche, elle songea qu'elle aimerait avoir

une petite fille avec des lèvres aussi rouges que le sang, la peau

aussi blanche que la neige, les cheveux et les yeux aussi noirs

que l'ébène. Ce qu'elle avait souhaité si fort se réalisa

La petite fille fut appelée Blanche-Neige.

Mais peu de temps après, la gentille reine mourut, et le roi se

remaria avec une femme très belle, extrêmement vaniteuse, qui

à tout moment, se tournait vers son miroir magique et lui

demandait : " Miroir ! Gentil miroir, dis-moi qui est la plus belle ? "

Le miroir qui ne pouvait mentir, lui répondait qu'elle était la plus

belle d'entre toutes. Ceci jusqu'au jour, où il lui répondit que

certes, elle était très belle mais que Blanche-neige était bien plus

belle encore.

Une jalousie, une haine féroce envahit la reine. Elle ordonna à un

chasseur de tuer Blanche-Neige, et de lui rapporter son cœur.

Le chasseur qui avait reçu les ordres entraîna l'enfant dans les

bois. Mais là, ému par son innocence et sa beauté, son bras se

figea dans l'air, il n'eut pas la force de la tuer. Il lui dit de s'enfuir

très loin, de courir sans jamais s'arrêter. Il tua alors un chevreuil

et en rapporta le cœur à la reine. Celle-ci, ne se doutant de rien,

le mangea en croyant que c'était celui de Blanche- Neige.

Dans la forêt, la pauvre Blanche-Neige s'arrêta de courir à la

nuit tombée. Tremblante de peur, de faim et de froid, elle aperçut

une lumière. C'était une maisonnette. Elle s'approcha, frappa, il

n'y avait personne. Plus morte que vive, elle y pénétra.

A l'intérieur, tout était minuscule, propre et rangé. Il y avait sept

petites chaises, sur la table sept petits couverts et sept petits

gobelets. Elle but dans chacun. Il y avait sept petites assiettes

remplies de nourriture, et elle mangea un peu de chaque. Il y avait

enfin sept petits lits, aux draps blancs, elle s'endormit dans le

dernier.

Les sept nains qui habitaient la maisonnette rentrèrent à la nuit

tombée. Quelle ne fut pas leur surprise, quand ils virent que

quelqu'un avait mangé leur soupe, bu dans leurs gobelets, et que

ce quelqu'un dormait dans leur lit ! Mais ils ne réveillèrent pas

Blanche-Neige.

Le lendemain, elle leur raconta ses mésaventures, ils lui

demandèrent de rester, de les aider à faire la cuisine et le

ménage, ainsi elle serait à l'abri de la méchante reine. Ils

explosèrent de joie quand elle accepta.

Avant de repartir au travail, le lendemain matin, ils lui

recommandèrent de surtout n'ouvrir la porte à personne.

La méchante reine, qui était aussi une sorcière, questionna de

nouveau son miroir. Elle fut très surprise d'entendre celui-ci lui

dire que si elle était belle, Blanche-Neige, qui habitait chez les

sept nains, étaient mille fois plus belle encore.

Elle décida cette fois d'agir elle même. Elle mit du poison dans

une belle pomme rouge et déguisée en marchande, s'approcha

de la maison des sept nains. Blanche-Neige sans se méfier porta

à la bouche le beau fruit rouge que lui tendait la fausse

marchande.

A peine avait-elle avalé la première bouchée qu'elle tomba raide

morte. La sorcière s'enfuit en riant.

Quand les sept nains revinrent du travail, ils trouvèrent Blanche-

Neige inanimée, étendue sur le sol.

Ils firent tout pour la faire revivre, mais elle resta sans vie. Ils

pleurèrent pendant trois jours. Comme elle restait aussi

délicieusement belle, gardant ses couleurs, ils ne purent se

résoudre à l'enterrer. Ils l'allongèrent dans un cercueil de verre,

qu'ils transportèrent sur une colline, à la lumière du soleil. Nuit et

jour, à tour de rôle, un nain veillait sur elle, pendant que les autres

partaient travailler.

Un fils de roi, qui passait par là, vint demander de l'eau. Voyant

Blanche-Neige dans son cercueil transparent, il resta tellement

fasciné par sa beauté qu'il en tomba amoureux. Comme il la

prenait dans ses bras, un morceau de pomme empoisonné

tomba de la bouche de Blanche-Neige. Elle ouvrit les yeux, sans

comprendre où elle se trouvait, mais se sentit vibrer dans son

royaume et les sept nains assistèrent à leur mariage.

 

 

         

BARBE BLEUE

 

Il était une fois une fois un homme très riche et très puissant. Mais

il était si effrayant, avec sa barbe bleue, qu'aucune femme ne

voulait de lui. Il avait pourtant réussi à se marier six fois, et

personne ne savait ce que ses six femmes étaient devenues. Un

jour, Barbe-Bleue voulut épouser la fille de sa voisine. Celle-ci

refusait obstinément, car il était riche, oui, mais tellement laid !

Elle se demandait surtout où étaient passées ses six premières

épouses. Pour séduire la jeune fille, Barbe-Bleue l'invita dans un

de ses châteaux, et organisa une fête extraordinaire. Pendant les

festivités, il se montra tellement agréable, joyeux, plein d'entrain,

qu'au bout d'un moment, il ne faisait plus du tout peur à la jeune

fille. " Après tout, se disait-elle, il n'y a rien de mal à épouser un

homme qui a la barbe un peu bleue. Il est si gentil, si accueillant !

Et c'est l'homme le plus riche du pays ! " Elle regardait avec envie

cette immense demeure, ces décorations précieuses, ces garde-

robes qui débordaient des plus beaux vêtements... Sans parler de

l'or, des pierreries et des bijoux que possédait Barbe-bleue, si

nombreux, disait-on, qu'une chambre n'aurait pas suffit à les

contenir. Le mariage fut conclu.

Un mois plus tard, Barbe-Bleue annonça à sa femme qu'il partait

pour un long voyage. " Pendant mon absence, lui dit-il, invite tes

amies et amuse-toi tant que tu le voudras. Voici les clefs de toutes

les portes de la maison. Fais ce qu'il te plaira, mais je ne te

demande qu'une chose : cette petite clef-ci, celle de la porte du

cabinet du bas, ne t'en sers surtout pas. Si jamais ta curiosité te

pousse à désobéir, si tu ouvres la porte du cabinet, ma colère

sera plus terrible que le plus terrible des ouragans. " Ayant dit

ceci, il s'en alla.

La jeune femme invita ses amies le soir même. Toutes étaient

ravies de visiter le superbe château. Elles s'émerveillaient devant

toutes les richesses ; les tentures argentées, les robes et les

manteaux de soie, les colliers de saphir et de diamant, les

diadèmes royaux.

Elles enviaient beaucoup madame Barbe-Bleue. Mais c'est à

peine si celle-ci faisait attention à ses compagnes. Depuis le

départ de son mari, elle ne pensait qu'à la petite clef, et elle était

prise d'une tentation irrésistible. Que pouvait-il donc y avoir de si

secret dans le petit cabinet ? N'y tenant plus, elle faussa

compagnie à ses invitées et se dirigea vers le cabinet. Elle saisit

la clef, se rappela un instant les paroles de son mari, puis se

décida à tourner la clef dans la serrure. D'abord, elle ne vit que le

plancher couvert de sang. Pétrifiée, elle entra dans le cabinet, et

faillit mourir de peur : alignés le long du mur, côte à côte, étaient,

pendus les cadavres des six épouses de Barbe-Bleue. Prise de

panique, elle lâcha la clef, qui tomba dans une flaque de sang.

Elle la ramassa, sortit précipitamment et referma la porte.

Arrivée dans sa chambre, elle essaya de nettoyer le sang en

frottant la clef avec une étoffe. Mais il n'y avait rien à faire : quand

la tache disparaissait d'un côté, elle réapparaissait aussitôt de

l'autre. Pour ajouter à son émoi, voici que Barbe-Bleue décida

de rentrer le soir même, ses affaires étant réglées.

" Mon épouse, es-tu heureuse de me revoir si tôt ? " lui demanda-

t-il. Elle fit semblant d'être joyeuse, et elle lui rendit toutes les clefs,

sauf celle du cabinet.

Un peu plus tard, Barbe-Bleue lui réclama la petite clef : " Je l'ai

laissée à l'étage, lui dit-elle, je vais la chercher. " Elle monta,

appela sa soeur Anne et lui dit : " Mes frères ont permis de venir

me rendre visite aujourd'hui. S'il te plaît, guette-les du haut de la

tour et préviens moi dès que tu les verras arriver. "

Elle repoussait le moment autant que possible, mais il faudrait

bien redescendre. Barbe-Bleue s'impatientait.

" Vas-tu me rendre cette satanée clef ? Je sais que tu as ouvert

la porte du cabinet, et pour cela tu y rejoindras mes autres

épouses. Descends, sacrebleu !

- J'arrive, mon mari, laissez-moi seulement le temps de faire une

dernière prière ! Soeur Anne, demanda-t-elle à sa soeur, ne

vois-tu rien venir ?

- Rien de rien, je ne vois que l'herbe et le soleil.

- Alors, menaça Barbe-Bleue du bas de l'escalier, son couteau

à la main, vas-tu te dépêcher, ou faut-il que je vienne te déloger ?

- Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? répéta à la dérobée

madame Barbe-Bleue.

-Je vois... un nuage de poussière qui s'élève...

Ce sont nos frères qui s'avancent au galop.

- C'en est trop, hurla Barbe-Bleue, si tu ne descends pas

immédiatement je monte te couper le cou.

- Là, me voici. " Elle descendit en tremblant. Barbe-Bleue

brandissait son couteau. Elle se trouva bientôt à sa hauteur, et il

allait lui trancher le cou, quand on frappa si fort à la porte que sa

main s'arrêta tout net.

La porte s'ouvrit et, découvrant l'horrible scène, un des frères de

la malheureuse épouse se jeta sur Barbe-bleue et lui transperça

le coeur de son épée. Il était mort. Barbe-Bleue n'avait pas de

famille, hormis sa femme. Elle hérita donc de tous ses biens.

Elle en profita pour offrir un somptueux mariage à sa soeur Anne.

Elle même se remaria bientôt avec un gentilhomme qui lui fit

oublier l'infâme Barbe-Bleue.

 

 

         

HANSEL ET GRETEL

 

Il était une fois un bûcheron qui vivait pauvrement dans la forêt

avec sa famille. Sa femme était vieille et cruelle, mais ses deux

enfants, Hansel et Gretel, suffisaient à son bonheur. Il était

courageux et travaillait dur, mais il n'y avait jamais assez de

nourriture à la maison. Un jour, la femme du bûcheron se déclara

lasse d'avoir tant de bouches à nourrir.

" Demain, dit-elle, nous irons abandonner les enfants au fond de

la forêt. Ils sont trop jeunes pour retrouver le chemin de la maison

et devront apprendre à se débrouiller. " Le bûcheron, qui aimait

beaucoup ses enfants, fut très triste de cette décision.

Mais Hansel, que la faim tenait éveillé, avait tout entendu. Il se leva,

sortit dans la nuit et ramassa plein de cailloux blancs qu'il mit

dans sa poche. Le lendemain matin, toute la famille partit dans la

forêt. " Restez là, dit la femme, nous allons chercher du bois et

nous revenons tout de suite. " Mais ils ne revinrent jamais.

Heureusement, Hansel avait semé tous ses cailloux blancs sur le

chemin de la maison. Il prit sa petite soeur par la main et, avant la

nuit tombée, les deux enfants s'en étaient déjà retournés chez eux.

En les voyant arriver, la vieille femme fut très contrariée. Elle dit au

bûcheron : " Demain, nous les emmènerons encore plus loin dans

le fond de la forêt et de là, ils ne pourront plus revenir. " Hansel

avait encore une fois tout entendu, mais le soir, la vieille femme,

qui se méfiait, ferma à clefs la porte de la maison. Le petit garçon

ne pouvait plus chercher de cailloux. Le matin, ils allèrent tous les

quatre dans la forêt et marchèrent longtemps, longtemps...

Hansel et Gretel avaient très faim mais, au lieu de manger le pain

qu'on leur avait donné, Hansel l'avait émietté et jeté derrière lui.

" Nous suivrons les miettes et ainsi nous retrouverons le chemin

de la maison ", dit-il à sa soeur. Mais ils étaient bien fatigués

d'avoir si longtemps marché et s'endormirent sur un tas de

mousse.

Lorsqu'ils se réveillèrent, il faisait presque nuit. Le bûcheron et sa

femme étaient partis. Et, quand les enfants voulurent rentrer chez

eux, plus de miettes ! Les oiseaux étaient passé par là !

" Maintenant nous ne retrouverons plus le chemin ", dit Gretel.

Bien triste, elle allait se mettre à pleurer quand, soudain, ils

aperçurent à travers les arbres une adorable maisonnette.

C'était une petite maison faite de pain d'épice, le toit était de

délicieux biscuits et les volets de sucre candy. Ils étaient si

affamés qu'ils cassèrent un morceau du toit et mangèrent en se

régalant. Tout à coup, une vieille femme sortit en ricanant. C'était

une méchante sorcière qui n'aimait qu'une seule chose : faire

cuire et manger les petits enfants.

Elle avait vu Hansel et Gretel dans la forêt et avait fait surgir par

magie cette maisonnette de pain d'épice pour les attirer. Mais

elle paraissait gentille et invita les deux enfants à partager son

repas. Le dîner fini, ils étaient si épuisés qu'aussitôt ils

s'endormirent. A leur réveil, Hansel était enfermé dans une cage

et Gretel comprit alors que la vieille femme était une sorcière !

" A présent, tu feras le ménage et la cuisine, lui ordonna l'affreuse

sorcière. Et quand ton frère sera bien gras, je le mangerai. "

Mais les sorcières ont les yeux tout rouge, elles sont myopes.

Chaque fois qu'elle demandait à Hansel de lui tendre un doigt

pour savoir s'il était assez gros, le petit garçon très rusé lui

donnait un morceau de bois à téter. " Maigre, tu es encore trop

maigre pour faire un dîner ! "

Au bout d'un mois, la méchante sorcière perdit patience.

Elle demanda à Gretel d'ouvrir le four et d'allumer le feu pour faire

rôtir son frère. La sorcière se pencha pour voir si le four était

assez chaud... Profitant de cet instant, Gretel l'y poussa et

referma la porte. La vieille femme cria, cria, puis se tut. Gretel

se précipita pour délivrer Hansel. Dans la maison, ils découvrirent

un sac rempli d'or, de diamants, de bijoux et de pierres

précieuses.  "Maintenant, nous pouvons rentrer à la maison ",

dirent-ils, fous de joie.

Hansel et Gretel eurent tôt fait de retrouver la direction de la

maison. Tout à coup, ils débouchèrent sur les bords d'un étang.

Tout y était féerique et merveilleux. Sur l'eau limpide nageaient

de grands cygnes blancs. Les deux enfants étaient obligés de

traverser le lac pour rejoindre leur maison, mais ils ne pouvaient

pas nager, leurs poches débordaient de trésors très lourds.

" J'ai une idée, s'exclama Gretel ! Nous allons chacun nous

asseoir sur le dos d'un cygne et ainsi nous gagnerons l'autre

rive. "

Ainsi fut fait. Quand ils arrivèrent à la maison, le bûcheron pleura

de bonheur en retrouvant ses chers petits. Heureusement sa

cruelle femme était morte entre-temps. Et tous les trois se jurèrent

de ne plus jamais se quitter. Ils vécurent heureux très longtemps

et ne manquèrent plus jamais de rien.

 

         

LES CYGNES SAUVAGES

 

Dans un pays lointain vivait un roi qui avait onze fils et une fille qui

avait reçu le nom d'Elisa. Les enfants vivaient heureux dans le

château de leurs parents. Hélas ! Un jour, l'épouse du roi mourut.

Ce dernier prit en seconde noce une méchante femme qui

détesta immédiatement les douze enfants. Pour se débarrasser

d'eux, cette vilaine reine décida d'envoyer la petite fille chez des

paysans et dit au roi tant de mal de ses fils que le père s'en

désintéressa.

Mais cela ne lui suffit pas, elle voulait les éloigner définitivement.

C'est ainsi qu'un jour, elle leur jeta un sort, car elle était aussi une

sorcière, en disant :

" Soyez transformées en oiseaux, et perdez la parole !"

Les princes devinrent alors onze beaux cygnes sauvages qui

s'envolèrent aussitôt.

Quand Elisa eut quinze ans, son père la fit chercher car il voulait

revoir sa fille. La reine s'arrangea pour la rencontrer en premier :

elle badigeonna de brou de noix et lui emmêla tellement les

cheveux que son père ne la reconnut pas.

Toute triste, la fillette quitta le château et marcha toute la journée

à travers champs.

Le soir venu, elle arriva dans une grande forêt où elle s'endormit.

A son réveil, elle découvrit une source d'eau claire.

Elle s'approcha de l'eau et s'y plongea. Elle redevint la belle

princesse qu'elle était. Rencontrant une femme très âgée, Elisa lui

demanda si elle n'avait pas vu onze princes chevauchant dans la

forêt. La vieille femme lui répondit que non mais, qu'en revanche,

elle avait vu onze cygnes avec des couronnes d'or sur la tête au

bord de l'eau. L'enfant suivit le fleuve jusqu'à son embouchure et

arriva au bord de la mer.

Sur la plage elle trouva onze plumes de cygnes blanches dont elle

fit un bouquet. Au crépuscule, Elisa vit onze cygnes sauvages

avec des couronnes d'or voler comme un long ruban blanc.

Les cygnes vinrent se poser à côté d'elle et dès que le Soleil fut

couché, leurs plumes se détachèrent. Redevenus onze beaux

princes, ils se firent reconnaître de leur belle et grande soeur.

L'aîné expliqua à Elisa qu'ils ne reprenaient forme humaine

qu'à la nuit tombée. Il ajouta : " Nous habitons de l'autre côté

de la mer et nous ne pouvons revenir que pendant onze jours

dans notre cher pays. "

Elisa et ses frères de partir ensemble. Ils fabriquèrent un filet

en osier pour transporter Elisa, et, le jour venu, s'envolèrent en

tenant le filet dans leur bec. Ils volèrent toute la journée. Bien

que le poids d'Elisa ralentissait leur vol, ils atteignirent l'îlot

avant la nuit. Ils étaient très fatigués. Très vite tout le monde

s'endormit. Elisa rêvait de pouvoir délivrer ses frères lorsque,

durant son sommeil, la fée Morgane lui apparut et lui dit ceci :

" Tu pourras sauver tes frères en leur tissant à chacun une

cotte de mailles faite avec des orties.

Mais attention, tant que ce travail ne sera pas terminé, tu ne

devras pas parler, sinon ce serait leur mort. " Aussitôt, Elisa

se mit au travail et tressa les cottes jusqu'à s'en brûler les

mains. Un roi qui chassait par là, découvrit cette belle jeune

fille en plein travail et lui demanda ce qu'elle faisait là.

Elisa ne voulut pas répondre car elle savait que si elle

prononçait, ne fusse qu'un seul mot, ses frères mourraient.

Emu par le désarroi de la princesse, le souverain décida

alors de l'emmener dans son château. Peu après, ils se

marièrent. Comme Elisa pleurait et se lamentait, le roi eut

l'idée de lui faire apporter les orties déjà filées et les cottes

de mailles qui étaient terminées, espérant ainsi la distraire.

De son côté, le conseiller de la cour se demandait si cette

jeun fille muette n'était pas une sorcière. Il en parla au roi qui

ne voulut rien entendre. Toutes les nuits, Elisa travaillait à ses

cottes; Un jour, elle n'eut plus assez d'ortie et décida d'aller

jusqu'au cimetière pour en cueillir. Le conseiller, qui la

surveillait, en parla au roi et lorsque la jeune femme sortit

pour cueillir à nouveau des orties, celui-ci la suivit à son

tour. L'apercevant non loin des sorcières du cimetière qui

attrapaient des crapauds pour leurs potions magiques, le

roi pensa qu' Elisa était aussi une sorcière.

Accusée de sorcière, elle fut condamnée à mourir sur le

bûcher. Dans son cachot, on lui donna les cottes de mailles

et le reste de la botte d'ortie ; la princesse put ainsi poursuivre

son travail malgré le peu d'espoir qu'elle avait de jamais revoir

ses frères. Le jour prévu pour l'exécution, ces derniers, qui

l'avaient retrouvée, se transformèrent à nouveau en cygnes

sauvages et se mirent à voler au-dessus du chariot qui

emmenait Elisa au bûcher. Pâle comme une morte, la jeune

reine, les cheveux en désordre, continuait à tisser

désespérément la dernière cotte. " Regardez la sorcière !

Déchirez son tissu magique ! " criait la foule. Des gens

s'approchèrent pour lui arracher l'étoffe lorsque soudain,

onze cygnes blancs vinrent se poser autour d'elle.

Ne serait-elle pas innocente, se demanda alors la foule ?

Elisa eut juste le temps de lancer les onze cottes de mailles

sur les cygnes qui se transformèrent aussitôt en beaux jeunes

gens. Seul le dernier garda une aile de cygne car il manquait

une manche à son vêtement. La jeune reine s'écria :

" Enfin, je peux parler et proclamer mon innocence.

- Oui, notre soeur est innocente ! ", confirma l'aîné des frères

qui raconta toute leur longue histoire. Le roi, radieux de

retrouver sa jeune femme, lui offrit une plume de cygne qui

flottait dans l'air. Les cloches se mirent à sonner. Le roi et

Elisa, accompagnés des onze beaux princes, reprirent le

chemin du château pour une grande fête qui dura onze jours

et onze nuits.

 

         

LE ROSSIGNOL DE L'EMPEREUR

 

Il était une fois un empereur chinois qui vivait dans le plus

magnifique château du monde. Son jardin, où l'on pouvait voir les

plus merveilleuses fleurs, n'était qu'enchantement et féerie.

Il y avait même un rossignol qui avait établi son nid dans une des

branches d'un grand arbre fleuri.

Cet oiseau chantait si délicieusement que tout le monde alentour

s'arrêtait de travailler pour l'écouter.

Venant de tous les pays, les visiteurs se pressaient vers la ville

impériale et tous s'extasiaient devant le château et le jardin.

Mais lorsqu'ils avaient entendu le rossignol, tous s'écriaient :

" Voilà qui est prodigieux ! ". Et tout un chacun bavardait en

s'émerveillant sur le chant de l'oiseau, tant et si bien que la rumeur

parvint aux oreilles de l'Empereur qui se mit en colère.

" Qu'est-ce donc que ce rossignol ? demanda le vieux monarque.

Je ne le connais pas. Il se trouve dans mon empire et dans mon

jardin et je n'en ai jamais entendu parler ? Qu'on me l'amène ! "

Pendant ce temps, on fit au château des préparatifs

extraordinaires pour recevoir l'illustre chanteur. Les murs et les

carreaux de porcelaine brillaient aux rayons de cent mille lampes

d'or. Au milieu de la grande salle où l'Empereur était assis, on

avait placé une baguette dorée pour recevoir le rossignol.

Tous les yeux étaient fixés sur le petit oiseau gris, et celui-ci

chantait d'une manière si admirable et divine que les larmes en

vinrent aux yeux de l'Empereur. Oui, les larmes coulaient sur les

joues du vieil homme et le rossignol chantait de mieux en mieux.

Sa voix allait jusqu'au fond des cœurs, et il eut le plus grand

succès. Toute la ville parla dès lors de l'oiseau prodigieux qui

devint le joyau de tout le royaume.

Or, un jour, l'Empereur reçut un gros paquet contenant un

rossignol mécanique. Celui-ci devait imiter le vrai rossignol

et était tout couvert de diamants, de rubis et se saphirs.

Il était si beau et si semblable au premier, il chantait si bien,

que tout le monde voulut écouter un concert des deux

rossignols. On les fit donc chanter ensemble, mais le duo

sonnait complètement faux, car le véritable rossignol chantait

selon son inspiration naturelle et l'autre obéissait au mouvement

de la mécanique. On fit alors chanter seul l'oiseau artificiel. Il eut

autant de succès que le véritable et il plaisait davantage aux yeux,

car il brillait de tout l'éclat de ses pierres précieuses.

Il chanta ainsi trente-trois fois le même morceau sans la moindre

fatigue, et plut tant que l'on chassa le véritable rossignol.

Celui-ci fut banni de la ville et de l'empire, et l'oiseau artificiel prit

la place d'honneur sur une petite table de laque auprès du lit de

l'Empereur. Cela durait depuis un an. Mais un soir que l'oiseau

mécanique chantait de son mieux et que l'Empereur l'écoutait

dans son lit avec délices, on entendit tout à coup à l'intérieur du

corps : " crac ", puis : " br-rr-ou-ou ".

Toutes les roues s'emballèrent et la musique s'arrêta subitement.

La belle mécanique était rouillée. Quelle désolation !...

On n'entendit plus jamais chanter l'oiseau artificiel.

Cinq ans plus tard, le pays fut plongé dans une profonde douleur.

Les chinois aimaient beaucoup leur Empereur, mais un jour,

il tomba malade et l'on disait qu'il allait mourir.

Déjà, on avait élu un nouvel empereur et tout le peuple était

assemblé sur la place pour l'acclamer.

L'empereur déchu était étendu pâle et froid dans son grand lit

magnifique. Pouvant à peine respirer, il était tellement oppressé

qu'il avait l'impression qu'on lui marchait sur la poitrine.

Ouvrant les yeux, il vit la Mort, parée de ses plus beaux atours,

qui était venue le chercher. L'Empereur eut très peur et croyait sa

dernière heure venue.

Alors tout à coup, près de la fenêtre se fit entendre un chant

ravissant. C'était le petit rossignol de la forêt qui chantait sur

une branche. Il avait appris la maladie de l'Empereur et venait

lui apporter de l'espoir et de la consolation. Et le petit rossignol

chanta si merveilleusement et si doucement que les visions de

l'Empereur s'évanouirent.

Comme par magie, le vieil homme guérit et reprit immédiatement

des forces. " Merci, merci petit oiseau céleste, dit-il. Je t'ai

chassé jadis et cependant tu as fait disparaître par ton chant les

méchantes figures qui assiégeaient mon lit. Comment pourrais-je

te récompenser ?

- Tu m'as déjà récompensé, dit le rossignol. J'ai arraché des

larmes à tes yeux la première fois que j'ai chanté. Ce sont pour

moi des diamants et je ne l'oublierai jamais.

Laisse-moi venir près de toi quand bon me semblera. Je te

chanterai les heureux et ceux qui souffrent, le bien et le mal, tout

ce qui n'est pas connu de toi, car un petit oiseau vole partout et

perçoit toutes les choses que tu ne peux voir. mais promets-moi

une seule chose : ne raconte à personne que tu as un petit oiseau

qui t'informe de tout. Crois-moi, tout n'en ira que mieux. "

Et le petit rossignol s'envola. Un instant après, les courtisans et

serviteurs entrèrent pour voir une dernière fois leur défunt

Empereur et restèrent ébahis lorsque celui-ci leur dit tout

bonnement : " Bonjour ! "

 

         

               LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES

 

C'était la veille de la nouvelle année, le temps était terriblement

froid ce soir-là. La nuit était très noire et il neigeait à gros flocons.

Au milieu de cette obscurité, une petite fille marchait dans la rue la

tête et des pieds nus. En quittant sa pauvre maison, elle portait des

pantoufles tout usées et beaucoup trop grandes pour elle mais, en

traversant la rue et en se dépêchant pour se faufiler entre deux

fiacres, elles les avait perdues.

L'une avait disparu aussitôt sous les roues d'un cocher pressé,

l'autre avait été emporté par un gamin qui voulait en faire un

bateau.

L'enfant trottinait avec ses pauvres pieds nus bleus de froid.

Elle portait dans son vilain tablier une grande quantité d'allumettes

et en tenait également un paquet à la main. La journée avait été

très mauvaise, personne ne lui avait acheté la moindre allumette.

Elle avait froid, faim et très peur de rentrer chez elle car son père la

battrait s'il la voyait revenir sans le moindre sou. La neige continuait

à tomber et les flocons faisaient comme des duvets de cygne sur

ses jolis cheveux blonds et bouclés. Comme elle s'en moquait de

ses cheveux ! Elle savait seulement que c'était la veille du jour de

l'an et que tous les petits enfants allaient se réunir avec leurs

parents pour un grand repas de fête.

Entre deux maisons, la petite fille s'assit de plus en plus transie et

glacée. A quoi bon rentrer chez elle où son père serait en colère et

où, de toute façon, il faisait presque aussi froid que dehors, tant le

vent soufflait fort à travers les larges fentes des murs. L'enfant ne

pouvait presque plus bouger ses doigts raidis par le froid.

Elle se dit qu'une allumette, rien qu'une seule, la réchaufferait :

elle en fit craquer une. Il y eut un joyeux craquement et la flamme

monta claire et chaude le long de sa main. La fillette eut

brusquement l'impression d'être assise devant un bon grand poêle

de cuivre. Déjà, elle étendait ses pieds pour les réchauffer aussi.

Trop tard ! Le poêle avec sa chaleur avaient disparu et il ne restait

plus qu'une allumette noircie au bout de ses doigts.

L'enfant décida d'en frotter une deuxième dont la flamme fut encore

plus lumineuse et plus belle. La petite pouvait voir une pièce avec

une table recouverte de jolies faïences. Une oie énorme et grasse

toute dorée était posée dans un joli plat. Subitement l'oie roula de la

table et disparut, il n'y avait plus devant l'enfant que la petite poule

grise et froide. C'était insupportable, la fillette voulait revoir ce

poêle qui ronronnait si joyeusement, cette oie appétissante et qui

sentait si bon...

La petite marchande fit craquer une troisième allumette et se vit

transporter immédiatement dans une jolie maison où se dressait,

tout scintillant, un grand arbre de Noël avec ses guirlandes et ses

boules de toutes couleurs.

Des fruits et des jouets étaient aussi accrochés aux branches. Des

enfants, qui couraient en chantant autour de l'arbre, lui prirent la

main et l'entraînèrent dans leur ronde. La fillette voulut courir aussi,

mais de nouveau, ce fut la nuit.

Les étoiles commençaient à briller au-dessus de la rue sombre et

déserte. Quelques rares passants, pressés d'aller retrouver leurs

amis et leurs familles, marchaient à grandes enjambées sans voir,

entre deux maisons, l'enfant recroquevillée sur elle-même et qui

regardait le ciel. Une étoile filante traça une longue raie flamboyante

et la petite pensa que quelqu'un devait mourir. Sa vieille grand-

mère, qui lui avait appris cela : "Si une étoile tombe, c'est une âme

qui va à Dieu". Une allumette fut encore frottée et cette fois-ci la

grand-mère apparut comme autrefois avec son air doux et gentil.

"Grand-mère reste là, emmène-moi, ne me laisse pas seule.

Je sais que lorsque l'allumette s'éteindra, tu disparaîtras comme

tout ce j'ai pu voir jusqu'à présent. Comme le feu qui brûlait si bien,

comme l'oie qui sentait si bon, comme le sapin de Noël, tu

t'envoleras et moi, je resterai toute seule dans une rue sombre

sans personne pour s'occuper de moi et m'emmener dans une

maison où je n'aurai plus jamais ni froid, ni faim".

Terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée, l'enfant ne craqua

plus une allumette mais fit brûler tout le paquet. Sa grand-mère

reparut, elle était belle avec sa robe de velours noire qu'elle mettait

seulement les jours de fête. La vieille dame souriait avec tendresse

à sa petite-fille qu'elle prit dans ses bras. Toutes les deux

s'élevèrent vers le ciel dans la grande lumière du paquet

d'allumettes et arrivèrent au Paradis.

Le jour de l'an se leva, il faisait encore gris et sombre. Un piéton

découvrit dans un coin une petite fille aux cheveux bouclés pieds

nus, et sans vie. Partout autour d'elle, il y avait des bouts

d'allumettes noircis.

La pauvre petite a voulu se réchauffer, pensa l'homme qui ne se

douta pas que l'enfant avait quitté le monde dans une belle lumière,

en tenant sa grand-mère par la main.

 

         

                        LE PETIT SOLDAT DE PLOMB

 

Il était une fois vingt-cinq soldats de plomb, tous frères car tous nés

d'une vieille cuillère de plomb. Ils se tenaient l'arme au bras, la tête

droite et leur uniforme était rouge et bleu. La première chose qu'ils

entendirent, lorsqu'on ôta le couvercle de leur boîte, fut : "Des

soldats de plombs !", crié par un petit garçon qui les avait reçus

pour son anniversaire. Il les alignait maintenant sur la table.

Chaque soldat ressemblait aux autres. Un seul était différent : il

n'avait qu'une jambe. Mais il se tenait aussi ferme sur cette jambe

que les autres sur deux.

Sur la table où les petits soldats de plomb étaient rangés, il y

avait beaucoup d'autres jouets ; mais le plus remarquable était

un beau château en papier. Par les fenêtres on pouvait voir jusque

dans les salles. Au dehors, des petits arbres entouraient un miroir

figurant un lac ; des cygnes en cire s'y reflétaient. Tout cela était

ravissant mais ce qu'il y avait de plus charmant encore, c'était

une petite demoiselle qui se trouvait devant la porte du château.

Elle aussi était en papier. Elle portait un jupon de tulle et, en guise

d'écharpe, un mince ruban bleu au milieu duquel étincelait une

paillette aussi grande que son visage. La demoiselle étirait ses

bras en l'air, parce qu'elle était danseuse, et elle levait une de

ses jambes si haut que le petit soldat de plomb ne put l'apercevoir.

Il crut que la demoiselle n'avait qu'une jambe comme lui.

"Ce serait une femme idéale pour moi, songea-t-il, mais comme

elle est distinguée ! Elle habite un château, et moi seulement une

boîte dans laquelle nous sommes déjà vingt-cinq...

Malgré tout, il faut que j'essaie de faire sa connaissance."

Et il se cacha derrière une tabatière qui était sur la table. Là il

pouvait mieux admirer la petite demoiselle qui restait debout sur

une jambe sans perdre l'équilibre.

Le soir venu, les soldats de plomb rentrèrent dans leur boîte et les

habitants de la maison allèrent se coucher. Notre petit soldat se

dissimula derrière la tabatière. Quand minuit sonna, clac ! le

couvercle sauta ; un petit diable apparut ; la tabatière était en

réalité une boîte à surprise. "Soldat de plomb, dit le diablotin,

arrête un peu de regarder la petite demoiselle et met tes yeux

dans ta poche !"

Mais le soldat fit semblant de ne pas entendre.

"Attends voir jusqu'à demain !", reprit le diablotin.

Et le lendemain, lorsque les enfants se levèrent, ils placèrent

le soldat de plomb sur le rebord de la fenêtre ; mais tout à coup,

la fenêtre s'ouvrit et il tomba du troisième étage, la tête la première

sur le pavé. Il atterrit sur son shako, la jambe en l'air et la

baïonnette fichée entre les pavés. La servante et le petit garçon 

descendirent le chercher, mais ils ne le retrouvèrent pas. La pluie

commença à tomber. Ce fut bientôt un vrai déluge.

Après l'orage, deux gamins des rues vinrent à passer : "Dis donc !

fit l'un, voilà un soldat de plomb qui ne demande qu'à naviguer. "

Ils confectionnèrent un bateau avec un vieux journal, mirent dedans

le soldat de plomb et le lâchèrent dans le caniveau rempli d'eau ;

les deux gamins le suivaient en battant des mains. Le soldat de

plomb, ballotté en tous ses sens, restait impassible. Soudain, le

bateau fila sous une planche qui recouvrait le caniveau et

s'engouffra dans l'égout. "Il fait aussi noir que dans ma boîte, dit le

soldat de plomb. Où vais-je atterrir maintenant ? Si seulement la

petite demoiselle était avec moi !" Au même moment surgit un

gros rat qui lui cria : "Passeport ! Et plus vite que ça !" Mais le

soldat de plomb ne répondit pas et serra très fort son fusil. Le

courant l'entraînait déjà vers la sortie de l'égout qui se jetait dans

la rivière. Le bateau tournoya plusieurs fois sur lui-même, se

remplit d'eau et sombra. Heureusement, le papier journal se

déchira et le soldat passa au travers. Et au même instant, il fut

avalé par un gros poisson. "Il fait encore plus noir que tout à

l'heure", pensa le soldat de plomb. Mais il restait immobile,

l'arme au bras.

Le poisson s'agitait de tous côtés. Brusquement, ses soubresauts

cessèrent. Le soldat de plomb vit la lumière du jour et entendit une

voix qui criait : "Regardez ce que j'ai trouvé dans le ventre du

poisson !

Un soldat de plomb !" C'était la cuisinière qui avait acheté le poisson

au marché et qui le préparait pour le déjeuner. Elle apporta le petit

soldat dans le salon. Oh ! Surprise, il reconnut les enfants, leurs

jouets, le château de papier et la charmante petite danseuse.

Elle était restée bravement dans la même position, la jambe tendue

en l'air et il en fut tout ému. Il la regarda, elle le regarda aussi,

mais ils ne se dirent pas un mot. Soudain, sans la moindre raison,

le petit garçon le saisit et le jeta au feu.

Le petit soldat de plomb fut envahi d'une chaleur horrible. Il se

sentait fondre peu à peu il perdit sa forme mais il regardait toujours

la petite demoiselle, en tenant fermement son fusil. C'est alors qu'un

courant d'air fit voler la danseuse dans le feu, près du soldat.

En un instant, elle disparut dans les flammes.

Le lendemain matin, quand la servante balaya les cendres de la

cheminée, elle trouva un petit cœur de plomb et une paillette, que

le feu avait rendu noirs comme du charbon.

 

         

PIERRE ET LE LOUP

 

Il était une fois, dans un pays appelé Russie, un petit garçon qui

répondait au nom de Pierre. Il habitait chez son Grand-Papa dans

une jolie maison de bois. Un jour le petit Pierre eut envie de

prendre l'air. Il sortit du jardin de son grand-père, laissant le portail

grand ouvert. Non loin de là, poussait un grand arbre. Pierre y

retrouva son ami le petit oiseau. Comme la clôture était ouverte, le

canard en profita pour sortir lui aussi et aller faire un plongeon dans

la mare. Le petit oiseau vint se poser sur la rive et commença à se

moquer de lui : "Toujours je te vois nager, Canard, lui dit-il, ou bien

encore marcher.

Mais quel genre d'oiseau es-tu si tu ne peux nager ?", lui répondit le

canard. Et ils continuèrent à se chamailler, chacun voulant avoir le

dernier mot.

Non loin de là, se promenait le chat. Tout doucement,

silencieusement, il se glissait entre les hautes herbes. "Oh ! Quel

beau ramage ! Quels jolis gazouillements ! se dit-il en entendant le

petit oiseau. Voilà qui fera, à mon avis, un délicieux déjeuner."

Il s'approchait de plus en plus près. "Attention !", cria Pierre.

L'oiseau eut tout juste le temps de se percher sur la branche. Le

canard, resté au milieu de la mare lançait au chat de grands

coin-coin courroucés. Le chat regardait le petit oiseau en se

demandant : "Cela vaut-il la peine que je me fatigue à grimper dans

l'arbre pour attraper ce satané volatile ? Le temps que j'arrive

là-haut, je parie qu'il aura déjà pris son envol." C'est alors que le

grand-père sortit de la maison. "Pierre ! cria-t-il en colère, je t'ai

pourtant demander de ne pas quitter le jardin.

Et si le loup venait à se montrer ? Allons reviens immédiatement

à la maison." Pierre trouvait qu'il était bien assez grand pour aller

s'amuser où il voulait, et il n'avait plus peur des loups depuis

longtemps. Mais son grand-père le prit vivement par la main et

l'entraîna vers la maison, après avoir soigneusement refermé la

clôture du jardin. Bien l'en avait pris, car un instant plus tard, un

grand loup noir sortit des bois. Effrayé, le chat bondit sur l'arbre.

Mais le pauvre canard s'élança bien imprudemment hors de la

mare en caquetant. Et le loup qui l'avait vu était bien décidé à

l'attraper. "Miam ! Miam ! se disait-il en courant après, je vais

me régaler." Et le canard épouvanté sentait le loup se rapprocher,

se rapprocher encore... Il était là, tout près, il allait l' avaler... Et

il n'en fit qu'une bouchée !

Après ce petit hors-d'oeuvre, le loup avait encore faim. Il fit

quelques pas et se mit à roder autour de l'arbre. D'un côté, il y

voyait le chat, toujours perché, qui tremblait de tous ses

membres ; et de l'autre,le plus loin possible du chat, était posé

le petit oiseau, immobile sur sa branche. A travers la clôture du

jardin, Pierre observait attentivement la scène. Il n'avait pas peur

du tout. Un grand mur entourait le jardin, et l'arbre se trouvait juste

de l'autre côté. l'une de ses branches passait par-dessus le mur.

Pierre eut alors une idée. S'accrochant à la branche, il monta dans

l'arbre et rejoignit le petit oiseau.

"Écoute-moi bien, lui dit-il. Tu dois suivre exactement mes

indications. Tu vas voler au-dessus de la tête du loup, en tournoyant

dans les airs comme tu sais si bien le faire. Et il ne faudra pas

t'éloigner de l'arbre. Mais attention ! Surtout, prends bien garde à ce

qu'il ne t'attrape ! C'est bien compris ?

- Mais oui", répondit l'oiseau. Pierre redescendit et sauta dans le

jardin. Il courut à la maison chercher une grosse corde et fabriqua

un lasso.

Pendant ce temps le petit oiseau voletait juste au-dessus des crocs

menaçants. Comme il énervait le loup ! Et comme le loup avait

envie de le manger ! Pierre, remonté dans l'arbre, fit tournoyer son

lasso au-dessus de sa tête, visa la gueule du loup et le lança le plus

adroitement qu'il put. Et comme par magie, le nœud coulant se

glissa du premier coup autour du cou de l'animal. Vite, Pierre tira

sur la corde pour serrer le nœud coulant et attacha l'autre extrémité

à une branche.

Le loup était pris au piège ! A ce moment, Pierre vit arriver trois

chasseurs qui sortaient de la forêt, sur la piste du loup. Cela faisait 

des jours et des jours qu'ils suivaient la trace de la bête.

"Ne tirez pas ! leur cria-t-il. J'ai attrapé le loup !

Maintenant aidez-moi plutôt à l'emmener au zoo !" Et l'on vit ainsi

défiler, parcourant fièrement le chemin qui menait au jardin

zoologique de la grande ville voisine, le petit Pierre, suivi des trois

chasseurs ; derrière eux marchait le grand-père accompagné du

chat.

Au-dessus de leur tête, l'oiseau sifflotait joyeusement une mélodie

qui disait : "Vous avez vu, vous avez vu ? Pierre et moi, nous

'avons eu !" Quant au grand-père, il faisait la moue et bougonnait dans sa

barbe :

"Tout cela est bien beau, mais si Pierre n'avait pas réussi à attraper

le loup, qui sait ce qui serai arrivé ?"

Et, en tendant l'oreille, on pouvait entendre une petite voix étouffée

qui disait : "Sortez-moi de là ! Sortez-moi de là ! C'était, tout au

fond du ventre du loup, le canard qui cancanait en gesticulant.

Car le loup était si pressé qu'il l'avait avalé tout vivant !

Heureusement, une fois arrivée au zoo, on parvint à faire rendre

gorge au loup et à sauver d'une mort affreuse le malheureux

petit canard.

 

         

LA CHEVRE DE MONSIEUR SEGUIN

 

Il était une fois, un vieil homme qui n'avait jamais connu de bonheur

avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau

matin elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne et,

là-haut, le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la

peur du loup ne les retenaient.

Or, un jour, le vieux Monsieur Seguin, il s'appelait ainsi, après avoir

perdu six chèvres de la même manière, décida d'en acheter une

septième qu'il appela Blanquette.

Il fallait voir comme elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche

de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et

ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande.

Également docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans

mettre son pied dans l'écuelle.

Monsieur Seguin était heureux car la jeune chevrette ne s'ennuyait

pas. Jusqu'au jour où elle se dit, en regardant la montagne :

"Comme on doit se sentir bien là-haut ! Quel plaisir de gambader

dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !

C'est bon pour l'âne ou le bœuf de brouter dans un enclos !

Aux chèvres, il leur faut du large." A partir de ce moment, l'herbe

du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit

rare. C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête

tournée du côté de la montagne en faisant : "Bêêh!!!" tristement.

Un matin, comme Monsieur Seguin achevait de la traire, la chèvre

se retourna et lui dit dans son patois :

"Je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.

- Ah ! Mon Dieu, elle aussi, s'écria le vieil homme stupéfait,

comment, Blanquette, tu veux me quitter ?

- Oui, Monsieur Seguin.

- Est-ce-que l'herbe te manque ici ? Es-tu attachée trop court ?

Veux-tu que j'allonge la corde ?

- Ce n'est pas la peine Monsieur Seguin. Je veux aller dans la

montagne.

- Mais malheureuse ! Tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la

montagne ? Que feras-tu quand il viendra ?

Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques

plus encornées que toi. Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude,

qui était ici l'an dernier ? Une maîtresse chèvre, méchante et

forte comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit,

puis le matin, le loup l'a mangée.

- Peuchère ! Pauvre Renaude ! Ca ne fait rien, Monsieur Seguin,

laissez-moi aller dans la montagne."

Mais le vieil homme, craignant pour sa chèvre, l'installa dans une

étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour.

Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos

tourné que Blanquette se sauva...

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un

ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu

d'aussi joli. On la reçu comme une reine. Les châtaigniers se

baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches.

Toute la montagne lui fit fête. Et Blanquette, à moitié soûle, se

vautrait dans l'herbe verte, les jambes en l'air et roulait le long des

talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes. De

se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que

le monde...

En peu de temps, le vent fraîchit. La montagne devint violette. Le

soir était là. "Déjà !" dit la petite chèvre, et elle s'arrêta fort

étonnée.

En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de Monsieur

Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne

voyait plus que le toit et un filet de fumée. Elle écoutait les

clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme triste...

Puis, tout à coup, un hurlement dans la montagne se fit entendre :

"HOOUUU !!!       HOOUUU !!!"

Elle pensa au loup. De tout le jour, la follette n'y avait pas songé...

Au même moment, une trompe sonna bien loin dans la vallée.

C'était ce bon Monsieur Seguin qui tentait une dernière fois de la

rappeler.

"HOOUUU !!!       HOOUUU !!!"

faisait le loup.

- Reviens ! reviens !"criait la trompe.

Blanquette eut envie de rentrer. Toutefois se rappelant le pieu, la

corde, la haie du clos, elle pensa qu'elle ne pourrait plus se faire à

cette vie, et qu'il valait mieux rester. La trompe se tut...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna

et vit dans l'ombre deux courtes oreilles, dressées en pointe et deux

yeux luisant dans l'obscurité... C'était le loup. Gigantesque,

immobile, assis sur ses pattes arrière, il était là, regardant la petite

chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien

qu'il finirait par la manger, le loup ne se pressait pas. Seulement

quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

"Ah, ah ! Petite chèvre de Monsieur Seguin", et il passa sa grosse

langue rouge sur ses sombres et larges babines.

Blanquette se sentit perdue. Puis, songeant à la vieille Renaude qui

s'était battue toute la nuit pour être dévorée au matin, elle se dit

qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout se suite.

Mais elle se ravisa aussitôt. Elle tomba en garde, la tête basse et

la corne en avant, comme une brave chèvre de Monsieur Seguin

qu'elle était.

Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup -les chèvres ne tuent pas

les loups- mais seulement pour voir si elle pouvait lutter aussi

longtemps que la Renaude... Alors, le monstre s'avança, et les

petites cornes entrèrent en danse. Ah ! La brave chevrette,

comme elle y allait de bon cœur ! Plus de dix fois elle força le

loup à reculer pour haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la

gourmande cueillait alors, à la hâte, un brin de cette bonne herbe.

Puis, elle retournait au combat, la bouche pleine...

La bataille dura toute la nuit. De temps en temps, Blanquette

regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait :

"Oh ! Pourvu que je résiste jusqu'à l'aube !..."

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla

de coups de cornes, le loup augmenta ses coups de dents...

Une lueur pâle parut à l'horizon. Le chant d'un coq enroué monta

d'un poulailler. "Enfin !" dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que

le jour pour mourir, s'allongea alors par terre dans sa belle fourrure

blanche toute tachée de sang...

Aussitôt, le loup se jeta sur la petite chèvre et la dévora.

 

         

LE PRINCE CRAPAUD

 

Il était une fois un roi dont les filles étaient toutes d'une grande

beauté. Mais la plus jeune était si belle que le soleil, qui a

pourtant vu tant de choses, s'émerveillait chaque fois qu'il lui

éclairait le visage.

Tout près du château du roi, s'étendait une sombre forêt. Là,

sous un vieux tilleul, coulait une fontaine. Quand il faisait très

chaud, la princesse allait s'asseoir au bord de la fontaine.

Pour se distraire, elle lançait en l'air, puis rattrapait dans ses

mains une boule d'or. C'était son jeu préféré.

Il arriva qu'un jour, la boule d'or rebondit et tomba dans l'eau de

la fontaine. La fille du roi se mit à pleurer. Entre deux sanglots, elle

entendit une voix : "Mais qu'as-tu donc, jolie princesse, à pousser

des cris à fendre une pierre ?"

La jeune fille aperçut un crapaud dont la vilaine tête sortait de l'eau.

"Ah ! C'est toi, vieux barboteur ! dit-elle. Ma boule d'or est tombée

dans l'eau !"

- Ne pleure plus, dit le crapaud. Je peux y remédier. Mais que me

donneras-tu si je te rapporte ton jouet ?

- Tout ce que tu voudras, cher crapaud ! Mes robes, mes perles,

mes bijoux... même ma couronne d'or.

Le crapaud répondit : "Je n'ai pas envie de tes robes, de tes perles,

de tes bijoux ou de ta couronne d'or. Donne-moi seulement ton

affection. Accepte-moi comme compagnon de jeux. J'aimerai

m'asseoir à côté de toi à table, manger dans ton assiette d'or, boire

dans ton verre et dormir dans ton petit lit. Si tu me promets tout

cela, je plonge et je te rapporte ta boule d'or.

- Je te promets tout ce que tu veux. Va vite la chercher."

Mais elle pensait : "Ce pauvre crapaud a perdu la tête. Lui qui passe

tout son temps dans l'eau à coasser avec les autres crapauds,

comment pourrait-il tenir compagnie à une princesse comme moi ?

Il doit être très ennuyeux."

Fort de cette promesse, le crapaud plongea et réapparut à la

surface de l'eau, tenant dans sa gueule la boule d'or qu'il lança

dans l'herbe.

La princesse, toute joyeuse de retrouver son jouet, le ramassa et

s'en fut en courant. "Attends-moi ! cria le crapaud.

Je ne peux pas courir aussi vite que toi !

Mais la princesse ne prêtait aucune attention à ses cris. Elle rentra

au palais de son père et oublia le crapaud.

Le lendemain, comme elle était à table avec le roi et ses courtisans,

voici que...floc-floc...flic-flac...quelque chose montait le grand

escalier de marbre. Arrivée en haut, la chose frappa à la porte et

cria : "Fille du roi, la cadette, ouvre-moi !"

La princesse courut voir qui était dehors. Quand elle ouvrit la porte,

elle vit le crapaud. Elle claqua vivement la porte et reprit sa place à

table en tremblant. Le roi s'aperçut que le cœur de sa fille battait à

tout rompre. Il lui demanda : "Mon enfant, de quoi as-tu peur ?

Y aurait-il derrière la porte quelque géant qui voudrait t'enlever ?"

- Non, mon père, répondit la princesse. Ce n'est pas un géant, mais

un affreux crapaud.

- Que te veut-il donc ? demanda le roi très étonné.

- Hélas, mon père ! gémit la princesse. Je suis allée hier jouer dans

la forêt au bord de la fontaine. Ma boule d'or est tombée dans l'eau.

Je pleurais tellement que ce crapaud a plongé pour me la rapporter

en me faisant promettre de l'accepter comme compagnon de jeu.

Mais je n'aurais jamais imaginé qu'il quitterait la fontaine.

Et maintenant, il est là, derrière la porte et il veut entrer. Ils

entendirent, en effet frapper pour la seconde fois.

Et la voix du crapaud appela : "Fille du roi, la cadette, ouvre-moi !

As-tu déjà oublié la promesse donnée ?"

Le roi dit avec fermeté : " Ma fille, tu dois tenir ce que tu as promis.

Fais entrer ce crapaud". La princesse alla ouvrir la porte.

La crapaud la suivit jusqu'à la table et lui dit : "Prends-moi pour que

je puisse m'asseoir à côté de toi". La princesse hésitait :

"Fais ce que dit ce crapaud ! cria son père".

A peine le crapaud fut-il sur sa chaise qu'il sauta sur la table.

"Approche ta petite assiette d'or et mangeons ensemble ! "

La princesse s'exécuta, mais bien à contre-cœur.

Le crapaud se régala, tandis que la princesse pouvait à peine avaler

une bouchée.

J'ai tellement bien dîné que je me sens un peu fatigué, dit le

crapaud.

Emporte-moi dans ta chambrette, prépare-nous ton petit lit de soie.

Il est temps d'aller nous coucher". La princesse se mit à pleurer. Elle

avait peur de ce vilain crapaud froid qu'elle osait à peine toucher, et

qui voulait dormir avec elle dans son beau petit lit bien propre et bien

douillet.

Mais le roi se mit en colère : "Ma fille, on ne doit pas jamais

mépriser celui qui vous a aidé dans le malheur".

Alors, elle prit le crapaud entre deux doigts, le monta dans sa chambre

et le posa dans un coin.

A peine la princesse était-elle couchée, que le crapaud se glissa

vers elle et lui dit : "Je veux dormir tout contre toi. Prends-moi dans ton

lit, sinon je le dirai à ton père".

Rouge de colère, la princesse le saisit et le jeta de toutes ses forces

contre le mur. "Voilà pour toi, vilain crapaud ! "Mais, ô stupeur !

quand il retomba, ce n'était plus un crapaud, mais un beau prince aux

doux yeux pleins de tendresse. Il lui révéla qu'il avait été ensorcelé par

une terrible sorcière et que, seule la princesse avait le pouvoir de le

libérer de ce maléfice. Celle-ci en tomba immédiatement amoureuse.

Avec l'accord du roi, le prince épousa la princesse et lui promit de

l'emmener dès le lendemain dans son royaume.

 

         

LE VAILLANT PETIT TAILLEUR

 

Par un beau matin d'été, un petit tailleur cousait à sa fenêtre.

Une vieille dame vint à passer. "Bonne crème ! Achetez ma

bonne crème !", criait-elle. Il lui fit signe : "Par ici, avec moi tu

vas gagner de l'argent. Donne-m'en ...deux cuillerées."

La vendeuse, qui croyait à une grosse affaire, repartit bien déçue.

Le tailleur se fit une tartine de crème et la posa sur sa table.

"Je la mangerai quand j'aurai terminé ce pourpoint", se dit-il.

Lorsqu'il voulu manger sa tartine, il s'aperçut qu'une nuée de

mouches avaient déjà commencé à se régaler. Il attrapa un

torchon, frappa un grand coup, et compta sept mouches mortes.

"Sept d'un coup ! Comme je suis fort ! se dit-il. Il faut que toute

la ville le sache, et même le monde entier."

Aussitôt, il s'appliqua à broder sur une ceinture, avec des fils de

soie, les mots "sept d'un coup", et il l'enfila autour de sa taille.

Puis il s'en alla, n'emportant qu'un morceau de fromage et son

petit oiseau apprivoisé.

Arrivé dans la forêt, il rencontra un géant. Voyant ce qui était écrit

sur sa ceinture, le géant crut qu'il avait assommé sept hommes à

la fois. "Tu dois être très fort, dit le géant, mais je parie que tu n'es

pas capable de faire ceci."

Le géant, prenant un caillou, le pressa tellement fort que des

gouttes d'eau en sortirent. "Facile !", dit le tailleur. Il sortit son

fromage, le serra dans sa main, et du jus coula. Le géant, très

étonné, lui dit :

"Félicitations. Maintenant, voyons si tu peux lancer une pierre aussi

loin que moi." Le tailleur répondit en riant :Je peux lancer cette

pierre tellement loin qu'elle ne retombera pas. Regarde."

Et il lança le petit oiseau qui était dans sa poche.

"Bravo, dit le géant, je t'invite dans ma caverne, tu l'as bien mérité.

Si tu veux, tu pourras y dormir." Mais à la nuit tombée, le géant

s'empara d'une barre de fer et chercha le petit tailleur dans le noir,

décidé à le tuer. L'apercevant, le petit tailleur, terrorisé, prit ses

jambes à son cou et se jura de ne plus jamais revenir. Il marcha

longtemps, et finit par s'endormir dans le jardin d'un palais.

Grâce à ce qui était écrit sur sa ceinture, on le prit pour un grand

guerrier, et on lui proposa d'entrer au service du roi. "C'est pour

cela que je suis venu", répondit-il. On l'engagea. Mais les autres

serviteurs, croyant qu'il pouvait tuer sept hommes d'un seul coup,

eurent tellement peur de lui qu'ils abandonnèrent le roi.

Regrettant d'avoir engagé le petit tailleur, le roi chercha alors à

s'en débarrasser. "Toi qui es le plus fort, lui dit-il, va donc tuer les

deux géants qui font trembler mon peuple. Je te donnerai ma fille

en mariage, et la moitié de mon royaume."

Le tailleur trouva les géants endormis dans l'herbe. Il monta dans

un arbre, et jeta des cailloux sur l'un d'eux. "Hé ! fit celui-ci à son

compère. Arrête de m'embêter.

- Je ne t'ai rien fait, laisse-moi dormir, répondit l'autre géant.

- Ca ne peut être que toi. Si tu continues, tu auras affaire à moi."

Ils commencèrent à se disputer, tant et si bien qu'ils finirent par

se lancer des arbres à la figure, et se tuèrent tous les deux. Le

petit tailleur, plein de fierté, retourna auprès du roi. Revenant sur

sa promesse, celui-ci lui dit : "Maintenant, va tuer la licorne qui

sévit dans les parages."

Dans les bois, la licorne, découvrant le petit tailleur, se mit à le

poursuivre. Au moment où elle allait le rattraper, il bondit derrière

un arbre. Dans son élan, elle planta sa corne dans le tronc de

l'arbre. Comme elle ne pouvait plus bouger, le petit tailleur n'eut

plus qu'à l'achever à coups de hache. Le roi, non content de cet

exploit, dit encore au tailleur : "Si tu abats le gros sanglier qui

dévaste mes terres, cette fois tu auras ce que je t'ai promis."

Aussitôt le petit tailleur s'en fut dans les bois à la recherche du

sanglier. Mais c'est l'animal qui le trouva, et le tailleur dut courir

à toutes jambes, le sanglier sur ses talons. Heureusement, une

chapelle se trouvait sur son chemin. Il y entra, sortit par une

fenêtre et alla vite refermer la porte, emprisonnant le sanglier.

Le roi ne trouvait plus aucun moyen d'échapper à sa promesse.

Il donna donc sa fille en mariage et la moitié de son royaume.

C'est ainsi que le petit tailleur devint roi.

Mais celui-ci parlait dans son sommeil. Une nuit, sa femme

l'entendit marmonner : "Rapièce-moi cette culotte et recouds-

moi ce pourpoint en vitesse !" Elle alla répéter ces étranges

paroles à son père. "Ma fille, lui dit le roi, ton mari n'est qu'un

pauvre tailleur ! J'ai une idée : cette nuit, laisse ouverte la

porte de ta chambre. Des hommes se cacheront derrière, et

ils te débarrasseront de ce maman." L'écuyer du nouveau roi

avait tout entendu, et lui raconta ce qui se tramait contre lui.

La nuit suivante, il fit semblant de s'endormir. Entendant du

bruit derrière la porte, il dit à haute voix : "J'en ai abattu sept

d'un coup, j'ai tué deux géants, une licorne, et un sanglier, et

j'aurais peur de ceux qui sont derrière cette porte ?"

A ces mots, les hommes qui se préparaient à le tuer s'enfuirent,

terrorisés.

Depuis ce temps-là, plus personne n'osa s'en prendre au rusé

petit tailleur. Il put enfin mener une vie tranquille auprès de son

épouse, finalement très fière d'avoir un mari si malin. Il garda la

couronne jusqu'à la fin de ses jours.

 

         

MERLIN L'ENCHANTEUR

 

Il était une fois, une douce jeune fille qui vivait en Bretagne.

Elle était orpheline et menait une vie tranquille. Or, un jour, elle

tomba enceinte par l'opération de l'esprit du Malin. Lorsque

l'enfant naquit, un miracle se produisit. Car dès sa venue au

monde, il parlait le plus beau des langages ! Ce bébé prodige fut

baptisé Merlin.

Des années passèrent. Et au fur et à mesure que l'enfant

grandissait, ses dons particuliers se révélaient.

En effet, Merlin savait lire dans les pensées et possédait le pouvoir

de se métamorphoser pour revêtir les apparences les plus diverses.

Un jour mourut Uter-Pendragon, le souverain du royaume de

Bretagne.

Les Barons demandèrent à Merlin de désigner celui qui devait

succéder au roi.

"Attendons Noël", leur répondit l'Enchanteur. La veille de cette fête

majestueuse, tous les barons du royaume de Logres se réunirent et

parmi eux, Arthur qui devait bientôt être sacré chevalier de la Table

ronde.

Or en sortant de la messe, la foule poussa des : "Oh !" et des "Ah !"

Une grande pierre taillée, si gigantesque que personne n'aurait pu

la porter, était apparue au milieu de la place.

Au sommet, sous une épée magnifique enfoncée dans le roc jusqu'à

la garde, était écrit : "Celui qui ôtera cette épée de ce roc sera le roi

choisi par Jésus-Christ".

Immédiatement tous les nobles barons voulurent tenter leur chance,

espérant chacun être élu. Mais aucun ne parvint à faire bouger

l'épée. Tous firent des efforts surhumains, tirèrent à deux mains,

bloquèrent leur respiration, transpirèrent et rougirent sous la

tension.

Mais en vain. L'épée restait scellée dans la pierre et la foule

commença par se disperser, déçue de ne pas avoir trouvé son roi.

C'est alors que Merlin s'approcha d'Arthur, encore jeune adolescent,

qui regardait la scène sans avoir osé, à aucun moment, toucher

l'épée.

"Va chercher mon épée chez moi, lui demanda-t-il.

- Volontiers", répondit l'adolescent. Arthur sauta à cheval et fonça

vers le logis. Hélas ! il ne put trouver l'épée de l'Enchanteur ni

aucune autre et, contrarié, il revint en passant devant le rocher

merveilleux.

Tout à coup prenant son courage à deux mains, il s'approcha de la

pierre, saisit l'épée d'une main et la retira sans effort.

Aussitôt le rocher magique disparut comme par enchantement, et le

peuple en délire acclama son nouveau roi.

Quelque temps après le sacre du roi Arthur, Merlin l'enchanteur se

promenait en forêt de Brocéliande. Alors qu'il chevauchait et

admirait ces bois légendaires, qu'il se complaisait à la vue des

biches, des cerfs et des daims, il arriva près d'une fontaine où

une toute jeune fille était assise près de l'eau claire et pure.

Elle était si belle et si aimable que Merlin, pour la séduire,

décida de lui enseigner quelques enchantements.

Il lui apprit alors maintes choses que l'on a peine à imaginer,

comme transporter un château d'un lieu à un autre, marcher sur

l'eau sans s'enfoncer ni se mouiller, faire naître une source claire

et fraîche en un lieu les plus chauds et des désertiques.

Je vous promets de vous aimer si vous m'apprenez quelque autre

enchantement", avoua Viviane, la belle demoiselle.

Merlin prit alors une baguette magique.

D'une main il dessina un cercle, et dans l'instant, on vit sortir de la

forêt une foule de dames, de chevaliers, d'écuyers, comme si celle-

ci avait été habitée. Apparut alors un splendide château entouré

d'un magnifique jardin tout empli de fleurs à la senteur exquise.

Tout était féerique et tous se tenaient par la main, chantant et

dansant avec une grâce délicate.

Mais le castel, qui était invisible pour tout autre que Merlin et

Viviane, disparut dans les eaux limpides du lac aussi vite qu'il était

apparu.

Alors Viviane demanda, du ton le plus enjôleur :

"Bel ami, comment pourrais-je retenir auprès de moi un homme,

sans avoir besoin de cachot, de murs et de chaînes, de telle sorte

qu'il reste à jamais mon captif et qu'il ne puisse s'en aller sans mon

consentement ?"

A ces mots, Merlin baissa la tête en soupirant car il devinait le fond

de sa pensée.

"Je sais bien qui vous voulez enfermer à jamais. C'est moi et c'est

bien cruel à vous. Hélas ! Mon amour pour vous est si fort que je dois

satisfaire votre désir et me plier à votre volonté". Et Merlin lui

enseigna tous les enchantements qu'il connaissait.

Quelques années plus tard, un manant entra dans la forêt de

Brocéliande.

Tout à coup, il entendit une voix lointaine qu'il l'appelait, en même

temps qu'il vit devant lui une sorte de vapeur translucide, aérienne,

mais qui empêchait tout de même son cheval de passer :

"Hélas ! Brave paysan, disait la voix, va prévenir le roi Arthur que

Merlin l'Enchanteur est prisonnier à jamais d'un cachot de brume

dans lequel l'a enfermé Viviane, la belle jeune fille du lac.

Conte-lui ce qui m'est arrivé : un jour que je m'étais endormi dans

la forêt, Viviane s'approcha de moi et, fit un cercle magique autour

du buisson où je sommeillais.

A mon réveil, je me trouvais sur un lit magnifique, dans la plus belle

chambre qui ait jamais existé, mais aussi la plus fermée qui puisse

être...

Plus jamais le roi Arthur ne me reverra. Je suis prisonnier pour

l'éternité. Allez ! et que Dieu garda le roi et le royaume de Logres

et tous ses barons comme les meilleurs qui furent jamais."

Telles furent les dernières paroles de Merlin l'Enchanteur et

jamais plus on ne le revit.

 

         

SIMBAD LE MARIN

 

Tout le monde m'appelle Simbad le Marin, parce que j'ai passé

presque toute ma vie en mer. Je vais vous raconter ma longue

histoire. A sa mort, mon père me laissa une immense fortune...

mais bientôt, tous mes biens s'envolèrent en fêtes et en dépenses

inconsidérées. Vivre pauvre, plutôt mourir ! Je vendis le peu qui

me restait et je m'embarquai pour les Indes avec d'autres

marchands. Une énorme tempête se leva, nous détourna de notre

route. Notre navire échoua sur une île déserte d'une grande beauté,

un véritable paradis.

Nous allâmes chacun de notre côté explorer cette île merveilleuse.

Épuisé de faim et de fatigue, je m'endormis au pied d'un grand

arbre.

A mon réveil, je cherchai vainement mes compagnons de voyage,

je les appelai à pleine voix. Seuls le bruit du vent et le chant des

oiseaux me répondirent.

Je courus à la critique où notre navire avait mouillé. Et je vis à

l'horizon un point minuscule. Notre navire était déjà loin ; j'étais

abandonné sur l'île ! je grimpai tout en haut d'un grand arbre

dans l'espoir de découvrir un village. Rien aux alentours, sauf

une sorte de monticule blanc de la forme d'une grosse boule.

Je me dirigeai vers ce mystérieux objet. Il était lisse comme du

marbre.

"Quel est donc cet objet ? pensai-je. Il n'a pas de porte et a l'air

creux. Si je le perçais avec une grosse pierre ?"

Mais tout à coup le ciel s'obscurcit. je levai la tête. Juste au-dessus

de moi, planait un oiseau monstrueux qui faisait claquer son énorme

bec. Le monstre se précipita vers le sol.

Dans un bruissement d'ailes, il se posa, sans me voir, sur l'objet

blanc. Alors, je compris tout en un instant : cet objet mystérieux était

l'oeuf de l'oiseau !

A bord du navire, les marins m'avaient parlé d'un oiseau

gigantesque, ils l'appelaient l'oiseau Roc et disaient qu'ils se

nourrissaient de serpents.

Cela paraissait incroyable. C'était donc vrai ! "Il faut que je parte à

tout prix de cette île déserte, pensai-je. L'oiseau Roc va m'aider

malgré lui !"

Je défis ma ceinture et la nouai à l'une des pattes de l'oiseau.

J'attachai l'autre extrémité à mon poignet et j'attendis. Peu après,

l'oiseau battit des ailes et s'élança dans le ciel, en m'emportant sans

le savoir !

Je tremblais de peur. Au-dessous de moi, l'île devenait minuscule,

nous planions très haut dans le ciel. Au bout de quelque temps,

l'Oiseau Roc se rapprocha d'une petite masse de terre perdue au

milieu de la mer : c'était une île qui semblait plus grande que celle

que nous avions quittée.

L'Oiseau se posa à terre. Très vite, je dévouai ma ceinture et sautai

sur le sol, sans être vu de l'oiseau.

Il fixait un redoutable serpent qui se tenait à ses pieds, le menaçant

de sa langue fourchue. La lutte entre les deux monstres fut sans

pitié.

A la fin, l'Oiseau Roc terrassa son rival et le mit en pièces.

Puis il s'enfuit dans les airs. Je poussai un cri de joie.

Mais ma tranquillité allait être de courte durée. L'île n'était qu'un

vaste nid de serpents. Toute la vallée résonnait de leurs horribles

sifflements.

"Que vaut-il mieux : être picoré comme un grain de blé par un

oiseau énorme ou avalé comme un moineau par un serpent

monstrueux ?" pensai-je avec désespoir.

Il fallait trouver un refuge pour échapper à ces serpents. Tout près

de moi, je vis une grotte entre deux rochers. Je m'y blottis et attendis

la tombée de la nuit.

J'explorai le fond de ma cachette qu'éclairaient les rayons du soleil.

Mille éclats multicolores m'éblouirent. Je tendis la main pour saisir

les cailloux qui jonchaient le sol : c'étaient des pierres précieuses !

Je restai là, abasourdi, tenant ces trésors dans mes mains.

N'entendant plus le sifflement des serpents, je jetai un coup d'oeil

au-dehors.

Du ciel, tombaient des morceaux de viande, des côtelettes, des

quartiers entiers de bœuf et de mouton. "Tu as perdu la tête mon

pauvre Simbad !" me dis-je, pensant que je faisais un mauvais

rêve.

Bientôt je vis une troupe de grands aigles fondre sur les morceaux

de viande et s'envoler avec leur butin.

"On dirait que quelqu'un a jeté ces morceaux en pâture. Si j'en

profitais pour me faire enlever par un aigle ?" Je sortis prudemment

de ma cachette. Les serpents s'étaient enfuis à l'arrivée des aigles.

Je m'approchai d'un quartier de bœuf, le fixai sur mon dos et me

couchai, le visage contre la terre. J'avais pris la précaution de

remplir mes poches de pierres précieuses trouvées dans la grotte.

Si je survivais, il fallait être riche !

Je sentis bientôt au-dessus de moi un grand bruissement d'ailes.

Une force irrésistible m'emporta dans le ciel. L'aigle qui m'avait saisi

dans ses serres, caché sous le quartier de viande, survola la vallée

et se posa sur un pic rocheux où il avait fait son nid. Je voulus prendre

la fuite, mais j'entendis des cris, en contrebas du nid.

Effrayé par ce bruit, l'aigle s'envola. Je me dressai et regardai

au-dessous du nid. Il y avait un petit groupe d'hommes armés de

bâtons.

"Je suis sain et sauf ! criai-je, en sautant du nid.

- Mais qui es-tu donc ?" demanda le plus âgé des hommes, qui

semblait être leur chef. "Comment es-tu arrivé dans ce nid ?

Es-tu un marchand, comme nous ?"

Je leur racontai toute mon histoire.

"C'est un miracle que tu sois arrivé précisément aujourd'hui.

Car nous ne venons sur cette île qu'une fois tous les trois ans.

Nous avons lancé tous nos morceaux de viande. Et notre cueillette

est terminée.

- Votre cueillette ? demandai-je avec surprise.

-La cueillette des diamants. Cette vallée a des parois si étroites qu'on

ne peut en atteindre le fond, où sont les diamants. Nous avons trouvé

un bon moyen pour les avoir : nous emportons avec nous un

chargement de viande, dont nous jetons les morceaux au fond de la

vallée. Dès que les aigles les voient, ils les emportent dans leurs

nids. Il y a toujours quelques diamants qui restent collés sur la

viande.

Il ne nous reste plus qu'à crier pour effrayer les aigles et à grimper

dans leurs nids pour récupérer les diamants.

Malheureusement, les plus gros diamants sont encore au fond de la

vallée.

A cause de leur poids, ils tombent en plein vol."

"Pour une fois, vous ne serez pas déçus !" leur dis-je, en tirant de

mes poches les diamants que j'avais emportés. Ce soir-là, nous

fîmes une fête inoubliable.

Et dès le lendemain matin, nous prîmes le chemin du retour.

J'aurais pu rester chez moi bien tranquille jusqu'à la fin de mes

jours.

Mais j'avais pris le goût des aventures et des longs voyages.

Je voulais découvrir des pays nouveaux. Je me suis embarquée et

j'ai fait le tour du monde. Mais si vous le voulez bien, je vous

raconterai une autre fois la suite de mes aventures.

 

         

ALI BABA ET LES 40 VOLEURS

 

Ali Baba et Cassin étaient deux frères d'une famille modeste.

Ali Baba vivait avec sa femme dans une toute petite maison.

Il gagnait sa vie en taillant des bûches dans la forêt pour les

vendre au marché.

Cassin, lui avait épousé l'héritière d'un très riche marchand.

Il portait des costumes de soie brodés d'argent, et il était fier

de ses appartements luxueux. Il n'avait jamais songé à partager

son immense fortune, ne serait-ce qu'avec son frère.

Un jour, en fin d'après-midi, Ali Baba, qui avait réuni une bonne

quantité de bois, s'apprêtait à quitter la forêt lorsqu'il aperçut des

cavaliers au galop.

"Seraient-ce des bandits qui viennent par-ici ?" se demanda-t-il.

Il se cacha en haut d'un arbre.

Quarante hommes à méchante figure s'approchaient."

Je n'avais pas tort. Voilà bel et bien des voleurs", se dit Ali Baba,

très impressionné par les gros paquets et les malles énormes

chargés sur des chevaux.

De son arbre, Ali Baba pouvait tout voir et tout entendre. Le

capitaine des voleurs s'approchaient d'une grande porte dissimulée

dans un rocher. Il s'arrêta devant, et dit :

"Sésame, ouvre-toi !".

A peine avait-il prononcé ces mots que la porte s'ouvrit toute

grande. Les trente-neuf autres cavaliers le suivirent à l'intérieur

de la caverne et y cachèrent l'or, l'argent et les marchandises qu'ils

avaient volées. Puis, le capitaine leur ordonna de sortir et dit :

"Sésame, ferme-toi !".

La porte se ferma, et ils repartirent. Quand ils furent éloignés,

Ali Baba, dévoré de curiosité, descendit de l'arbre et s'avançant

vers la caverne, il prononça :

"Sésame, ouvre-toi !", et la porte lui obéit.

Il entra dans la caverne : c'était l'endroit le plus éblouissant qu'il eut

jamais vu. Il découvrit d'abord des tapis brodés et des étoffes

précieuses, puis des vases remplis d'or, d'argent et de bijoux.

Tout débordait de richesses qu'il se dit :

"Ce repaire de voleurs doit servir depuis des siècles !".

Mais il ne voulait pas s'attarder. Il sortit en emportant deux gros

sacs de pièces d'or, ordonna à la porte de refermer, puis rentra

chez lui. Il montra à sa femme sa fabuleuse découverte.

D'abord, celle-ci s'inquiéta.

"D'où viennent toutes ces pièces d'or ? Es-tu devenu un voleur ?

- C'est à des voleurs que je les ai volées", répondit-il. Et lui raconta

son aventure, en lui demandant de bien garder le secret.

Rassurée, elle se demanda quelle quantité d'or il pouvait y avoir

dans les sacs. "Nous devrions peser ces pièces, lui dit-elle.

- C'est inutile, répondit Ali Baba, enterrons-les dans le jardin au plus

vite.

- Quel dommage ! dit sa femme. J'aurais tant voulu savoir !". Elle le

supplia tellement qu'il céda : "Bien, lui dit-il. J'attendrai que tu aies

pesé l'or pour l'enterrer." Il fallait emprunter une balance.

Elle se rendit chez Cassin, le frère d'Ali Baba qui habitait à deux

pas.  La femme de Cassin accepta tout de suite de lui prêter sa

balance.

Mais elle était très curieuse, et se demandait quelle sorte de grain

ce pauvre Ali Baba et sa femme voulaient peser. Pour satisfaire

sa curiosité, elle déposa un peu de suif sous la balance, afin

qu'un ou deux grains y restent collés.

Puis elle confia la balance à la femme d'Ali Baba.

Une fois l'or pesé, la balance fut rendue à la femme de Cassim.

Celle-ci l'examina, et vit qu'au lieu de grain, une pièce d'or était

collée sous la balance ! Elle courut voir son mari :

"Cassim, lui dit-elle, tu ne devineras jamais quelle sorte de grain

ton frère met en réserve en ce moment. Une drôle de sorte, en

vérité : de l'or ! Ton frère a tellement d'or qu'il ne compte plus ses

pièces, il préfère les peser !" Cassim n'en croyait pas ses oreilles.

Il se rendit immédiatement chez Ali Baba.

"Ma femme a trouvé une pièce d'or sous la balance qu'elle t'a

prêtée. Doù te vient tout cet or, toi qui n'en a jamais eu ?" Ali Baba,

comprenant qu'il était découvert, se résolu à confier le secret à son

frère. "Dis-moi vite où se trouve cette caverne", répondit Cassim.

Et Ali Baba lui en indiqua le chemin.

Le lendemain, Cassim se leva avant le jour. Il traversa la forêt, et

arriva près de la caverne, il prononça la formule magique que son

frère lui avait donnée, puis entra. Ali Baba ne lui avait pas raconté à

quel point sa découverte était prodigieuse. A la vue de tous ces

trésors, Cassim se mit à courir en tous ses sens, à sauter et à rire

tout seul. Il visita longuement tous les recoins de la caverne. Puis il

se dit que le moment était venu d'emporter ce qu'il voulait et de

rentrer chez lui. Il s'empara de quatre sacs de pièces d'or et se

dirigea vers la porte. Celle-ci, comme à l'accoutumée, s'était

refermée derrière le visiteur, et il fallait à nouveau prononcer la

phrase magique. "Maïs, ouvre-toi !" dit Cassim. Ce n'était pas la

bonne formule. Il avait du mal à se souvenir.

"Voyons... Blé, ouvre-toi !". la porte ne s'ouvrait toujours pas.

"Orge, ouvre-toi !" Toujours rien. Il énuméra ainsi plusieurs noms

de céréales. Il essayait encore de se rappeler le bon mot, quand

il entendit approcher des cavaliers.

C'étaient les quarante voleurs, qui venaient entreposer un nouveau

butin.

"Sésame, ouvre-toi ! " dit le capitaine. La porte s'ouvrit,

découvrant Cassim, épouvanté. "Ce gredin a réussi à entrer ! cria

le capitaine. Emparez-vous de lui !" Ils se jetèrent sur Cassim et le

tuèrent sur-le-champ. Ils le coupèrent en quatre morceaux, puis

disposèrent les morceaux de chaque côté de l'entrée de la caverne.

A la vue de ce spectacle effrayant, pensaient-ils, personne n'oserait

plus entrer ici. Une fois leur sanglante besogne accomplie, ils

repartirent.

La femme de Cassim, ne voyant pas son mari revenir, alla prévenir

Ali Baba. Celui-ci se rendit à la caverne des voleurs, et ne tarda pas

à découvrir ce qu'il restait de son pauvre frère.

Lorsqu'elle apprit sa mort, l'épouse de Cassim pleura beaucoup.

Ali Baba lui proposa de la prendre comme seconde épouse. C'était

en effet, chose ordinaire, dans ce pays, que d'avoir deux ou plusieurs

femmes. Elle accepta, et Ali Baba vécut ainsi heureux avec ses deux

épouses.

Ils gardèrent toujours le secret, et vécurent raisonnablement,

allant se réapprovisionner à la caverne de temps à autre.

 

         

L'OISEAU BLEU

 

Il était une fois, un roi qui ayant perdu sa femme, se remaria avec

une veuve éplorée. Ce roi avait une fille, Florine, fraiche et douce.

La nouvelle reine avait, elle aussi, une fille surnommée Truitonne,

qui était très sale et très méchante.

La reine et sa fille, jalouses de Florine, la détestaient. Un jour, un

prince étranger, appelé Charmant, arriva au château. La reine

décida qu'il épouserait sa fille. Mais quand le jeune homme

aperçut Florine, c'est d'elle qu'il tomba amoureux.

Furieuse, la reine fit enfermer sa belle fille dans une tour.

Puis, elle imagina une ruse pour tromper le prince Charmant :

une dame du palais ferait savoir au prince que le soir même

Florine serait à une fenêtre qui donnait sur le jardin et que par-là

elle pourrait lui parler.

Quand la nuit fut venue, Charmant ne vit pas qu'il déclarait amour

et fidélité à l'affreuse Truitonne. Il lui proposa de l'emmener loin

du château pour l'épouser. Truitonne, qui s'était couvert la tête

d'un voile noir, conduisait le prince chez sa marraine la méchante

fée Soussio qui lui dit : "Prince Charmant, voici la princesse

Truitonne : elle est ma filleule et je souhaite que vous l'épousiez".

Quand le prince comprit qu'on s'était moqué de lui, il voulut s'enfuir,

mais la fée le toucha de sa baguette magique et ses pieds se

collèrent au parquet. Il s'écria :

"Quand bien même vous m'écorcheriez vif, je ne serai point à une

autre qu'à Florine."

Soussio et Truitonne essayèrent de le persuader, mais rien n'y fit.

Alors, furieuse, la fée changea le prince en oiseau bleu pour sept

ans. Le prince se voyant ainsi transformé en oiseau le corps tout

couvert de plumes bleues, pousse un cri de détresse et s'envola.

Pendant ce temps, Florine , qui croyait que le prince avait épousé

Truitonne, pleurait amèrement. Mais un jour, l'Oiseau bleu vint se

percher sur un cyprès face à la fenêtre de la tour et se fit

reconnaître.

Chaque nuit Florine et l'Oiseau bleu se retrouvèrent pour se parler

et se consoler. Le prince lui rapportait même des bijoux de son

palais.

Mais un soir, la reine, qui avait repéré le manège, fit attacher en

secret des rasoirs aux arbres qui bordaient le château. La nuit

venue, lorsque l'oiseau voulut se poser, il se coupa les ailes et les

pattes.

Persuadé que Florine l'avait trahi pour se réconcilier avec la reine, le

prince parvint à se traîner, mourant jusqu'à son nid. Par bonheur,

l'enchanteur, que Florine avait envoyé à sa recherche, l'aperçut, le

soigna et l'emporta chez lui.

Florine désespérée par la disparition de son prince, répétait sans

cesse : Oiseau Bleu, couleur du temps, vole à moi promptement.

Pendant ce temps, la reine et sa fille savouraient leur vengeance.

Un jour, le père de Florine mourut. Le peuple réclama la princesse

et assaillit le château. Truitonne réussit à s'enfuir chez Soussio. La

reine fut assommée, et Florine, délivrée fut couronnée, à sa place.

Mais elle ne pensait qu'à retrouver le prince Charmant.

Une nuit, elle prit ses bracelets d'émeraude et partit secrètement à

sa recherche.

Pendant ce temps, l'Enchanteur était allé trouver la fée Soussio qui

lui dit : "L'Oiseau bleu ne redeviendra le prince Charmant que s'il

épouse Truitonne".

L'enchanteur parvint à convaincre le prince d'accepter car il devait

rentrer au royaume qui était menacé par des comploteurs. Le prince

Charmant retrouva son corps, mais il frémissait d'horreur à l'idée

d'épouser l'affreuse Truitonne. Cependant la nouvelle reine Florine,

déguisée en paysanne, parvint un soir aux portes du château du

prince Charmant. Là, elle apprit que le prince, redevenu humain,

devait se marier avec Truitonne le lendemain. Se croyant trahie

par celui qu'elle aimait, elle pensa mourir.

Mais elle décida plutôt de rencontrer sa rivale. "Regardez, Madame,

ces bracelets d'émeraude. Si vous m'autorisez à dormir cette nuit

au palais, dans le cabinet des Echos, je vous les donnerai."

Truitonne, ravie de l'aubaine, accepta.

Elle ne savait pas que le cabinet des Echos était construit sous la

chambre du prince et que tout ce qui s'y disait était entendu du

prince lorsqu'il était dans son lit. Comme Florine voulait reprocher

au prince son infidélité, elle avait eu l'idée de dormir dans cette

pièce dont il lui avait parlé un jour. La nuit venue, Florine se

lamenta : "A combien de dangers me suis-je exposée pour le

chercher, pendant que tu me fuis et que tu veux épouser Truitonne.

Que t'ai-je donc fait cruel, pour oublier tes serments ?

Ne te souviens-tu donc pas de nos tendres conversations ?" Le

prince, qui ne dormait pas, entendit ces mots comme dans un rêve

et se mit à parler à son tour : "Ah ! Princesse trop cruelle pour un

amant qui vous adorait ! Est-il possible que vous m'ayez sacrifié

à nos ennemis ?" Pris d'un doute, il se fit conduire à la chambre

des Echos. Quand le prince entra dans la chambre, il reconnut

sa belle Florine et se jeta à ses pieds. La reine le regarda

indécise. Enfin, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre

s'expliquèrent et leur amour se réveilla.

A ce moment l'Enchanteur arriva avec une bonne fée qui était la

soeur de Soussio. L'Enchanteur et la bonne fée avaient uni leur

pouvoir en faveur du prince Charmant et de la reine Florine.

Soussio ne pourrait plus rien contre eux.

Dès le matin, on annonça leur mariage dans tout le palais.

Vexé, Truitonne accourut chez le roi, mais l'Enchanteur et la fée la

changèrent aussitôt en affreux dindon. Le prince Charmant et la

reine Florine ne pensèrent plus alors qu'à la préparation de leur

mariage. On imagine leur bonheur, après de si longs malentendus.

 

         

JACQUES ET LE HARICOT MAGIQUE

 

Jacques vivait avec sa maman dans une toute petite maison. Il

n'avait jamais connu son père. Sa mère effectuait de menus travaux

de couture dans le voisinage, pendant que Jacques s'occupait du

jardin potager, et de leur unique vache, Doucette, qu'il trayait

chaque jour.

Cette année-là, l'hiver fut très froid, et au printemps le potager

ne donna presque rien.

Un matin, la mère de Jacques lui annonça avec tristesse :

"Nous ne pouvons plus nourrir Doucette. Il faut aller la vendre au

marché."

Comme elle travaillait jusqu'au soir, elle demanda à Jacques

d'emmener le pauvre animal. "Essaie d'en tirer un bon prix" lui

dit-elle. Jacques s'en alla donc, menant Doucette au bout d'une

corde. En chemin, il rencontra un vieil homme vêtu de haillons.

"Où vas-tu avec ta jolie vache ? demanda-t-il à Jacques.

- Je vais la vendre au marché, répondit-il, car maman et moi avons

grand besoin d'argent.

- Je te l'achète contre ces graines magiques de haricot, fit le vieil

homme. Grâce à elles, ta mère et toi, oublierez à jamais tous vos

soucis."

Jacques voulait par-dessus tout faire plaisir à sa maman. Il accepta

sur le champs.

"Attention ! dit encore le vieil homme. Grâce à ces graines tu

pourras découvrir un trésor qui m'a été volé voilà bien longtemps

par un géant terrible et vorace. Si tu parviens à le récupérer,

il t'appartiendra.

- D'accord", répondit Jacques, content d'avoir fait une affaire.

Il avait hâte d'annoncer la nouvelle en rentrant à la maison.

Lorsque sa maman vit que Jacques rapportait des graines de haricot

à la place de l'argent, elle lui arracha le sachet en s'écriant :

"Va te coucher immédiatement ! De toute façon, il n'y a rien pour le

souper". Et, désespérée, elle jeta les graines par la fenêtre.

Le lendemain matin, lorsque Jacques se réveilla, il faisait grand jour.

Il ouvrit un oeil et s'étonna : "Derrière sa fenêtre, quelque chose

empêchait la lumière de passer. Ecarquillant les yeux, il constata

avec stupeur qu'une plante géante munie de feuilles gigantesques

avait poussé pendant la nuit.

C'était un énorme haricot magique !

Jacques ouvrit la fenêtre et regarda la fenêtre et regarda en l'air :

"Il ne voyait même pas le sommet du haricot. Prenant appui sur le

rebord de la fenêtre, il grimpa sur la tige. Le trésor est là-haut",

pensa-t-il. Quelques temps plus tard, il traversait les nuages qui se

transformèrent comme par magie en une jolie campagne. Il sauta

du haricot et choisit une direction au hasard. Il espérait trouver de

quoi se désaltérer et aussi de quoi manger : depuis la veille, il

n'avait rien avalé. Il marcha deux bonnes heures, lorsqu'il se

retrouva, épuisé, près d'une immense maison. Il frappa à la porte.

Une servante lui ouvrit.

"J'ai soif, j'ai faim et je suis fatiguée, dit-il à la jeune femme, puis-

je entrer ma reposer ?

- Hélas ! Je voudrais bien t'offrir le gîte, petit, répondit-elle. Mais

mon maître est un géant qui a déjà mangé plusieurs enfants. Si tu

entres ici, c'en sera fini de toi."

Jacques faillit se mettre à pleurer. Mais à l'étage, il entendit une

voix tonitruante : "Alors, ce marcassin est-il bientôt prêt ?

- Une minute, Seigneur ! ", répondit la servante. Elle attrapa la main

de Jacques et ouvrit la porte du garde-manger en lui disant :

"Cache-toi tout au fond !". Le géant descendit les marches à grand

bruit. "Ah ! Ca sent la chair fraîche, par ici ! Tu as fait entrer

quelqu'un !

- Pas le moindre du monde, Seigneur, dit la servante.

C'est certainement l'odeur du marcassin que j'ai préparé.

- Ca m'étonnerait !", dit le géant. Et il se mit à chercher dans tous

les coins en criant : "Ca sent bon la chair fraîche !"

Il ouvrit tous les placards et regardait sous les buffets.

Dissimulé derrière d'énormes tas de jambons Jacques tremblait

comme une feuille morte.

"Vite, à table, Seigneur, dit la servante, cela va être froid.

- Alors, sers-moi donc, et plus vite que ça !", fit-il.

Elle remplit l'assiette gigantesque, puis posa sur la table trois gigots,

un chevreuil, quatre dindes et deux douzaines de tranches de boeuf

grillé.

Après ce formidable repas, le géant appela sa servante :

"Donne-moi mes sacs de pièces d'or, que je m'amuse un peu

avec !"

Elle apporta au géant une grande sacoche de toile, très lourde, qu'elle

posa sur la table. Le géant, ravi, composait des motifs avec les

pièces. Il déclara ensuite qu'il avait bien mérité une bonne sieste.

Se laissant tomber sur la table, il se mit à ronfler bruyamment.

Jacques décida alors de profiter de l'occasion, et avec mille

précautions, il se glissa hors de sa cachette. Il s'avança vers la table

sur la pointe des pieds, et, sans faire de bruit, remit les pièces d'or

dans leur grande sacoche et s'en empara.

Son lourd bagage à l'épaule, il se dirigea vers la porte de la maison.

Mais en passant le seuil, la sacoche heurta la porte, réveillant le

géant qui se leva d'un bond.

Jacques prit ses jambes à son cou et s'enfuit en direction du haricot.

Le géant trébucha sur le seuil de la porte ; il mit si longtemps à se

relever que le jeune garçon put prendre une bonne longueur

d'avance.

Il arriva bon premier au haricot, s'élança, et se laissa glisser d'un

trait jusqu'au sol.

Le géant était tellement lourd que lorsqu'il s'accrocha au haricot,

la tige plia du côté de la mer. Déséquilibré, le géant tomba, plongea

dans l'océan et se noya. A son retour à la maison, sa mère accueillit

Jacques avec ses cris de joie. Grâce à l'or, et grâce au vieux

monsieur, ils purent acheter plusieurs vaches, des oies et des

lapins.

Et depuis, ils ont toujours l'air heureux, et leur jardin donne des

fleurs et des fruits merveilleux.

 

         

POUCETTE

 

Il était une fois une femme qui avait très envie d'avoir un tout petit

enfant. Mais elle ne savait pas très bien où elle pourrait se le

procurer. Elle alla trouver la vieille sorcière de son village et lui

dit :

"Aide-moi à avoir ce tout petit enfant, je t'en prie !"

La sorcière lui ordonna de planter un grain d'orge. C'était une

graine magique. La femme la mit dans un pot et bientôt elle vit

pousser une grande et belle fleur dont les pétales étaient

étroitement fermés. Quelle jolie fleur !", dit la femme en l'embrassant.

Aussitôt, il y eut comme une petite explosion : la fleur s'ouvrit et une

minuscule fillette apparut. Elle n'avait pas plus d'un pouce de haut.

Sa mère l'appela petite Poucette et la coucha dans une coquille de

noix en guise de berceau.

Une nuit que Petite Poucette dormait, une vilaine crapaude entra par

la fenêtre. Elle s'empara de la coque de noix et l'emporta dans le

marécage où elle habitait. "Regarde, mon fils, la jolie épouse que

j'ai trouvée pour toi !". Mais le fils-crapaud, qui était aussi laid que

sa mère, ne sut que dire "Koac, koac, brekke, kex" en la voyant.

"Nous allons l'installer sur une feuille de nénuphar, ce sera comme

une île d'où elle ne pourra s'échapper", dit la crapaude.

Le lendemain matin, quand elle vit où elle était, Petite Poucette

se mit à pleurer.

"Ne pleure pas, petite ! Regarde plutôt mon fils. Il sera ton mari et

vous aurer un délicieux logis au fond de la vase.

- Koac, koac, brekke, kex", approuva le fils. La pauvre petite resta

toute seule et pleura si fort que les poissons en furent tout attendris.

"Une aussi jolie petite fille ne peut pas épouser ce hideux crapaud",

dirent-ils en choeur.

Et ils mordillèrent sous l'eau la tige soutenant la feuille qui partit très

loin à la dérive.

Petite Poucette était si heureuse d'avoir échappé à la crapaude et

à son fils qu'elle regardait joyeusement le paysage qui défilait sous

ses yeux. Bientôt elle rencontra un beau papillon blanc qui l

'accompagna dans son voyage puis un hanneton qui l'emmena dans

la forêt. Mais les demoiselles hannetons se moquèrent d'elle :

"Elle n'a qu'une paire de jambes et même pas d'antennes.

Nous ne pouvons pas la garder avec nous."

Petite Poucette rest seule dans la forêt. Elle buvait la rosée du matin

et récoltait le suc des fleurs sauvages.

Ainsi passèrent l'été et l'automne. Puis vint l'hiver glacé.

Petite Poucette s'enroula dans une feuille morte et marcha longtemps

pour trouver un abri.

Elle arriva à la lisière de la forêt devant la porte de la souris des

champs ; c'était un petit trou au pied des fétus de paille.

"Ouvrez-moi, il fait si froid, dit-elle en pleurant.

- Entre, petite, viens au chaud dans ma chambre. Tu peux rester tout

l'hiver ici. Tu me feras un peu de ménage et me raconteras des

belles histoires, j'en raffole.

Petite Poucette accepta avce reconnaissance. "Nous allons avoir la

visite de mon voisin, dit un jour la souris. Il a une belle pelisse de

velours noir. Ce serait un excellent mari pour toi. Il est très riche et

très instruit.

Mais il est aveugle. Il faudra que tu lui racontes tes plus belles

histoires pour le distraire."

"Mesdames, venez visiter mon logis", dit le voisin avec fierté. Et il

les emmena dans un long tunnel sombre sous la terre. Au sol, il y

avait un oiseau mort. "Ne vous arrêtez pas pour si peu, dit-il, ce n'est

qu'une hirondelle."

Mais Petite Poucette ne voulut pas du voisin qui était une taupe au

coeur sec. La nuit suivante, Petite Poucette ne put trouver le sommeil

car elle pensait à la pauvre hirondelle. Elle descendit dans le tunnel

et posa sa tête sur la poitrine de l'oiseau.

Son coeur battait faiblement.

Toutes les nuits, Petite Poucette vint soigner en secret l'hirondelle qui

revint peu à peu à la vie. Les doux rayons du soleil annonçaient le

printemps. "Bientôt je pourrai m'envoler, dit l'hirondelle. Voudrais-tu

venir avec moi ?"

- Cela ferait trop de peine à la souris, dit Petite Poucette.

- Réfléchis bien", dit l'hirondelle et elle s'envola.

Poucette revint au logis de la souris et la trouva fort excitée à propos

du futur mariage avec la taupe. "Il n'y a pas une minute à perdre. Il te

faut filer et tisser nuit et jour, si tu veux que ton trousseau soit prêt."

Petite Poucette pleura toutes les larmes de son corps mais la souris

ne voulut rien entendre. "Adieu, cher Soleil ! dit Poucette en levant les

yeux vers le ciel. Je vais être enfermée sous la terre. Je ne te verrai

plus jamais !". "Tire-tire-li", chanta un oiseau au-dessus de sa tête.

C'était son amie l'hirondelle.

Petite Poucette, au lieu de t'enfermer sous la terre avec cette

méchante taupe, pars donc à l'aventure avec moi !". Toute heureuse,

Poucette sauta sur le dos de l'hirondelle. Les deux amies voyagèrent

dans les airs, par-dessus les montagnes et arrivèrent dans les pays

chauds, près d'un ancien palais de marbre blanc qui étincelait au

soleil.

"C'est ici que j'habite, dit l'hirondelle, je vais t'y déposer tout

doucement."

Sur le sol gisait une colonne où poussaient les plus belles fleurs

blanches du monde. Au centre d'une des corolles, il y avait un tout

petit homme aussi transparent que s'il eût été de verre. Il portait une

couronne sur la tête, et sur les épaules, des ailles de cristal. Il ôta sa

couronne et s'inclina :

"Voulez-vous devenir mon épouse et être la reine des fleurs ?

- Oui, charmant prince", répondit Poucette.

On fixa au dos de Poucette des ailes blanches et ainsi elle pouvait

voler de fleur en fleur.

"Maintenant que tu es la reine des fleurs, il te faut changer de nom ;

tu ne seras plus Petite Poucette mais Maya", lui dit le Prince en

l'embrassant.

Et là-haut dans le ciel, l'hirondelle chantait "tire-tire-li".

 

         

LE BRIQUET

 

Il était une fois un brave soldat qui revenait de la guerre et rentrait

chez lui; En route, il rencontra une vilaine sorcière. Son nez était

crochu et ses lèvres pendantes.

"Bonsoir soldat, dit-elle, comme tu es beau et que tu as l'air d'un vrai

soldat, je vais te donner autant d'argent que tu voudras. Mais

auparavant, il faut que tu accomplisses un exploit.

Grimpe au sommet de cet arbre.

Là, tu y verras un trou et tu devras t'y glisser. A l'intérieur tu suivras

un corridor où tout est féerique car cent lampes l'éclairent.

Au bout du corridor, tu apercevras trois portes derrière lesquelles

sont cachés trois trésors.

Mais attention ! Devant chaque porte se tient un chien féroce.

Parle-leur gentiment et ils ne te feront aucun mal.

Tu pourras prendre tout l'argent que tu voudras, mais en

contrepartie, il faut que tu me ramènes un briquet que ma grand-

mère a oublié lors de sa dernière visite."

Et ainsi fut fait. Le valeureux soldat monta sur l'arbre, se laissa

glisser par le trou, et se trouva dans un grand corridor au bout

duquel se tenaient les trois chiens.

"Tu es un beau garçon", dit le jeune homme au premier chien, et

prit le premier trésor.

"Prends garde de me regarder trop fixement, tu pourrais attraper

mal aux yeux", dit-il au deuxième chien, et il s'empara du deuxième

trésor.

Puis, devant le troisième chien, il fit le salut militaire et lui dit :

"Bonsoir", tout en prenant le troisième trésor.

Avant de remonter, le soldat ramassa le briquet posé là.

Ses poches débordaient de pièces de cuivre d'or et d'argent.

Lorsqu'il ressortit de l'arbre, il demanda à la sorcière :

"Jai votre briquet, mais qu'allez-vous en faire ?".

Ses poches débordaient de pièces de cuivre, d'or et d'argent.

Lorsqu'il ressortit de l'arbre, il demanda à la sorcière :

"J'ai votre briquet, mais qu'allez-vous en faire ?"

La vieille ne voulut pas répondre. Alors le soldat tira son sabre

et lui coupa la tête. Il mit toute sa fortune sur son dos, le briquet

dans sa poche, et se rendit à la ville. Là, il mena joyeuse vie

pendant quelque temps. Il allait voir des spectacles, visitait

en voiture les jardins du roi et faisait souvent l'aumône. Tout

le monde l'aimait, mais le brave soldat était très triste.

Il savait que dans un château de cuivre du royaume vivait la

fille du roi, si belle que personne ne pouvait lui rendre visite.

Elle était enfermée dans le château, car on avait prédit qu'elle

se marierait un jour avec un simple soldat et le roi, furieux, la

séquestrait derrière de hautes tours et de larges murailles.

Le pauvre soldat était si riche et si malheureux ! Or, comme

tous les jours, il dépensait de l'argent sans compter, un beau

matin il ne lui resta que deux sous. Adieu beaux vêtements

et mets succulents ! Notre soldat dut retourner habiter dans

une petite chambre sous les toits.

Un soir bien sombre, il n'eut même pas de quoi s'acheter une

chandelle, mais soudain, se souvint du briquet d el'arbre creux.

Il s'en saisit donc et au moment même où les étincelles jaillirent

du briquet, la porte s'ouvrit tout à coup et le premier chien entra :

"Monseigneur, qu'ordonnez-vous ?

- Qu'est-ce que cela ? s'écria le soldat.

Voilà un drôle de briquet ! J'aurai donc tout ce que je voudrai ? Vite,

apporte-moi de l'argent et fais venir la belle princesse !".

Le soldat savait maintenant quel précieux briquet il possédait.

S'il le battait une fois, c'était le chien qui gardait la caisse de pièces

de cuivre qui paraissait ; le battait-il deux fois, c'était le chien de la

caisse d'argent ; trois fois, celui qui gardait l'or.

Le premier chien revint immédiatement, tenant dans sa gueule un

grand sac rempli d'or, d'argent et de pierres précieuses.

Alors le jeune homme retourna dans sa petite chambre et remit ses

beaux habits. Il eut à peine le temps de se préparer que le second

chien revenait avec la belle princesse assise sur son dos. Le soldat

ne put s'empêcher de l'embrasser, car c'était un vrai soldat.

Le soir venu, le chien s'en retourna avec la belle princesse dans le

château de cuivre.

Elle revint le lendemain soir, puis le surlendemain et ainsi de suite

tous les jours. Mais le roi, très jaloux, s'aperçut du stratagème et

fit suivre sa fille par une de ses dames d'honneur.

Les deux amoureux furent aisément découverts ; le soldat fut arrêté

et mis au cachot pour être pendu le lendemain. Heureusement,

notre brave soldat n'avait pas oublié son briquet magique et ...

maintenant vous allez entendre !

En dehors de la ville on avait dressé une grande potence, plus de

cent mille personnes se pressaient autour. Le roi et la reine étaient

assis sur un magnifique trône.

Déjà, le soldat était au haut de l'échelle, on allait lui passer la corde au

cou lorsqu'il exprima le souhait de fumer une dernière pipi. Le roi

ne pouvant lui refuser cela, le soldat prit son briquet et le battit :

un, deux, trois !

Et voici les trois chiens qui appraissent toutà coup.

"Venez à mon secours, on va me pendre !", s'écria le garçon. Alors

les gros chiens se précipitèrent sur le roi et la reine et les lancèrent

si haut dans les airs qu'ils retombèrent en mille morceaux. Tout le

monde s'effraya et le peuple s'écria d'une seule voix : "Petit soldat,

tu seras notre bon roi et tu épouseras la belle princesse." La noce

se prolongea huit jours et les trois chiens y furent invités. Puis, le

vaillant soldat et la belle princesse vécurent heureux jusqu'à la fin

de leur vie, et eurent beaucoup d'enfants.

 

         

LA BERGERE ET LE

RAMONEUR

 

Dans un salon se trouvait une très vieille armoire, au bois noirci

par l'âge. Elle était toute sculptée du haut en bas de roses et de

tulipes, et parmi elles, sortaient des petites têtes de cerf ornées

de grandes ramures.

Au milieu de l'armoire, on voyait un drôle de petit bonhomme

grimaçant. Il avait des pattes de bouc, des cornes au front et

une longue barbe.

Les enfants de la maison l'appelaient le Grand-général-

commandant-en-chef Pieds-de-bouc.

Il regardait toujours vers la console placée sous la grande glace

où se tenait une ravissante petite bergère de porcelaine. Elle

portait un petit chapeau et des souliers dorés, une robe ornée

d'une rose et une houlette.

Tout près d'elle se tenait un petit ramoneur noir comme du

charbon, mais de porcelaine aussi. Il tenait son échelle sous le

bras et son visage était rose et blanc comme celui d'une jeune

fille. Ils étaient placés si près l'un de l'autre qu'ils s'étaient

fiancés. Non loin d'eux se trouvait un vieux Chinois qui pouvait

hocher la tête. Lui aussi était en porcelaine : il prétendait être le

grand-père de la petite bergère et soutenait qu'il avait tout

pouvoir sur elle.

C'est pourquoi il avait répondu par un aimable hochement de

tête lorsque le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-

bouc lui avait demandé la main de la petite bergère.

"Tu auras là un mari, dit le vieux Chinois à la bergère, qui fera

de toi une Grande-générale-commandant-en-chef Pieds-de-Bouc.

Cette nuit, dès que la vieille armoire craquera, vous vous marierez,

foi de Chinois !"

Là-dessus, il hocha la tête et s'endormit. Mais la petite bergère se

mit à pleurer en regardant son bien-aimé le ramoneur.

"Je t'en prie, aide-moi à m'échapper, nous ne pouvons plus rester

ici.

- Puisque tu le souhaites, répondit le ramoneur, partons tout de suite !"

C'est ce qu'ils firent.

Bientôt ils atteignirent le plancher. Mais quand ils jetèrent les yeux

sur la console, le vieux Chinois s'était réveillé et chancelait de tout son

corps.

La petite bergère terrorisée dit :

"Comment faire pour lui échapper ?

- Le meilleur chemin, c'est encore la cheminée, proposa le ramoneur.

As-tu le courage de te glisser avec moi dans le poêle et de passer

par le tuyau ? Une fois dans la cheminée, nous monterons si haut

qu'il ne pourra pas nous rattraper. Tout au bout, il y a un trou qui

ouvre sur le vaste monde."

Il la conduisit à la porte du poêle. "Comme il fait noir !", s'écria-t-elle.

Mais bravement elle le suivit. Enfin, nous voilà dans la cheminée,

annonça-t-il. Regarde là-haut la magnifique étoile qui brille."

Il y avait en effet au ciel une étoile éclatante qui semblait leur montrer

le chemin. Tous deux grimpaient en rampant, c'était une montée

interminable.

Mais le petit ramoneur soulevait la bergère, la soutenait, et lui montrait

les meilleurs endroits où poser ses pieds menus de porcelaine.

Ils arrivèrent ainsi jusqu'au rebord de la cheminée où ils s'assirent

pour se reposer un peu. Le ciel étoilé s'étendait au-dessus d'eux et

les toits de la ville à leurs pieds ; ils promenèrent leur regard tout

autour d'eux, loin sur le vaste monde.

La bergère ne s'était jamais imaginé ainsi. La tête appuyée contre

le ramoneur, elle se mit à pleurer :

"C'est plus que je n'en puis supporter ! Le monde est trop immense.

Oh ! Si je pouvais me retrouver sur la console près de la glace !

Je ne serai pas heureuse avant d'y être retournée. Je t'ai suivi dans

le monde ; maintenant ramène-moi là-bas, si tu m'aimes un peu !"

Le ramoneur essaya de la raisonner. Mais elle sanglotait si fort qu'il

fut bien obligé de lui céder.

Et tous deux redescendirent d'abord par la cheminée, puis par le

tuyau et enfin arrivèrent au poêle.

Là, ils firent le guet derrière la porte du poêle pour savoir ce qui se

passait dans le salon.

Comme ils n'entendaient aucun bruit, ils passèrent la tête : hélas !

Le vieus Chinois gisait au milieu du parquet. Il était tombé de la

console en voulant les poursuivre et s'était cassé en trois morceaux.

Le dos s'était détaché du corps et la tête avait roulé dans un coin.

En revanche, le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-bouc

se tenait toujours à la même place, l'air pensif.

"C'est affreux ! dit la petite bergère, le vieux grand-père est  en pièces

et c'est de notre faute !

- oh ! On peut le réparer, dit le ramoneur. Mais, ne te désole donc pas ;

quand on lui aura recollé le dos et mis un bon crochet dans le cou, il

sera aussi neuf qu'avant et il pourra nous dire encore bien des choses

désagréables !

- Tu crois ?" dit -elle. Et ils remontèrent sur la console.

"Nous voilà bien avancés, dit le ramoneur ; nous aurions pu nous

épargner toute cette peine.

- Pourvu qu'on puisse recoller le vieux grand-père ! dit la bergère."

Peu après, il fut  réparé, mais il ne pouvait plus hocher la tête.

"Vous faites bien le fier, depuis que vous avez été brisé en morceaux !

dit le Grand-général-commandant-en-chef Pieds-de-bouc.

Décidez-vous, aurai-je la demoiselle, oui ou non ?"

Le ramoneur et la petite bergère jetèrent au vieux Chinois un regard

attendrissant. Ils avaient si peur qu'il dise oui de la tête ; Mais il ne le

pouvait pas : son cou était immobilisé par le crochet ayant servi à le

réparer. Rien ne sépara plus les deux jeunes gens de porcelaine ;

ils bénirent le crochet du grand-père et ils s'aimèrent tendrement...

jusqu'au jour où ils furent eux-même cassés.

 

         

LE JOUEUR DE FLÛTE

 

Il y avait une fois, en Saxe, une ville qui s'appelait Hamelin. C'était

une bourgade, entourée de hautes murailles, où les habitants

étaient fort heureux.

Tellement heureux qu'ils avaient tous un grand péché : ils étaient

très gourmands et mangeaient tout le temps.

D'un bout à l'autre de l'année, leparfum de leurs fricassées flottait

dans les campagnes, à plus de vingt lieues à la ronde.

Mais un jour, les pauvres Hamelinois furent bien punis.

Vous allez voir comment...

La chose arriva la veille de Noël de l'an 1283 précisément.

Ce soir-là, il faisait un froid terrible mais la lune était éclatante.

S'efforçant de se réchauffer les doigts en changeant

continuellement sa hallebarde de main, l'homme de guet arpentait

le chemin de ronde.

Tout à coup il se figea. Seigneur, qu'était-ce que cela ?

Et lui de se frotter vigoureusement les yeux, de les rouvrir et de les

fermer plusieurs fois de suite pour s'éclaircir la vue.

Il ne rêvait pourtant pas. Barrant la plainte brillante de gel, il y avait

comme un long serpent noir dont la queue se perdait dans la nuit !

Et cela remuait...rampait vers la ville. Sainte Hermelinde ! Des rats !

Le vieux soldat se précipita sur la cloche d'alarme.

Ah ! Messieurs, Ah ! Mesdames ! Ah ! Mes amis ! Jamais depuis

que le monde est monde on ne vit tel spectacle...

Et tassent tous les diables de l'Enfer qu'il ne se reproduise jamais !

C'étaient de gros rats noirs et velus, avec des yeux rouges, brillants

comme des braises, des dents aiguës et terribles !

Et il y en avait des mille et des mille, attirés par les odeurs alléchantes

du réveillon, grimpant les uns sur les autres, mordant, couinant, se

culbutant...

Une scène à hérisser le poil des plus braves.

En peu de temps, ils arrivèrent devant la ville, franchirent les douves,

escaladèrent les murailles et envahirent toutes les maisons.

Les affreuses bêtes sombres couraient dans les cuisines, se jetaient

sur les garde-manger, sur les plats et dévoraient tout. Dix, vingt, cent...

des escardrons, des corps d'armée...des millions de rats.

Un vrai cauchemar de rats. Tout y passa. Toutes les provisions de

l'hiver. De ces bonnes choses les rats ne laissèrent rien.

Non ! Pas même de quoi nourrir une puce. Il n'y eut cave, ni cellier,

ni buffet, si bien verrouillés fusent-ils, qui ne reçurent leur visite.

Enfin, jamais de mémoire d'homme on n'avait connu pareille

désolation, même au temps des famines.

Aussi le bourgmestre promit-il une récompense de cinquante

florins à qui délivrerait Hamelin de ce fléau. Ce fut au matin du

troisième jour qu'il entra dans la ville. On raconte que c'était un

grand homme maigre avec de longs cheveux plats, noirs comme

jais et un chapeau vert. Il portait gibecière au côté. Dès qu'il fut

entré il demanda à parler au bourgmestre.

"On m'a dit qu'il y avait cinquante florins d'or à gagner pour qui

chasserait les rats. Vous pouvez préparer la bourse !

- Quoi ? Tu ..." Mais l'autre n'écoutait pas. On le vit descendre

posément l'escalier, se diriger vers la grand'place, et là sortir

de sa gibecière une minuscule flûte de bois noir, la porter à ses

lèvres et commencer à en jouer.

Quand on lit ces simples mots, on ne peut se représenter la

scène. C'était magique. Mais bien des années plus tard, les

cheveux des hamelinois se dressaient encore à la pensée de

cette musique-là. Les doigts fuselés du mystérieux joueur se

promenaient sur la flûte comme des pattes d'araignée et en

tiraient des sons étranges, incohérents, si dissonants que c'était

à grincer des dents, si tristes que les coeurs se serraient. A peine

eut-il ainsi joué que le grignotement universel s'arrêta. On vit les

rats surgir de partout puis, comme la mélodie s'accélérait, ce fut

une marée de bêtes noires et immondes qui accoururent. Elles se

précipitaient les unes par-dessus les autres, se répandirent dans

les rues et vinrent entourer notre joueur de flûte. Alors il se mit à

cheminer doucement vers le fleuve, avec l'armée de rats sur les

talons. Les salons de flûte devinrent déchirants et surnaturels...

Et soudain, comme saisis de folies, les rats escaladèrent les

rambardes du pont, se jetèrent dans le vide avec une tempête

de cris perçants, s'écrasèrent sur la glace qui bientôt céda sous

leur poids.

L'eau gicla, retomba en gerbes bouillonnantes...

Et ce fut fini ! Il n'y avait plus un seul rat dans Hamelin ! Le joueur

de flûte alla trouver le bourgmestre.

"Tu viens chercher ton argent ?"

Tiens voilà tes cinquantes kreutzers !

- Eh ! pardon, maître, vous voulez dire : florins !

- Kreutzers !

- Florins !

- Kreutzers ! Ah ça ! Mon bonhomme, crois-tu que nous allons te

donner cinquante florins d'or pour un tel travail ?

Allons, prends tes kreutzers, et va-t-en à tous les diables !

- Ah ! C'est ainsi ?"

Le joueur de flûtese tut. Tournant le dos au bourgmestre, il sortit de

la ville comme il était venu. Le dimanche suivant, le soleil faisait

resplendir la campagne enneigée et toutes les cheminées fumaient.

Sur la grande place de Hamelin le Bourgmestre contait justement,

au milieu des rires, l'excellent tour qu'il avait joué à ce gueux de

flûtiste, et comment, par son astuce, il avait réussi à conserver

cinquante bons florins d'or au trésor de la cité...

Tout à coup on le vit demeurer pantois.   yeux ronds et bouche bée.

Chacun se retourna alors, c'était...devinez qui ? Le joueur de flûte !

Sans crier gare ce dernier saisit son instrument de musique. Oh !

mes amis ! c'était maintenant une mélopée extraordinairement

douce, et si joyeuse qu'elle donnait aussitôt envie de courir et de

danser. Et les doigts du joueur devinrent des elfes, et bondirent,

bondirent sur la flûte, de plus en plus agiles et frénétiques.

Et voilà que tous les enfants de Hamelin, même les bébés qui

savaient à peine marcher, accoururent des quatre coins de la cité,

formèrent une immense ronde autour du joueur et tournèrent,

tournèrent, tournèrent...

Et il se mit en marche comme l'autre fois...Et les parents, terrifiés,

essayaient de retenir leurs enfants, de les empêcher de courir,

mais leurs pieds étaient comme enracinés au sol par une puissante

magie. La flûte jouait toujours plus fort. Le mystérieux homme aux

cheveux de jais sortir du bourg, traversa la plaine et entra dans une

caverne de la montagne.

Tous les enfants le suivirent, et on ne les vit plus jamais. Jamais !

 

         


Mardi 19 Novembre 2019


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